‹ Histoire générale de l'Église (volume 2)Chapitre 41 sur 336 · MuRATORi, Aniiq. ital., t. V, p · texte numérisé non relu

MuRATORi, Aniiq. ital., t. V, p

LE PROTECTORAT IMPERIAL

l'empereur avait rencontré au Mont Gargan le grand ermile saint Nil, chassé de Galabre par l'invasion sarrasine, et à Ravenne, un autre patriarche monastique, saint Romuald. Les entreliens qu'il avait eus avec ces hommes de Dieu lui revenaient en mémoire ; il songea alors, dit-on, à renoncer à la couronne pour s'enfermer dans un cloître.

Les nouvelles qui lui arrivaient d'Allemagne ne pouvaient que le confirmer dans la pensée de dire adieu aux affaires du monde. Un interminable procès entre l'évêque de Mayence et l'abbé de Hildesheim, au sujet du célèbre monastère de Gandersheim ^ avait pris des proportions énormes, et divisé l'aristocratie ecclésiastique et laïque de l'Allemagne. D'autre part, la féodalité avait profité de l'absence de l'empereur pour couvrir l'Allemagne de ses châteaux, de ses forteresses, d'où elle ruinait toute sécurité par ses guerres privées, ses violences et ses convoitises. Dans de pareilles circonstances, suivant leurs habitudes, les Slaves du nord et de l'est, les Sarrasins du midi, avaient franchi les frontières, recommencé leurs audacieuses incursions. Otton fit ordonner aux évêques allemands de venir en Italie, avec des troupes, avant les fêtes de Noël. Un concile trancherait les difficultés de Gandersheim. Puis on marcherait contre les ennemis de l'Empire.

Le concile fut ouvert à Todi le 27 décembre looi, mais il ne s'y présenta que trois évêques allemands. Otton, dont les forces étaient épuisées par une fièvre lente, tomba dans un profond découragement. Il voyait s'évanouir comme un songe ses magnifiques projets. Kome lui fermait ses portes ; les ducs, les comtes allemands, tramaient contre lui une conspiration qui était approuvée par les évêques ^.

Il se dirigea vers le sud de l'Italie. Mais l'aggravation de sa maladie le força de s'arrêter, à peu de distance de Rome, au pied du mont Soracte, à Paterno. « Le mal faisant des progrès de jour en jour, dit le chroniqueur Thangmar, il communia au corps et au sang du Seigneur, puis, entouré de quelques évêques, au milieu de la douleur de tous, doux et humble, il rendit le dernier souffle 3. » On était au 28 janvier de l'an 1002. Otton n'avait pas encore accom-

I. C'est à Gandersheim que Hroswilba avait cultivé la poésie avec tant de fuccès.

a. Olleris, p. i83 ; Thietmar, Chron., t. IV, 3o, P. L., t GXXXIX, col. 1JG7. S. TuA.NGMAR, YUa S. Bernwardi^ n. 87, P. L., t. GXL, col. 433.

Situation

Iroublce

del'AUemagne

(fin de l'année looi).

Concile

de Todi

(37 décembre

lOOl).

Mort d'OLton III (28 janvier

pli sa vingt-deuxième année. Le chroniqueur ne donne le nom d'aucun des prélats qui se trouvèrent à son lit de mort On a ccnjectiiré que le pape Sylvestre devait être présent, et qu'Otlon III. avant de paraître devant son juge, reçut le saint Viatique par la main de celui à qui, après Dieu, il devait ce qu'il avait eu de meilleur Avec lui s'éteignit la descendance masculine d'Otlon le Grand Mort Sylvestre II survécut peu de temps à Ollon III Nous n'avons pas

e ^y ves re ^ détails sur ses derniers jours. Il mourut à Rome le 12 du mois de (12 mai 1000). ^ J

mai de l'année ioo3. Il avait gouverné l'Eglise pendant quatre ans et trois mois seulement ; mais peu de pontificats ont été plus féconds. Un de ses successeurs, Sergius IV, dans l'épi laphe qu'il fit placer sur son tombeau, résuma ainsi son œuvre : « Par lui, tout le siècle fut réjoui, et tout crime fut écrasé. »

Gaudel omne seclum, frangitur omne reum.

