I. H. Lesbtre, p
LE PROTECTORAT IMPERIAL
dat du Christ. Henri prit le globe, l'admira, et dit : « Nul n'est plus digne de posséder un tel présent, que ceux qui, loin du monde, s'appliquent à suivre la loi du Christ. » Et il envoya le globe aux moines deCluny.
Le roi manifesta les mêmes sentiments chrétiens quand, le i4 février, dans la basilique de Saint-Pierre, le pape, le couronnant, ainsi que son épouse Cunégonde, le sacra empereur. Le souverain fit aussitôt don de sa couronne à la basilique, demandant qu'elle fût placée sur l'autel du Prince des apôtres *.
11 accueillo ik Rome Henri II (iOi4).
Couronnement d'Henri II (i4 février loiA).
A partir de ce moment, le souci de la défense de lEglise, la préoccupation de la pureté et de la propagation de la foi chrétienne prirent une place plus grande dans la vie du souverain.
Son premier acte fut de délivrer au pape Benoît VIII une charte de privilèges qui reproduisait exactement celle qu'Otton le Grand avait accordée au pape Jean XII. Entre autres clauses, cette charte stipulait que « tout le clergé et toute la noblesse de Rome s'engageraient par serment à ne procéder à l'élection des papes qu'en observant les règles canoniques, et que le nouvel élu, avant d'être sacré, s'engagerait lui-même, en présence des envoyés de l'empereur ou en présence de tout le peuple, à conserver les droits de tous ^. » On ne doit pas voir, daas cette formule, comme l'ont fait bien à tort certains historiens, la consécration du principe d'une tutelle impériale exercée sur la papauté, mais seulement la confirmation du droit, réservé par les papes aux empereurs, de veiller, comme défenseurs de l'Eglise romaine, à ce que l'élection du pape se fît canoniqucment et à ce que le nouveau pape jurât de conserver les droits de tout le monde. Les tristes événements dont on venait d'êtie les témoins, les prétentions des familles des Crescentius et de Tusculum justifiaient un pareil contrat. Dans les circonstances où l'on se trouvait, la puis-
La cbarte de ioi4<
Vraie portée de cet acte.
1. R. Glaber, Hist., I, 5 ; P. L., t. GXLII, col. 626. Cf. Thietmar, VII, i ; Jaffé, n. 4ooo.
2. Oinnis clerus et universi populi romani nobilitas... sacramento se obliget, quatenus futura ponlijicnm eleclio, quantum unius eu jusque intellectus fuerît, canonice et juste Jîat, et ut ille qui ad hoc sanctum apostoUcuin regimen eligetur^nemine consentiente consecralus Jîat pontifex, priasquam talem in prsesentia missorum nostrorum seu universae generulilatis faciat piomissionem pro omnium satisfactione atque futura coiiservalione. (P. L., t. CXL, col. a'iù-uZ'].)
Politique pacificatrice d Henri H.
Benoît VIII
confie le
gouvernement
temporel
des Etats
de l'Eglise
à son frère
Romain.
bon projet
de paix
universelle,
prélude
de la réforme
de l'Eglise.
saoce seule d'un empereur paraissait capable de tenir en respect les factions italiennes ^ .
La bonne entente, ainsi scellée entre le pape et l'empereur, ne se démentit pas un instant pendant toute la djree de leur commun gouvernement. Elle leur permit de travailler efficacement ensemble au bien de la chrétienté. L'Italie s apaisait Le parti des Crescentius semblait avoir renoncé à toutes ses prétentions. Le roi détrôné de Pavie, Arduin, instruit par l'infortune, se retira, en ioi5, dans le monastère de Frulluaria, fondé près de Turin, l'année précédente, par un de ses ne\eux, l'abbé Guillaume, et )• mourut trois ans plus tard dans des sentiments de piété ^.Des incursions des Sarrasins sur les côtes d Italie, en ioj6, lurent rapidement réprimées par une expédition na\ale, et des troubles suscilés par les Grecs au sud delà péninsule prirent fin après une descente de l'armée impériale.
