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J.,.-sssEn, l'Allemagne à la fin da Moyen Age, p sig

2* la vie

religieuse.

facilement la compagne de son existence. Souvent il épouse la fille de son maître. Il jouit alors des mêmes privilèges que les fils de maîtres. Alors le jour de la transmission qui lui est faite de la maîtrise, n'est plus seulement une grave solennité, que la corporation considère avec presque autant de respect que l'accolade du chevalier, que la collation du grade de docteur au savant, et même que l'ordination du clerc ; il devient une joyeuse fête de famille, point de départ d'une nouvelle organisation d'atelier familial, où le nouveau maître transmettra les principes de moralité qu'il a reçus pendant son stage d'ouvrier.

Comme c'est l'Eglise qui a inspiré tous ces usages, il va sans dire qu'elle a donné à la religion la première place dans l'atelier familial. Le premier devoir du maître est d'inspirer à son apprenti la crainte de Dieu. « Matin et soir, dit un vieux document cité par Janssen, et aussi pendant son travail, l'apprenti doit demander à Dieu sa protection et son secours, car il ne peut rien sans Dieu. L'apprenti doit entendre la messe et le sermon les dimanches et jours de fête, et apprendre à aimer la lecture des bons livres. Pendant le travail, il doit être diligent et ne chercher son honneur que dans la gloire de Dieu. S'il pèche contre la crainte de Dieu et l'obéissance, son maître devra le punir sévèrement : cela fera du bien à son âme ; souvent le corps doit souffrir afin que l'âme se porte mieux *. »

L'accomplissement des devoirs religieux trouve un grand secours La confrérie, dans la « confrérie ». Souvent, surtout dans les débuts, les membres administrateurs de la confrérie sont les mêmes que ceux de la corporation. Là, maîtres, valets et apprentis, se confondent dans une touchante égalité. La confrérie est la forme religieuse et secourable du corps de métier. Elle a deux buts : entretenir ses membres dans la pratique des devoirs religieux, et leur procurer assistance dans leurs besoins. Chaque confrérie est placée sous la protection d'un saint, patron de la corporation, dont l'image est peinte sur la bannière qu'on arbore aux jours de fêtes solennelles. Les métiers travaillant les métaux, marchent sous la bannière de saint Eloi ; ceux qui travaillent le bois, sous celle de saint Joseph ; les cordonniers ont fait peindre sur leur bannière l'image des saints Crépin et Crépinien ; les boulangers, celle de saint Honoré. Un grand nombre

Elle est :

lO une œuvre

de piété ;

I. Exhortation chrétienne, citée par Janssen, l'Allemagne à la fin du Moyen Age^ \ p. 325.

l'organisation de la chrétienté 565

de confréries ont leur chapelle particulière. A Paris, la grande boucherie possède une chapelle magnifique. Celle des orfèvres est d'une grande richesse. Les cordonniers font célébrer tous les lundis un service à Notre-Dame, devant les images de saint Crépin et de saint Grcpiuien, aux intentions de leurs membres. Les bouquetières vont à Saint-Leufroi ; les charcutiers, aux Augustins.

La confrérie est, en même temps, une société de secours mutuels. ^^ ^^^ œuvre T • !• f 1 • • r 1-y 1 1 de charité.

La caisse est alimentée par les cotisations régulières de ses membres,

variant suivant la fortune du métier, et par les amendes encourues,

parfois par les revenus d'immeubles possédés par la confrérie. Les

fonds sont employés, avant tout, à secourir les ouvriers malades,

infirmes, âgés, ou sous le coup d'une infortune quelconque. A Paris,

la confrérie des orfèvres possède un hospice pour les vieillards el

les membres devenus incapables de Iravailler. Ils y reçoivent tout ce

qui leur est nécessaire pour une honnête existence. On ne leur

demande en retour que deux choses : des prières et de bons conseils

aux jeunes du métier.

De saint Louis à Louis XVI, les confréries ont vécu fièrement, sans rien emprunter à personne. Elles ont même fait, en dehors d'elles, de généreuses offrandes. Tous les ans, les orfèvres donnent un repas aux pauvres de l'Hôtel- Dieu. Les drapiers leur font aussi une offrande annuelle. Ils donnent, de plus, une a quarte )) de vin et une pièce de viande aux prisonniers du Châlelet. Les gens de métiers ne marchandent pas non plus les offrandes aux sanctuaires. La plupart des vitraux de la cathédrale de Bourges ont été offerts par des confréries de métiers.

La confrérie est toujours distincte de la corporation, et parfois La confrérie elle s en sépare, lantot elle est plus restreinte : il y a des conireries je la

de patrons et des confréries d'ouvriers. Tantôt elle comprend des corporation, gens de tout métier, ou même des personnes étrangères à toute profession manuelle ^. Dans la grande confrérie de Notre-Dame, à Paris, se rencontrent le roi, la reine, les princes du sang, en même temps que les plus petits bourgeois et marchands ^. On verra Louis XI, membre de cette confrérie, ne pas rougir d'aller^ dîner chez un confrère, petit marchand du faubourg Saint-Antoine.

Sous le titre de confréries ou de fraternités, des groupes religieux

1. G. Fagniez, Eludes sur Vinduslrie et la classe industrielle à Paris.

2. Leroux de Linct, Recherches sur la grande confrérie de Notre-Dame^ Paris, i844.

confréries.

