îbid., lettre aai, p. i5i-i5a
LE PROTECTORAT IMPERIAL
Charitable condescendance du scuvera'n ponlife.
cile de Saint-Basle, qui l'avait élu évêque à la place d'Arnoul ? Allait-il casser la décision de son prédécesseur, Grégoire V, qui avait rétabli son compétiteur dans la métropole rémoise ? Il est permis de conjecturer, d'après la teneur du rescrit pontifical qui nous a été conservé, que le pape exigea préalablement d'Arnoul une lettre de soumission et de repentir. Il lui répondit aussitôt: « Cher fils en Jésus-Christ, il appartient au siège apostolique non seulement de prendre les pécheurs en miséricorde, mais de relever ceux qiii sont tombés et de rétablir les pénitents au même degré d'honneui d où ils étaient déchus... Voilà pourquoi nous vous tendons la main, à vous, Arnoul, archevêque de Reims. Vous aviez, pour certains excès, été privé de la dignité épiscopale ; mais votre abdication ne fut point approuvée par Rome, et nous tenons à fournir la preuve que la charité de l'Eglise romaine peut couvrir toutes les fautes, réhabiliter toutes les déchéances... Déjà la crosse et l'anneau vous cnt été rendus ; nous vous concédons, par ce présent privilège, le droit de remplir toutes les fonctions archiépiscopales, de jouir de toutes les prérogatives attachées au siège de Reims... Si quelqu'un, ce qu'à Dieu ne plaise, entreprenait de violer notre présent décret, émané du Siège apostoHque de Rome, qu'il soit anathème *. »
Dans sa lettre à l'évêque de Laon, Sylvestre II avait montré son indomptable énergie ; dans celle qu'il écrivait à Tarchevêque de Reims, il révélait, en même temps que sa charitable condescendance. Son admirable l'admirable souplesse de son esprit. Il ne se prononçait pas sur la d'esprit gravité ni même sur le caractère des motifs ^ qui avaient provoqué la déposition d'Arnoul, et par là il évitait de revenir sur la brûlante question de l'assemblée de Saint-Basle ; mais en invoquant, pour ratifier la réintégration de l'archevêque de Reims, cette seule raison, que son abdication navait pas eu l'assentiment de Rome, iiia abdicatio romano assensu caruit, il reconnaissait catégoriquement, quoique d'une manière implicite, le tort qu'il avait eu autrefois de se prévaloir d une telle abdication; et, sur ce point, Sylvestre II corrigeait noblement l'erreur de Gerbert.