Le pape Benoît Ylll s était déchargé du gouvernement temporel des Eiats de TEglise sur son frère Rcmain, à qui ii ccnféra le titre et les pouvoirs de « consul et sénateur des Romains ». Son dessein était de se consacrer tout entier au gouvernement spirituel del Eglise. Convaincu de l'inefficacité de toute réforme religieuse entreprise au milieu des commotions politiques et sociales qui désolaient l'Europe, il méditait le grand dessein de publier, de concert avec 1 empereur d'Allemagne, le roi de France et le roi de Bourgogne, une paix universelle ; on travaillerait ensuite à une réforme radicale des mœurs par un concile général célébré en Occident ^. Benoît \'11I ne put qu'ébaucher cette gigantesque entreprise, mais il s'y dévoua avec toute l'ardeur de son zèle, et il y fut puissamment aidé par l'empereur Henri II, par le roi de France Robert îe Pieux, par le roi de Bourgogne Rodolphe IIL
Dans un concile tenu à Poitiers, en février ou mars de l'an icoo, une décision importante avait été votée, à savoir qu' « à l'avenir toute contestation entre particuliers serait réglée d'après le droll, et
I. <( Henri H, dit M. Batbt {Hist. gén. de Lavisse et Rambaud, t. I, p. 56o), porte dans l'histoire le surnom de saint, et, de fait, c'est un roi d'Eglise, si l'on entend par là, non point qu'il accepte le gouvernement de l'Eglise, mais qu'il veut au contraire la gouverner et se servir d'elle. » Ni le document que nous venons de citer ni Faltitude générale d'Fïenri II dans les questions de politique religieuse n'autorisent une pareille assertion.
a. TiETMAR, VIT.
3. Lesêtre, p. i6i ; A. LucuAiRE, dans VHist. de France de Lavisse, t. IT, a«J partie, p. 137.
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Don plus par la foice biulale ^ ». C'était proclamer haulemeot au Un codcîU nom de l'Eglise, le principe de la Paix et de la Trêve de Dieu 2. proclame L'Eglise sVlait aperçue que les prescriptions dés premières assem- 'e principe d« Liées étaient demeurées insuffisantes, faute d'action d'ensemble et de [jj^^ (1000). stricte sanction La disposition votée à Poitiers en l'an 1000 fut le point de départ d'uDC ligue formée pour le maintien de la paix et appelée /:ac/um pacis. Chaque ligueur s'engageait à déférer à la jus- Lepactam ticede l'évêque ou du comte toute transgression de la paix commise ^ sur son territoire ; et, en cas de déni de justice de la part du comte ou de l'évêque, à provoquer une intervention de tous les ligueurs associés, pour faire triompher le droit. Pour mieux assurer l'exécution du pacte, on demanda aux membres de la ligue un serment solennel et explicite, juré sur les reliques des saints ^.
Telle fut l'œuvre de l'Eglise pour l'obtention de la paix. Cette Saint Henri œuvre ne pouvait avoir de résultat sérieux et définitif que si elle les^Ugues d* était appuyée par l'autorité des souverains. Dès les premières années paix en du xi" siècle, on vit Henri II parcourir les provinces d'Allemagne, eœaga .
proclarnant la paix locale, Landfrieden, dans de grandes assemblées, comme à celles de Zurich en ioo5, de Mersebourg en 1 01 2. où tous, depuis le plus humble jusqu'au plus puissant, jurèrent « qu'ils maintiendraient la paix, qu'ils ne seraient point complices de brigandages ». Beaucoup de seigneurs et d'évêques suivirent cet exemple. Burkhard, évêque de Worms, publia un édil de paix, afin de soumettre ses sujets « riches et pauvres », disait-il, à la même loi. D'autres s'opposèrent au mouvement. L'empereur, jugeant qu'il s'agissait là d'une question du plus haut intérêt public, sévit conlr* eux avec sévérité, alla jusqu'à dépouiller des margraves de leur charge.
En France, avec une énergie peut-être moins sévère, mais avec Robert une patience non moins tenace, le roi Robert « passait son temps à ^ult^^re réunir des assemblées de paix » *. On ne s'y contentait plus d'interdire les assemblé^f aux belligérants les violences contre les églises, les clercs, les tra- «e paix vailleurs des champs ; on y demandait le respect de toutes les personnes inoffensives. A Verdun, les engagements pour la paix étaient