‹ Histoire générale de l'Église (volume 2)Chapitre 52 sur 336 · Jaffé, n. 3896 ; P. L., t. CXXXVII, col · texte numérisé non relu

Jaffé, n. 3896 ; P. L., t. CXXXVII, col

LE PROTECTORAT IMPtRIAL

trempait vîgoureusemcnl les caraclèies ; uoe piété vivante el jo^'cuse y dilatait les âmes. Ses abbés semblaient s'y être Iracsmis la sainteté avec les insignes de leur charge. Après saint Odon, dont la vertu fut vénérée de l'Eglise entière, saint Mayeul y avait tenu la crosse abbatiale pendant quarante ans, de 964 à 99/i, majestueux et bon, toujours égal, toujours maître de lu! en face des pires contradictions, imposant à tous son ascendant avec un tel prestige, que son successeur, saint Odilon, a pu écrire de lui que « les rois et les princes de la terre l'appelaient seigneur et maître, et qu'il était véritablement lui-même le prince de la religion monastique ». Dans toute la chrétienté, on disait : « Je suis moine de Cluny » avec la même fierté que jadis : « Je suis citoyen romain. »

Tout l'opposé de son prédécesseur par son aspect physique, Odilon, petit de taille, à la figure pâle et maigre, mais non moins imposant dans toute sa manière d'être, par le sentiment qu'il avait de l'importance de sa charge et de l'étendue de ses devoirs *, devait gouverner le monastère pendant cinquante-cinq ans, de 99/i à 1049, en voir grandir l'influence et les possessions, y promouvoir les études et y maintenir sans défaillance l'austérité des premiers jours. Bref, sous son gouvernement, au temps du pape Sylvestre, Cluny était déjà, dans l'Eglise, la grande institution qui, sous la main des papes, apparaissait comme capable de régénérer la chrétienté.

Ainsi, dans les arts comme dans les sciences, dans le domaine des institutions sociales comme dans celui des institutions ecclésiastiques, la grande réforme catholique, qui devait avoir son plein épanouissement au siècle d'Innocent 1H, avait déjà son germe au siècle de Sylvestre II.

Malheureusement les forces réfractaires à toute œuvre réformatrice étaient nombreuses et puissantes. Après la mort de Sylvestre II, elles se relevèrent, et suscitèrent à la papauté tant d'obstacles que, peu d'années après, cette œuvre parut plus compromise que jamais, et qu'il fallut tout le génie du moine Tlildehrand pour la reprendre 2,

Saint Mayeul de Cluny

Saint Odilon

de Glviny

Persistance

de forces

réfraclaire»

à la réforme

catholique.

I. Baudrillart, Cluny et la papauté, Rev. pral. d^apoL, 1910, t. XI, p. i/|. Cf.

FELE, au mot Cluny, dans le Dict. de théologie de Wetzer et Welte.

2. Nous avons fait l'histoire du mouvement religieux, politique et intellectuel, qui s'est accompli sous le pontificat de Sylvestre II, sans tenir aucun compte dé l'émotion qu aurait produite l'échéance de l'an mille, considérée, dit-on, comme devant être la date de la fin du monde. Comme celle « légende de l'an mille »

