‹ Histoire générale de l'Église (volume 2)Chapitre 312 sur 336 · L. G.VUTrER, op. cit., p · texte numérisé non relu

L. G.VUTrER, op. cit., p

a. Sur les fonctions d'écuyer, voir L. Gautier, op. cit., p. 196 et s.

La bénédiction

et

la collation

de l'épée.

Le code

de la

chevalerie.

L'idéal

de la

chevalerie.

Son

influence sociale.

armure : les éperons dorés, le haubert et le heaume. Au xiu® siècle l'Eglise réserve au prêtre la partie essentielle de l'adoubement qui va faire du jeune page un chevalier. Ce dernier rite se fait devant l'autel. Le prêtre bénit une épée, en disant l'oraison suivante : « Seigneur, nous t'en supplions, exauce nos prières, daigne bénir ce glaive, dont ton serviteur désire être armé, pour qu'il puisse défendre et pro léger les églises, les veuves, les orphelins et tous les serviteurs de Dieu. » Puis il ceint de l'épée le candidat à genoux, en lui disant : « Reçois ce glaive, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » Le candidat se relève chevalier.

Dès lors, il est soumis à des prescriptions militaires et religieuses qu'il ne pourra enfreindre sans se rendre coupable de félonie, sans s'exposer à la peine de la dégradation. On a pu réduire à un décalogue les obligations du chevalier : « i° Tu croiras à tout ce qu'enseigne l'Eglise, et observeras ses commandements ; 2° tu protégeras l'Eglise; y tu respecteras et défendras toutes les faiblesses ; 4** tu aimeras le pays où tu es né ; 5° tu ne reculeras pas devant l'ennemi ; 6° tu feras aux infidèles une guerre sans trêve ; 7° tu t'acquitteras exactement de tes devoirs féodaux ; 8° tu ne mentiras point et seras fidèle à ta parole ; 9** tu feras largesse à tous ; 10° tu tâcheras de faire tout bien et de combattre tout mal. »

On a dit de ce code qu'il traçait un idéal, qui n'avait jamais été réalisé que dans les chansons de gestes. Mais Léon Gautier a fait remarquer que bien des fois l'histoire de la chevalerie a été plus belle que la légende. Saint Louis, dans sa prison, n'est-il pas plus admirable que Guillaume d'Orange sur le champ de bataille d'Aliscans ? Duguesclin, pour la rançon duquel « toutes les femmes de France se mettent à leurs quenouilles », n'est-il pas plus grand que Renaud, l'aîné des fils d'Aymou ? Quel est le héros d'épopée qui vaut Bayard ? Et la Jeanne d'Arc de Thistoire n'éclipsera-t-elle pas toutes les héroïnes de roman ?

On a dit encore que la chevalerie avait été une institution éphémère. Du moins, eu disparaissant, a-t-elle laissé en héritage à la postérité, des sentiments à peu près inconnus avant elle, et que les nations modernes n'ont pas encore vu disparaître partout du milieu d'elles : le culte de l'honneur, et cet ensemble de manières de sentir et d'agir, si nobles, si élevées, si délicates, que nous ne pouvons qualifier autrement que par cette expression consacrée : l'esprit chevaleresque.

l'organisation de la chrétienté 56 1

Eq s'occupant d'ennoblir le soldat, qui défend le pays par son L* corporation épée, l'Eglise n'oublie pas l'ouvrier, qui le rend prospère par son au xiii« siècle. travail. C'est une vieille tradition dans l'Eglise, de s'occuper de Touvrier ^ ; mais le xiii^ siècle est peut-être l'époque où sa sollicitude a été le plus active et le plus efficace. Cette sollicitude s'est surtout liianilestée par l'organisation delà « corporation ».