Sans doute bien des causes de tristesse lui survécurent dans le monde chrétien, et tout mal ne disparut pas avec lui; mais, par son culte de la science et des arts, il préluda au grand mouvement scientifique, littéraire et artistique du xiii* siècle, et, par son zèle à revendiquer les droits de l'Eglise, à défendre la pureté des mœurs dans le clergé, il fut le digne précurseur de saint Grégoire VII et d'Innocent III : « Gerbert, a-t-on dit, est un de ces hommes privilégiés qui doivent être rangés, par l'histoire impartiale des civilisations, entre ceux dont elle doit retenir le nom *. » Son œuvre mérite qu'on s'y arrête pour en apprécier l'étendue et la valeur.

L œuvre La scîence, l'art et la vertu, le vrai, le beau et le bien, furent de

^ ^^ "^ ' bonne heure les passions ds Gerbert, et, jusqu'à son dernier soupir,

il combattit pour ces trois nobles causes.

Le mouvement La culture gréco-romaine, transformée par le christianisme, de-

^ ' vait se transmettre au Moyen Age par les Byzantins, par les Arabes

et par les Occidentaux. Plus tard ces trois courants se mêleront.

Gerbert, nous l'avons vu, et l'on pourrait en faire la preuve scienti-

I. F> P1CA.VBT, Gerbert, un pape philosophe, un vol. in-S", Paris, 1897, p. vu.

LE PROTEGTOBAT IMPÉRIAL

fique *, puisa exclusivement sa science au courant occidental, dont les noms de Boèce, d'ïsidore de Séville, d'Alcuin, de Raban Maur, de Serval Loup, de Scot Erigène, d'Odon de Gluny, marquent les principales étapes. Odon, avant de gouverner l'abbaye de Cluny, avait dirigé le monastère de Saint-Géraudd'Aurillac, où Gerbert, en 972, apprit la logique.

M C'est surtout par son enseignement, ses lettres et ses écrits, dit M. Picavet, que Gerbert révéla à ses contemporains ses connaissances, supérieures à celles des plus savants d'entre eux. Alcuin avait timidement montré que les sept arts peuvent servir à la vie pratique et devenir des auxiliaires précieux pour la religion. Raban Maur avait surtout enseigné les sciences sacrées ; Servat Loup, les lettres profanes ; Jean Scot Erigène fut un humaniste remarquable. Heiric et Rémi d'Auxerre laissèrent amoindrir, mais cependant conservèrent, en bonne partie, l'héritage qui leur avait été transmis. Gerbert le reprit et l'augmenta ^. »

Les sciences que Gerbert a surtout cultivées sont la théologie, la philosophie, les mathématiques, l'astronomie, la physique et la médecine.

Pour Gerbert, dont l'orthodoxie ne fut jamais en défaut, la théologie est la première des sciences, et il aime à y ramener toutes les autres ; il considère d'ailleurs la théologie comme une philosophie des données de la foi, et, tout en s'inclinantsous l'autorité de la révélation, il affirme fièrement le rôle de la raison. « La divinité, écrit-il à Arnoul, a fait un présent inestimable aux hommes en leur donnant la foi ; mais elle ne leur a jamais dénié la science. La foi fait vivre le juste, mais il est bon qu'il y joigne la science, puisqu'on dit de ceux qui ne l'ont pas qu'ils sont des sots ^. » Dans son traité De corpore et sanguine Domini *, il reprend, en en corrigeant les expressions suspectes et les idées trop hardies, la théorie que Paschase Radbert avait enseignée surTEucharislie, et, à ce propos, il émet sur la Trinité, sur l'Incarnation, sur la personne du Christ et sur sa résurrection, des doctrines qui accusentune connaissance approfondie des Pères de l'Eglise. Il aime l'Eglise avec passion. Il déclare « qu'il

Sylvestre lî, théologien.

Son traité

De corpore et

sanguine

Donini,

I. Voir, sur ce point, F, Piga.vbt, Gerbert^ un pape philosophey un vol. Paris. 1897, PP- ï~ï9. 34-38.

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