est encore défendue par quelques historiens, il ne sera pas hors de propos dé reproduire ici l'excellente critique qu'en a faite, en quelques pages très condensées, M. Gh. Pfister : « Entre les années 960 et 970, quelques illuminés professaient l'opinion que le monde allait bientôt sombrer. Mais leur erreur, combattue par l'Eglise, n'eut point d'adeptes. De 970 à l'an 1000, absolument aucun texte ne nous autorise à dire que les hommes, quittant tout travail, n'attendaient que la catastrophe finale, et avaient, selon l'expression d'un grand historien, Michelet {Histoire de France, i835, t. IT, p. iSa), l'effroyable espoir du jugement dernier. Nous possédons environ cent cinquante bulles pontificales expédiées dans cet intervalle, et nous affirmons que dans aucune on ne trouve la moindre allusion à une fin prochaine du monde. Nous avons aussi des bulles qui ont suivi l'an 1000, et dans aucune il n'y a un cri de reconnaissance à Dieu pour avoir détourné le terrible malheur. Des synodes nombreux se sont réunis pendant la même période de 970 a jooo. et, dans leurs actes, il n'est jamais question de l'anéantissement de la terre. On y croyait si peu qu'en 998 le concile de Rome imposa au roi Robert une pénitence de sept années (Labbe, Concilia^ t. IX, col. 772). On nous oppose les canons du concile de Trosly : <« Il approche dans sa majesté terrible, ce jour où tous les pasteurs comparaîtront avec leurs troupeaux devant le Pasteur éternel Et qu'aJiéguerons-nous alors? » (Labbe, l, I\, 5a3.) Mais le concile de Trosly a été tenu en 911. On nous cite encore les chartes des particuliers, donnant leurs biens aux églises ou aux couvents, parce que « les ruines se mulliplienl », ou parce que G la fin du monde approche », appropinqaante mnndi lermino. Mais de semblables formules ont été employées dès le viii^ siècle (Marculfe, Formulœ, t. If, n. 3), et» depuis celle dale, on les trouve dans les actes du centre et du midi de la France (Deloche, Carlalaîre de BeauUeu ; Germer, Carlulaire du chapitre de l'église cathédrale de I\'îmes, n" 37, 3^, ^i, l\^, 78) ; ces chartes ont été rédigées en 926, 928, 930, 9/i3, 984. Elles sont très rares dans les chartes du nord. Si, des documents proprement dits, nous passons aux chroniqueurs, nous lisons dans Guillaume Godelle : « En bien des lieux sur la terre, le bruit courut, jetant dans le cœur de beaucoup d'hommes la crainte et l'abattement, que la fin du monde approchait. Les plus sages, tournés au dessein de leur salut, s'étudièrent plus attentivement à corriger leur y'ie.» (Recueil des historiens de la France, t. X, p. 262.) Mais cette phrase se rapporte à l'an loio, non à l'an 1000. Après l'émotion causée en Europe parla nouvelle de la prise du Saint-Sépulcre, les vrais chrétiens se replient sur eux-mêmes et songent davantage à l'éternité. D'ailleurs Guillaume Godelle écrivait après l'année 11 /i5. Reste Raoul Glaber, qui, après la description d'une famine terrible, ajoute : « On croyait que l'ordre des saisons et les lois des éléments qui jusqu'alors avaient gouverné le monde étaient retombés dans un éternel chaos et l'on craignait la fin du genre humain.» (Raoul Glaber, t, IV, !\, Rec. des hi.st. de la France, t. X, col. 49.) Mais Raoul place l'histoire de cette famine vers io33, longtemps après que l'année fatale se fut écoulée. En un autre endroit, le même Raoul dit : « Vers l'année ioo3, il arriva que presque dans tout l'univers, et principalement en France et en Italie, on se mit à rebâtir les églises, bien que beaucoup d'entre elles, solidement construites, n'en eussent nul besoin, mais chaque nation chrétienne voulait posséder les plus belles. C était comme si le monde, recouvrant sa vétusté, avait revêtu le blanc manteau des églises. » (Raoul Glaber, ill, 4, Rec. deshist.de la France, t. X, p. 29.) Qu'est on en droit de conclure de ce passage? Simplement qu'au début du xi** siècle beaucoup d'églises furent construites. Au xvme siècle, quelques archéologues se sont demandé quelles étaient les causes de ce mouvement artistique, et alors, interprétant à la légère les textes que nous venons de citer, ils ont inventé la légende des terreurs qui auraient précédé Tan looo et de la joie qu'auraient ressentie les peuples, le terme funeste une fois passé. Cette joie se serait traduite au dehors par la construction de belles églises. Peut-être, en étudiant leur sujet de plus près, auraient-ils vu que beaucoup de ces édifices se sont élevés aux approches mêmes de l'an lOOO. Nous alléguera-t-on encore la prose de Montpellier : (( Ecoute, terre... Il vient, il est proche, le jourdela colère suprême... » Mais, à supposer que ce chant soit du x® siècle, que prouverait-il ? Ce que prouve le Dies irœ : que le christianisme a cru à la fin du monde et au jugement dernier, comme il y croit encore... L'Eglise n'a donc pas cru à une conflagration universelle

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qui aurait embrasé le monde en l'an mille. Entre les aimées 960 et 970, quelques illumines ont enseigné, il est vrai, que le monde allait finir, mais leur hérésie, en somme, ne présentait aucun danger. » (Ch. Pfjster, Etudes sur le règne de Roherl le Pieux, in-80, Paris, i885. p 822 323.) Voir la question traitée avec plus de développements dans Frédéric Duval, les Terreurs de l'an mille (collection Science et Religion), Paris, 3» édit., 1908.

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