Formes et charitables s'organisent, dans divers buts particuliers, dans toute ^^'^priseT'^ ^ ^^ chrétienté. Nous avons vu, aux Pays-Bas, Lambert le Bègue par certaines fonder des « béguinages », dont les membres, pour se sanctifier, s'astreignent à certaines pénitences et à certaines prières. « A Paris, le docteur Guillaume fonde, avec ses étudiants et quelques amis, une maison commune, afin d'y mieux réaliser l'idéal évangélique : on l'appelle le Val des Ecoliers. Au Puy-en-Yelay, la Vierge apparaît à un charpentier nommé Durand Dujardin, et lui ordonne d'aller trouver l'évêque pour la fondation d'une confrérie chargée de faire régner la paix. Les « capuchonnés » jurent d'aller à confesse, de ne pas jouer, de ne pas blasphémer, de ne pas fréquenter les tavernes. Des confréries analogues se constituent en Auvergne, en Berri, en Aquitaine, en Gascogne, en Provence ; leurs membres s'appellent les « pacifiques », ou simplement les « jurés ». En Italie, on constate des phénomènes du même genre. Bonfiglio Monaldi et ses amis de Florence distribuent leurs biens aux pauvres et se livrent à la pénitence. Les « humiliés » de Lombardie conviennent de s'associer pour travailler, prier et prêcher. Rejetés par Alexandre III, ils s'obstinent, et finissent par se faire reconnaître par Innocent ; on les autorise à parler morale et piété, on leur interdit de traiter de la foi et des sacrements * . »

De même que les confréries ont débordé les corporations de métiers, les œuvres de charité débordent les confréries. En dehors des œuvres charitables des monastères, qui continuent à donner l'hospitalité aux pèlerins et voyageurs, et qui font des distributions régulières de secours aux pauvres, des œuvres se fondent pour venir en aide aux pauvres en général, aux lépreux, aux femmes et enfants, aux vieillards. L'hospice de Biloque, à Gand, est de 1227 ; la Maison-Dieu de Saint-Malo, de 1262 ; le Saint-Esprit de Hanovre date de 1262 ; les Quinze-Vingts, à Paris, sont de la même époque. On compte en Occident, à la fin du xiii® siècle, de i5 à 20.000 maladreries ou hospices destinés aux lépreux 2. L'asile des Filles- Dieu de Paris, celui des Six-Vingts de Chartres, celui des enfants trouvés de Lille, les asiles de vieillards fondés à Valence, à Tournai, les « charités » normandes d'Evreux, les maisons pour femmes en

Les œuvres

charitables

au xiiie siècle*

1. A. DuFOURCQ, l'Avenir du christianisme^ t. YI, p. 267-268.

2. Voir Léon Le Grand, Statuts d' Hôtels-Dieu et de léproseries, recueil de textes du xn' au xn-e siècle, un vol. in-80, Paris. 1901.

l'organisation de la chrétienté 567

couches, les sociétés fondées pour l'ensevelissement des morts se

multiplient en France, en Italie, en Allemagne '.

Parmi toutes ces associations, tous ces groupements de bienfai- , Les

.,..,., r • ' . Ti ' ' 1 • tierg ordres,

sance et de piete, il est une forme qui, peu a peu, tendit a prévaloir.

Ce furent les tiers ordres. Nous en avons vu l'origine ^. Au xiii® siècle, grâce aux tiers ordres, « le monde se peupla de jeunes filles, de veuves, de gens mariés, d'hommes de tout état, qui portaient publiquement les insignes d'un ordre religieux et s'astreignaient à ses pratiques dans le secret de leurs maisons. De même qu'on appartenait à une famille par le sang, à une corporation par Leurs

le service auquel on était voué, on voulut appartenir par un dévoue- °

ment de choix à l'une des glorieuses milices qui servaient Jésus- Christ par la parole et parla pénitence. On revêtait les livrées de saint Dominique ou de saint François, on fréquentait leurs églises, on participait à leurs prières, on suivait d'aussi près que possible la trace de leurs vertus. L'histoire de cette institution est une des plus belles choses qu'on puisse lire. Elle a produit des saints sur tous les degrés de la vie humaine, depuis le trône jusqu'à l'escabeau, avec une telle abondance, que le désert et le cloître pouvaient s'en montrer jaloux. Qui n'a entendu parler de sainte Catherine de Sienne et de sainte Rose de Lima, ces deux étoiles dominicaines qui ont éclairé les deux mondes ? Qui n'a lu la vie de sainte Elisabeth de Hongrie, la franciscaine ? Ainsi l'esprit de Dieu proportionnait les miracles aux misères ; après avoir fleuri dans les solitudes, il s'épanouissait sur les grands chemins ^. »

Dans son encyclique Immortale Dei, le pape Léon XllI a cru En quel sens

devoir nous rappeler le temps u où l'influence de la religion chré- ^"'^^ siècle

tienne et sa divine vertu pénétraient les lois, les institutions et les être appelé

mœurs des peuples * ». C'est à la période dont nous venons de ^ et

raconter l'histoire que le souverain pontife faitallusion. Son assertion par excellence, peut paraître étrange à qui a présents à la mémoire les schismes et les hérésies, les oppositions des princes et les faiblesses des clercs,

1. Léon Lallemand, Histoire de la charité, t. III. Cf. R.'Génestal, Rôle des monastères comme établissements de crédit en Normandie du XI^ à la fin du XIII^ siècle, un vol. in-80, Paris, 1901, ci Revue dliist. ecclés. de Louvain, t. VI(i9o5), p. 130-127,

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