On a longtemps discuté, et l'on discute encore, peut-être bien en vain, en voulant assigner à la corporation une origine unique. Le ^^* origines, « collège d'artisans » de l'antiquité, la « ghilde » germanique et la confrérie chrétienne, ont été, sous des aspects divers, des ébauches de la corporation de métier. La fondation de ces a villes neuves » aux XI* et xii^ siècles, qui a groupé dans une même cité les artisans dispersés dans les villœ ou dans lesmanses ; les « associations de paix », qui ont montré les avantages de la solidarité pour l'entreprise d'une œuvre commune ; le mouvement municipal, qui en a été la conséquence ; les immenses travaux entrepris pour la construction des cathédrales, qui ont groupé plus étroitement les ouvriers d'une même spécialité, ont été autant de causes successives ou concourantes, dont il est difficile de mesurer l'influence particulière. Mais, <( si les origines de la corporation sont antérieures au xiii* siècle, c'est seulement à cette époque que l'institution apparaît définitivement organisée^ ». L'organisation des corporations fut accomplie, à cette époque, par un homme dont le nom demeure attaché à l'histoire de l'industrie française, l'auteur du Livre des métiers ^, Etienne Boileau.

On sait peu de chose sur la vie d'Etienne Boileau. 11 naquit vers La codification 1200, suivit le roi à la croisade, fut fait prisonnier en i25o et mis etusaeesde à rançon. En i258, il fut appelé par la confiance de saint Louis à la la corporation

par Etienne Boileau.

1. Voir Max. Sabatier, VEglbse et le travail manuel, un vol. in-ia, Paris, iSgS. Cf. Etienne Dupont, Corporations d'autrefois et syndicats d'aujourd'hui, dans le Cor^ respondant du lo février i883, t. GXXX, p. /iôo-^QÔ.

2. E. ]Martin-Saint-Léon, Histoire des corporations, un vol. in-S", 2e édition, Paris, 1909, p. 79. Cf. Lbvasseur, Hist. des classes ouvrières, ae édition, Paris, I 900-1 901.

3. Le terme de « corporation » est d'origine moderne. Au un* siècle, l'association d'artisans est connue sous le nom de « métier ». Au xviie siècle, on l'appellera une t( communauté ».

Hist, gén. de 1" Eglise. — IV 36

prévôté de Paris, el devint par là le premier magistrat de la ville, le représentant immédiat de l'autorité royale. C'était, au dire des contemporains, un homme droit et austère, d'une probité incorruptible ^ Ce fut sous l'inspiration du saint roi de France qu'il entreprit de réunir, dans une seule codification, tous les usages et règlements en vigueur dans les métiers de Paris. Son Livre des métiers ^ nous permet de reconstituer la vie de l'ouvrier au xiii^ siècle. Trois éléments principaux la constituent : l'organisation du travail, la vie de famille et l'Intervention de la religion dans la vie ouvrière et familiale.

Le Livre ^^ |^a corporation, prise dans son ensemble, dit l'historien des

des métiers. . i i t • • i i • . •

corporations, a pour base la division de tous les artisans en trois classes : apprentis, valets, maîtres ; ceux qui s'instruisent, ceux qui .servent, ceux qui commandent. A chacun de ces trois échelons, correspondent des droits et des devoirs d'une nature particulière, dont L*apprenti. rémimération se trouve dans les statuts du métier. Ainsi l'apprenti n'est pas abandonné sans protection à l'arbitraire du maître. Celuici doit exercer envers lui un véritable patronage moral et professionnel, lia charge d'àines. S'il manque à l'engagement solennel qu'il a contracté envers son élève, la corporation intervient pour lui rappeler SOS obligations.

« Mais l'apprenti a grandi et est devenu homme. 11 a fini son apprentissage. Quelquefois il devient maître immédiatement ; en effet, c'est seulement au xiv^ siècle qu'un nouveau stage, le compagnonnage, a été imposé au candidat à la maîtrise. Mais, au xiii^ siècle Le valet. déjà, l'apprenti ne parvient le plus souvent à la maîtrise qu'après avoir^été valet. Dès ce moment, il faitdéfinitivement partie de la corporation. Le valet n'est plus rivé, comme Tapprenti, au service d'un seul maître. Sa personnalité se dégage. Il choisit librement son maître : il discute librement les clauses de son engagement. Il y a plus. Il a sa part d'influence dans l'administration de la communauté ; il intervient souvent dans le choix de ses magistrats ; il est membre participant de la confrérie, et, comme tel, il a droit, en cas de besoin, aux secours de la collectivité. Bref, s'il dépend, pour l'exécution de son travail, du maître qui l'a engagé, il n'en demeure pas moins un homme libre, dont la dignité est toujours respectée. Le maître. (< ^^ sommet de la hiérarchie, se trouve le maître. Ancien apprenti,

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