CHAPITRE III
DE LA MORT DE SYLVESTRE II A l'aVÈNEMEIST DE SAOT LEON IX. DOMINATION DES FACTIONS ITALIENNES.
LA
(ioo3-io49)
Les factions italiennes au début
du xie siècle.
La maison
des
Crescentius.
la maison le Tusculum.
Parmi les familles puissantes dont l'ambition avait troublé jusquelà le gouvernement des papes, on remarquait surtout deux grandes maisons rivales : celle des Crescentius et celle de Tusculum. L'une et l'autre se rattachaient au grand Albéric, et, par lui, à Théophylacte et à Marozie.
Aussitôt après la mort d'OttonlII, un Jean Crescentius s'était fait décernerpar les Romains le titre de patrice. « Il est à croire que ce Crescentius, fils du supplicié de 998, n'avait pas été étranger à la révolte de looi, et que dès lors les Romains lui avaient remis l'autorité suprême. La tradition se continuait : depuis trente ans, on passait alternativement d'Olton à Crescentius, de Crescentius àOtton. Ce n'était pas toujours le même Crescentius ni le même Otton ; mais c'était toujours le même conflit entre le chef national et le prince étranger.
« En face des Crescentius, se dressait l'influence croissante des comtes de Tusculum. Grégoire, le chef de la maison, figure au temps d'Olton III avec le titre de prœjectus navalls. C'est sans doute lui qui avait restauré l'acropole -de la vieille cité latine, abandonnée depuis des siècles, et l'avait transformée en un véritable châteaufort. Il avait trois fils, Albéric, Romain et Théoph} lacté ; celni-ci était cardinal. Depuis longtemps sans doute, cette puissante famille aspirait à succéder aux Crescentius dans le gouvernement de l'Etat romain. Mais cela était difllcile. Les Crescentius avaient la possession du pouvoir ; ils représentaient la tradition d'indépendance, autant qu'il était possible de la faire valoir depuis l'apparition des
LE PROTECTORVT IMPERIAL
rois saxons sur le théâtre de Tltalie. Suivant que l'autorité germanique était forte ou faible, présente ou absente, les Crescentius savaient ployer ou se raidir, se résigner ou protester. D'une façon ou de l'autre, ils donnaient une expression aussi exacte que possible au sentiment de la population, ou plutôt de l'aristocratie, la seule classe qui comptât alors. Les Tusculans, pour leur faire échec, affectèrent un dévouement spécial aux intérêts germaniques. Au fond, ils ne s'en souciaient pas beaucoup plus que leurs rivaux ; mais il est sûr qu ils étaient mieux vus au delà des Alpes *. 0
Nous connaissons mal les événements qui, après la mort de Sylvestre II, portèrent sur le trône pontifical, d'abord le pape Jean XVII 2, qui ne régna que six mois, puis Jean XVIII, qui tint le siège jusqu'en 1009, et enfin Serge IV, qui mourut le 12 mai de Tannée ici 2. Tout porte à croire que ces trois pontifes furent nommés sous l'influence des Crescentius. Tous les trois jouirent
d'ailleurs d'une bonne renommée. Jean XVII, qui se nommait Sico, J^*" ^Y^!»
, r ^ pape (lo juin-
fut élu le i3 juin ioo3 ^. Suivant une inscription trouvée en 1700 a .- décembre Santa-Maria de Ripagnano, dans la Marche d'Ancône, ce pape était ioo3). né de parents nobles, au château de Ripagnano, et avait fait ses études à Rome, dans la maison d'un consul nommé Petronius. L'inscription ajoute qu'il ne fit que passer sur le siège apostolique et alla bientôt régner dans les cieux *. Aucun autre document ne nous renseigne sur son pontificat. Jean XVIII, nommé Fasan, fut sacré J^an XVIII,
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pape le 25 décembre ioo3. Il fut l'ami dévoué des moines, à qui il ^26 décembr* accorda de nombreux privilèges 5. Il fonda à Bamberg, à la demande . .'°°^^^n d'Henri II, un évêché destiné à rendre, dans le sud-est de l'Allemagne, les mêmes services que Magdebourg, Mersebourg et Meissen dans le nord-est de l'Empire^. Sous son pontificat, l'union des Eglises romaine et grecque fut rétablie, car le nom du pape, comme le prouve Baronius '^, fut inséré de nouveau, en ioo4, dans les dip-
I. DucHcsNE, les Premiers Temps de l'Etat pontifical, p. 368-371.
a. Les historiens diffèrent dans la désignation de ce pape et des deux suivants qui portèrent le nom de Jean, selon qu'ils comptent ou non Jean XV, fils de Robert, et Jean Pbilagathe. Ce n'est qu'avec Jean XXI que tous les historiens se retrouvent d'accord. Voir R. Poupardin, Note sur la chronologie du pontificat de Jean XVII. dans les Mélanges darch. et d'hist. de l'Ecole Jrançaise de Rome, 1901, t. XXI, p 387-390.