‹ Histoire générale de l'Église (volume 2)Chapitre 63 sur 336 · I. Lesêtre., p · texte numérisé non relu

I. Lesêtre., p

LE PROTECTORAT IMPERIAL

et l'autre, en s'unissaul par le mariage, avaient fait le vœu de sanctifier leur union par la pratique d'une absolue pureté. La mention de cette vertu royale, chez les vieux chroniqueurs, a provoqué le scepticisme de quelques historiens, le sourire ironique des autres. Mais le fait a toute la certitude que donne l'histoire ^ et toute âme soucieuse de régénération chrétienne doit reconnaître qu'une telle vertu fut à sa place sur le trône d'un empereur et d'une impératrice au début du xi^ siècle. A cette époque, où les passions des sens envahissaient jusqu'au sanctuaire, il fut bon de voir briller, au milieu même de la cour, la vertu qui fait ressembler l'homme à l'ange. Le saint empereur mourut le i3 juillet 1024. Avec lui s'éteignit la maison de Saxe. Par son premier représentant, Henri le Grand, elle avait puissamment travaillé à grouper autour d'elle les peuples germaniques ^ ; par son dernier représentant, Henri le Saint, elle avait

Les vertus

privées

de saint Henri.

noblement servi l'Eglise.

En France, le roi Robert le Pieux, sans donner le spectacle de vertus aussi héroïques que l'empereur allemand, mettait au service de l'Eglise une ardente piété et un dévouement sincère. Nous l'avons vu multiplier ses efforts pour réunir partout des n assemblées de

Sa mort

(i3 juillet

loaA).

Robert

lo Pieux,

roi de France,

I. « On a contesté à saint Henri et à sainte Gunégonde l'honneur d'avoir atteint ce sommet où l'homme se rencontre avec l'ange. Les chroniqueurs du xi' siècle, dit-on, n'en parlent pas. Bien plus, dans les actes de la fondation de Bamherg, Henri déclare que « n'ayant pas l'espoir d'avoir quelqu'un de sa race pour lui succéder, il choisit le Christ comme héritier ». Mais les historiens contemporains du saint auraient-ils pu parler ? Le plus complet de tous, Thietmar, évêque de Mersebourg, mourut six ans avant saint Henri. De l'œuvre d'A.dalbold, évêque d'Utrecht, nous ne possédons qu'un fragment. Les autres annalistes de l'époque, fort succincts du re»te, ne mentionnent guère que les événements extérieurs. Leur silence sur le point en question s explique d'autant plus naturellement que saint Henri n'était pas homme à faire parade de sa vertu et à mettre tout venant dans la confidence de sa conduite. H y avait là ce « secret du roi qu'il est bon de cacher», comme parle la sainte Ecriture, La manière dont le prince en fait mention dans l'acte de Bamberg est assez discrète pour ne rien révéler du motif supérieur qui lui avait dicté sa résolution. Mais, par la suite, pour l'édification de l'Eglise, le mystère fut révélé, soit que, comme le veulent quelques récils, Henri s'en soit ouvert à son lit de mort, soit que le dépositaire des secrets de sa conscience ou que sainte Gunégonde elle-même en aient parlé à la gloire du saint. Dès la fin du ne siècle, Léon, cardinal d'Ostic, consigne le fait dans la Chronique du Mont- Gassln. D'autres écrivains le mentionnent ensuite... Enfin, dans la bulle de canonisation, le pape Eugène III déclare, en ii45, qu'une enquête sérieuse a été faite... et loue Henri H d'avoir sanctifié son mariage par une chasteté conservée intacte jusqu'à la fin de sa vie. »> (H. Lesêtre, Saint fleuri, pp. 187-188.)

a. Nous disons : avait travaillé, et non pas : avait réussi. L'ambition de la maison de Saxe avait été trop vaste. L'Empire, au temps de saint Henri, comprena't, en dehors des pays germaniques, la Belgique, les Pays-Bas, presque toute la Suisse, quelques provinces de ritalie et de la France. Une telle agglomération était essentiellement instable, et l'union même des pays germaniques était destinée à périr.

Son rèle pour

le maintien

de la discipline

ecclésiastique

et pour

la pureté de

la £bi.

Les nouveaux manichéens.

Leur

condamnation

par le concile

d'Orléans

(loaa).

Charité

de Robert le

Pieux.

Conférence

d'ivois

entre Henri II

et Robert le Pieux (loaS).

paix». Il eut un grand souci de faire écarter de l'épiscopat les candidats indignes. « Lorsqu'un siège l'épiscopal venait à vaquer dans ses Etats, dit Raoul Glaber, il se préoccupait uniquement, pour le choix du nouveau titulaire, du mérite et des vertus, non de la naissance et du rang. Il eut souvent à lutter à ce sujet contrôles grands de son royaume *. » Le maintien de la pureté de la foi n'excitait pas moins son zèle. Vers loig, le duc de Normandie, Richard V, lui révéla l'existence à Orléans d'une secte mystérieuse, qui, admettant la coexistence éternelle d'un principe bon et d'un principe mauvais, méconnaissant l'autorité de l'ancien Testament, niant la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie et la virginité de la Mère de Dieu, semble avoir été un des chaînons qui ont relié le vieux manichéisme à l'hérésie albigeoise *. Le roi Robert convoque à Orléans un concile, y fait comparaître les hérétiques enchaînés, et, après les avoir convaincus de leurs pernicieuses erreurs, en fait condamner treize à la peine du feu. Le pieux roi pensait que tout ce qui attaquait le dogme et la morale catholiques, fondements de l'édifice social, était un attentat contre la société tout entière. Sa sévérité envers ceux qu'il considérait comme les corrupteurs des âmes n'était qu'une forme de sa charité. Celle-ci, nous dit son biographe contemporain, était ardente et tendre. « Il avait une prédilection particulière pour les lépreux. A l'exemple du divin Maître, il les admettait près de sa personne, et quand on lui demandait oii il puisait son courage : « Je me souviens, répondit-il, que moi-même je suis poussière et que je retournerai en poussière. » « Dieu, continue le biographe, récompensa cette vertu héroïque par le don des miracles. Il rendit la santé à des lépreux en faisant sur eux le signe de la croix 3. )) On fait remonter à Robert le Pieux la tradition d'après laquelle les rois de France, à certains jours, touchèrent les malades scrofuleux, en leur disant : « Le roi te touche. Dieu te guérisse. » Malgré l'opposition de certains intérêts politiques, Robert le Pieux et Henri II s'unirent toujours quand il s'agit de promouvoir le bien du peuple et le respect delà religion. En 1028, les deux souverains se réunirent à Ivois, en Lorraine, pour s'entendre sur les moyens

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