Recueil des historiens de la France^ t. X, p. 3o
2. Cf. Dom Leclercq, à l'article Chant grégorien, dans le Dict. d'arch. chrét. et de li!.. t. I, col. 3i5.
Hist. gén. de l'Eglise. — IV 6
Origines
la littérature romane.
La naissance de la chanson
de geste et de l'épopée.
Rôle
de l'abbaye
de Cluny
dans le
mouvement
général de
la civilisation
signalèrent les premiers : et les troubadours ou trouvères de Provence furent les princes de la romancerie, qui, de France, se communiqua, avec le temps, aux pays voisins. C'est des Français, en effet, que l'Italie et l'Espagne, qui ont été si fertiles en l'art de romaiiiser, ont emprunté ce secret ^. w Cantilcne, roman et épopée eurent d'ailleurs, à leurs débuts, ce commun caractère, d'être des compositions religieuses.
De la cantilène et du roman, naquit l'épopée. « Nous sommes très portés à croire, dit Léon Gautier, qu'il y eut réellement des chansons de geste dès le x** siècle 2. » Une seule grande composition nous reste du commencement du xi® siècle, la Vie de saint Alexis ^. "C'est un vrai poème : il commence solennellement à la façon d'un long récit poétique ; il a ces proportions savantes et ce dénouement préparé qui sont le propre des œuvres littéraires. Si on lui refuse le nom d'épopée, il mérite au moins celui, qu'on lui a donné, de « chanson épique », genre de transition entre la romance populaire et l'épopée.
Point n'est besoin de rappeler que, de tous ces progrès de l'architecture religieuse, de la musique d'église et du cantique populaire, les monastères du x* siècle furent les principaux foyers. Mais ils le furent surtout du sentiment clirétien qui inspira toutes ces œuvres. Parmi ces asiles, qu'un historien, François Mignet, a si justement appelés des « concentrations du christianisme », Cluny tenait toujours le premier rang. De Jean XII à Sylvestre II, son importance sociale et son influence religieuse n'avaient cessé de grandir. En 999, Grégoire V, ayant accordé à la congrégation de Cluny une bulle portant confiimation de ses privilèges, énumérait les biens qu'elle possédait dans les comtés d'Auvergne, d'Autun et de Mâcon, dans les diocèses de Viviers, d'Uzès, de Troyes, d'Orange, de Gap, de Valence, de Vienne, de Lyon et de Lausanne ^.
Mais la puissance territoriale de Cluny était la moindre de ses gloires. La renommée de Cluny était pure. Une règle austère y
1. Ilisloire littéraire de la France^ t. VI, p. i5. Cf. Gaston Paris, Histoire poétique de Charlemagne, p. 47-48 ; Léon Gautier, les Epopées françaises, un vol. in-4o, Paris, 1878, p. 64 et s.