I. OlLERIS, op. CÎI,^ p. CLXXÏ-CLXXU
a. Diurne rheinisches Muséum fiir Jurbprudenz^ t. V, p. ia5.
LE PROTECTORAT IMPERIAL 65
Il est facile de distinguer, dans cet accord, la part qui revenait à Sylvestre II et celle qui appartenait à OUon III. C'est à Sylvestre qu'appartenait la conception d'un Empire dévoué à la défense de la religion et des pauvres. C'est le fils de Théophano qui avait imaginé l'inauguration à Rome, autour du pape et de l'empereur, d'une pompe orientale, qui ne pouvait que raviver, contre l'un et l'autre, les jalousies mal éteintes des seigneurs italiens.
Sous le voile de la générosité, en invoquant son affection pour Oiton III Sylvestre II, Otton avait déjà attribué à l'Eglise huit comtés de la lEglise marche d'Ancône, jusque-là disputés entre le pape et l'empereur, la propriété Mais, dans les considérants de l'acte, il prenait à l'égard de la comtés papauté le ton d'un protecteur hautain, presque insolent. « Les litigieux. papes, disait-il, ont perdu leurs possessions par leur faute, et ils ont Mais il prend ensuite accusé les empereurs. Les titres de la grandeur de l'Eglise ^ l'égard se sont effacés par l'incurie et par l'ignorance des papes, qui ont àe la papauté, vendu ce qui était à saint Pierre et ce qu'ils avaient reçu des empereurs^. »
Une entente établie sur de pareilles équivoques devait produire à la fois de bons et de mauvais résultats. La sagesse de Sylvestre sut affermir les bons, et, dans une large mesure, conjurer les mauvais.
La « rénovation de l'Empire » fut le point de départ de nouvelles Heureux conquêtes pacifiques pour la foi chrétienne. On doit y rattacher „ rénovation notamment les origines chrétiennes des royaumes de Pologne et de ^^ l'Empire >» Hongrie. Ces deux pays avaient déjà reçu des missionnaires, qui y avaient fondé plusieurs évêchés. Au chef-lieu d'un de ces évêchés, à Gnesen, le duc de Pologne, Boleslas, fit transporter les restes du glorieux apôtre de la Prusse, saint Adalbert, massacré par les popu- Origines lalions qu'il évangélisait. Une des premières démarches de l'empereur ^^\l PoioT* Ollon III fut d'aller vénérer à Gnesen les reliques du saint qui avait été son ami. Le duc de Pologne fît un brillant accueil à l'auguste pèlerin. Otton le dégagea des liens de vassalité qui le rattachaient à TAllemagne ; puis une bulle du pape érigea la ville de Gnesen en archevêché, ayant pour suffragants les évêchés de Cracovie, de Colbrech et de Breslau, et relevant directement du Saint-Siège *.
I. L'authenticité de cet acte a été attaquée par des écrivains modernes, mais Pertz le réimprime comme authentique. (A/onum. Germ. hist., Leges, t. II, aa pars,
p. 162. Cf. OlLERIS, op. cit., p. CILVIII.)
a. Scriptores hist. polon., p. 60 et s.
Hist. gén. de l'Eglise. — IV (
ne.
66 HISTOIRE GÉNÉRALE DE l'ÉGLISB
Telles furent les premières origines de la nation polonaise, destinée à tant d'héroïsme et à tant de malheurs.
Origine* Celles de la Hongrie, cet autre boulevard de la chrétienté au
de la Hongrie, Moyen Age, se rattachent également à l'intervention de Sylvestre 11. « Le pape, dit un vieux chroniqueur, avait préparé une couronne d'or, qu'il devait poser sur le front de Boleslas, quand, durant la nuit, un ange du Seigneur lui appafutet lui dit: « Réserve cette couronne pour un autre duc, dont les ambassadeurs viendront demain te visiter*. » Le lendemain, en effet, on annonça au pape l'arrivée du vénérable évêque de Colocza, Astric, qui venait, accompagné d'une députation de Hongrois, prier le pontife de bénir la Hongrie, de la recevoir comme un don fait à saint Pierre, d'élever au rang de métropole l'église de Gran, de confirmer la fondation de certaines abbayes, et enfin de donner le titre de roi au duc de Hongrie, Etienne, lequel, naguère converti par saint Adalbert de Prague, avait luimême propagé parmi ses sujets, avec une ardeur infatigable, la foi de Jésus-Christ. Sylvestre accepta l'offrande du royaume. Il en laissa toutefois la libre administration à Etienne et à ses successeurs. Le duc fut créé roi, et reçut du pape une couronne portant l'image du
Saint Etienne, Christ entouré des douze apôtres Cette couronne, réunie à une de^Hon^ffrie autre, qu'un des prédécesseurs du prince avait reçue de Constanti-
(87 mars 999). Qople, fut dès lors considérée comme le palladium sacré de la Hongrie.
Par delà les nations de l'Europe, les regards de Sylvestre n'avaient jamais cessé de se porter vers la Terre Sainte, occupée par les infidèles Précisément à l'heure où il se réjouissait des progrès de la foi et de la civilisation en Europe, la nouvelle lui vint que des pèlerins de
Appel du pape Terre Sainte avaient été l'objet de violents attentats de la part du *"de la"*^ fanatisme musulman. Il profita de l'indignation causée dans le
Terre Sainte, monde chrétien par cette nouvelle, pour implorer la charité des fidèles et au besoin le secours de leurs armes. Il le fit sous la forme d'une lettre écrite par l'Eglise de Jérusalem à l'Eglise de Rome. La ville sainte rappelait sa splendeur passée, et suppliait, du fond de sa misère, l'Eglise universelle de lui venir en aide : « A l'œuvre 1 soldat du Christ ' Prends le drapeau, combats ! Si tu ne peux le faire par les armes, viens à notre secours par tes conseils, par ton argent. Qu'est-ce donc que tu donnes, et à qui donnes-tu ? De ton abandon