‹ Histoire générale de l'Église (volume 2)Chapitre 49 sur 336 · Ibidp · texte numérisé non relu

Ibidp

LE PROTECTORAT IMPERIAL

Ta très justement comparée aux langues romanes. Elle repose sur un fond latin; elle admet, comme elles, certains apports d'éléments étrangers ; enfin elle forme de nombreuses écoles comparables aux dialectes des langues romanes *. »

« Dans l'édifice carolingien existaient déjà une nef centrale avec Caractérisdeux bas côtés plus étroits ; un transept figurant les bras de la l'architectur croix ; un chœur séparé de la nef et du transept par des clôtures de romane, pierre et un peu surélevé, de manière à permettre l'établissement de la crypte voûtée où les saints reposaient ; un portail d'entrée placé en face du chœur. Tous ces éléments essentiels de la construction basilicale, l'architecte roman n'avait qu'à les prendre comme points de départ. Il n'eut même pas à imaginer la voûte, qui apparaît, sous des formes variées, dans les monuments de l'art latin. Mais il l'appropria aux besoins de la construction religieuse, employant surtout cette arcade de plein cintre prolongée qu'on appelle la « voûte en berceau », et ce système à compartiments reposant sur des angles saillants qui constitue la « voûte d'arêtes ».

« Pour remédier aux inconvénients de la poussée des voûtes sur les murs latéraux, il fallut non seulement rendre ces murs plus épais et diminuer la surface des fenêtres, ainsi que leur nombre, mais encore soutenir la voûte au dedans par des cintres de pierre ou a arcs doubleaux » ; au dehors, par des contreforts symétriques, renforcer les piliers intérieurs, multiplier les faisceaux de pilastres et de colonnes, en un mot diminuer l'air et l'espace pour obtenir la solidité. Les besoins de la défense expliquent, d'autre part, la construction de ces clochers massifs, d'abord ronds, puis carrés ou polygonaux, véritables donjons d'église, d'où le guetteur voit l'ennemi de loin, où l'on peut, au besoin, se retrancher et soutenir quelque temps l'attaque. Et pourtant il y a, dans la construction romane, un élan qui révèle clairement les aspirations les plus élevées de la pensée religieuse. Ces arcs et ces voûtes montent, tout en s'arrondissant et se brisant. Habitués jusqu'ici aux lignes horizontales du temple antique, les yeux se prennent à l'attrait plus grand de la ligne verticale, poussée énergiquement vers le ciel. Déjà commence cette ascension de la pierre qui, dans la période de l'art gothique, deviendra prodigieuse d'essor et d'audace 2. »

1. Camille Enlart, Manuel d'archéologie française, l. I, arch. religieuse. Paris, 190a. p. 199.

2. A.. LucuiiiaB, dans VHist. de France de LalVisse, t. II, a« partie, p. aoo.

Le chant liturgique à

la fin du X* siècle*

L'œuvre de Noiker

le Bègue est poursuivie

et complétée.

Principales

œuvres

de musique

liturgique

composées à

la fin du x« siècle.

Dans ces églises restaurées, se fait entendre un chant liturgique que le génie d'un moine de Saint-Gall, Noiker le Bègue, vient d'enrichir de nouveaux éléments, pleins de grâce et d'harmonie. On attribue à TSolker le mérite d'avoir, par ses œuvres, composées vers la fin du ix' siècle, assuré la conservation du chant religieux, surtout du plaiu-chant, dans toute sa pureté, durant le moyen âge ; on lui doit sûrement le développement des séquences et des proses *.

Après le mot Alléluia, qui suit l'Epître, on vocalisait une mélodie plus ou moins longue, appelée jubilas, parce qu'elle exprimait les sentiments joyeux de l'âme, et séquence, parce qu'elle était comme la suite de V Alléluia. Ces longues séries de notes groupées étaient .difficiles à retenir. On imagina, à l'abbaye de Jumièges, de joindre des paroles à ces neumes, A chaque groupe de sons répondit un mol ayant autant de syllabes que le groupe avait de notes. Noiker composa un grand nombre de textes ainsi adaptés à la mélodie primitive, et même développa musicalement cette mélodie, ce qui permit d'allonger le texte chanté. Il composa ainsi de véritables pièces littéraires qu'on appela proses. Elles constituaient, en effet, des phrases successives d'une prose fortement rythmée et quelquefois rimée, mais non pas une prose mesurée comme une pièce de vers. Le Victimœ paschali laudes peut nous en donner une idée 2.

Suivant la voie frayée par Noiker ^, de nombreux artistes chrétiens enrichirent de paroles et de mélodies nouvelles d'autres parties de l'office divin. La fin du x* siècle est marquée par une efflorescence de compositions musicales anonymes, remarquables par le sentiment mélodique et l'expression. L'offertoire Elegerunt, diverses antiennes de la procession des Rameaux, les versets alleluiatiques : Juslus germinabit, Preliosa, l'office de la Trinité et le magnifique Libéra de l'office des morts, sont de cette époque *. Le roi de France Robert le Pieux, qu'on voyait parfois, à la basilique de Saint-Denis, diriger l'exécution des offices avec son sceptre en guise de bâton cantoral, composa lui-même les paroles et la musique de plusieurs

I. A. Ga-stoué, l'Art grégorien^ un vol. in-i8, Paris, 191 1, p. 77, i8a. Cf. Léon Gautier, la Poésie liturgique. Pari», 1886, p. 19 et s.

3. Plus tard, à partir du xi® siècle^ on composa des proses à rjfthme beaucoup plus régulier, qui devinrent une forme spéciale de versification, telles que le Veni sancte Spiritus, le Lauda Sion, le Dies irœ, le Siabat.

3. Les œuvres musicales de Notker ont été recueillies par Pertz et publiées dans les Monumenta Germanise, Scriplores, t. II.

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