I. Wippo, Vita Conradi, P. L., t. GXLlï, col. i
LE PROTECTORAT IMPERIAL
yice de l'Empire... Sous ce prince brutal et tyrannique, l'épiscopat allemand fut réduit absolument sous la dépendance de la couronne, et détourné de sa vocation dans un but politique ou militaire. Il en résulta que le talent fut un titre plus sérieux que la vertu pour arriver à l'éplscopat, et l'empereur fut plus préoccupé d'obtenir pour l'Eglise un lustre extérieur que d'y faire pénétrer cette réforme intérieure que prêchait l'ordre de Cluny L'investiture l'aida à enrichir le fisc, et il donna rarement une charge sans la faire payer. Cette manière de régenter l'Eglise portait en germe l'épouvantable lutte que son fils et son petit-fils eurent ensuite à soutenir contre l'Eglise romaine ^ . »
Aucun sentiment d'hostilité systématique, - — il est peut-être bon de le répéter ici, — n'animait le premier empereur franconien, tandis qu'il asservissait ainsi l'épiscopat. L'idée de briser une haute puissance féodale paraît avoir été son principal motif; son tort fut de subordonner à ce motif, d'ordre purement politique, et d'ailleurs "Nsuffisamment justifié, les intérêts sacrés de la religion, dont, par la déclaration même du jour de son sacre, il s'était proclamé le défenseur. La religion souffrit beaucoup de cet état de choses. Les vieux abus, quelque temps réprimés par les efforts combinés de Benoît VIII et d'Henri II, reprirent une force nouvelle.
L'Allemagne ne fut pas seule à en souffrir. « Une nouvelle apparition des hérétiques manichéens motiva, en io25, la réunion d'un concile à Arras. Au début de l'année 1026, Gerhard, évêque de Cambrai, visitait, selon sa coutume, son second siège d'Arras, lorsqu'il apprit que des hérétiques, venus d'Italie, s'étaient fixés dans le voisinage. Ils rejetaient le baptême et l'Eucharistie, reniaient l'utilité de la pénitence, avaient horreur du mariage, « annulaient » l'Eglise, déclaraient qu'en dehors des apôtres et des martyrs aucun saint n'était digne de vénération, et faisaient dépendre le salut uniquement des bonnes œuvres. L'évêque Gerhard les fît saisir sans délai "^ et comparaître le dimanche suivant devant un concile à Arras. Il vit surtout en eux des pélagiens, parce qu'ils insistaient beaucoup sur les bonnes œuvres, et ils l'étaient en effet jusqu'à un certain point ; mais la véritable base dogmatique de leurs erreurs était ce spiritualisme malsain déjà constaté à Orléans, et qui, pendant
Renaissance
des anciena
abus
en Allemagne.
Nouvelle
apparition d&é
manichéens
en France
(ioa5).
Leurs
doctrines.
I. Hfpklk-Lkclbrcq, t. IV, p. 077, a. P. L., t. GXLII, col. 1270.
Io8 HISTOIRE GÉNÉaA.LB DE l'ÉGLISE
Ils sont des siècles, allait troubler tant de provinces en Occident *. »» Les
condamués , «i i.» - i. ^
par le concile ^ctes Qu concile d Arras exposent comment l evêque Gerhaci ?]«™ réfuta, point par point, les doctrines des hérétiques. Ceux-ci s'avouèrent vaincus, abjurèrent leurs erreurs, firent une profession de foi orthodoxe, et la signèrent de leur propre main en y apposaat
une croix -,
Décadence Les conciles tenus vers la même épo-iue en 1026, I0i7, 102 S
religieuse en r\ - r - a
Orient. ^^ 1029, en Orient témoignent en même temps d3 la triste situitioa
de l Eglise dan$ cette région. Les conciles se plaignent ds l'épouvantable cupidité qui dépouille les églises et rend déserts las moaastères , ils stigmatisent les évêques qui administrent dans leur intirêt personnel les biens ecclésiastiques, et ils menacent d aQd'.hèmj qui^onqua precidralt part à une émeute ou à une révolte 3.
Germes Telîes étaient les plaies de l Oreot et d? lOociddat A défait da
de renaissance • i i- • 1 1 1 r« i-
chrétieoae. • empereur, qui oubliait les maux de 1 Lgùse pour ne songer qu aux intérêts de son pouvoir personnel; à défaut du souverain pontife, qui ne se rendait compte qu'à moitié de la gravité du péril, qui remédierait à de pareilles misères ? La Providence, qui n'abandonne La prospérité jamais l'Eglise, y pourvut Le pontificat de Jean XIX. si triste
.^ n^^ ^^ sous certains aspects, vit naître, à côté de l ordre de Clunv. dont de Gmajr. / ^ -^
l'influence continuait à rayonner dans de nombreux monastères, un ordre nouveau, plus austère encore celui des Camaldules ; du sein d une féodalité tour à tour turbulente ou asservie, surgirent les premiers éléments de la chevalerie; et. dans les églises, trop abandonnées, la musique sacrée, renouvelée par le génie d'un moine bénédictin, Guy d'Arezzo. ranima la piété des foules La fondation L'ordre des Camaldules, qui devait être pour l'Italie ce qu'était C ma'duleé^^ l'ordre de Cluny pour la France, un foyer de régénération religieuse, fut fondé, vers 1024, par saint Romuald La vie du saint patriarche telle que nous l'a racontée son disciple saint Pierre Damien. est particulièrement révélatrice de l'époque agitée où il vécut Né à
1 Hefelb-Leclercq. l. IV, pp. qilo-qii.
0 Vl*.!*si. X.IX, 4a3-46o ; Pfistek, Eludes sur le rèq-ie de R^bct le P(<ax, pp i)5 336
5 M*,.<fSi, MX., 461-478, 49 1
LE I'ftOTEGTOftA.T IMPÉRTAf. IO9
Raveiiiie difis la famille dujale des F^onesti Romuald, jusqu'à 1 âge de vingt aus, laisse flotter sou cœur et sa volonté entre les plus Biographie vives passions de !a jeunesse et les inspirations de la grâce qui ^^^^^^ Romuald J altiient vers une vie de solitude et de prière La part qu'il prend, (f 1027). an moius comme assistant, à un duel terrible, où il voit son propre père tuer son adversaire d'un coup d'épée. éveille en lui un retnord* qui le fait pencher définitivement vers l'appel de la grâce lise relue au Mont-Cassin. oiî il ne tarde pas à prendre 1 habit moQastique Mais d^n^ le monastère même il retrouve l'esprit du monde. Des moines relâchés, pour qui sa conduite et ses maximes sont un continuel reproche, le persécutent, forment même le projet de l'assassiner. Romuald se réfugie aux environs de Venise, auprès d'un saint ermite, nommé Marin, où des compagnons, désireux de partager avec lui sa vie austère, viennent le rejoindre et le choisissent pour leur maître. Il fonde avec eux, dans une solitude des Apennins, appelée GamaldoU, près d'/Vrezzo, une communauté, qui sera le berceau de son ordre. Ses premiers disciples mènent avec lui la vie érémitique, jeûnent au pain et à l'eau, s'abstenant absolument de viande et de vin, la barbe longue, la tête rasée, les pieds nus. vêtus d une robe blanche. La règle bénédictine, surchargée de pratiques plus austères, fait le fond de leurs observances. Plus tard, à côté des ermites camaldules, s'établiront des cénobites, avec une règle mitigée Romuald. après avoir assisté aux premiers développements de son œuvre, quitte ce monde, dans la paix du Seigneur, le 19 juin 1027 Quand en 1072. le pape Alexandre II confirmera la fondation do l'ordre des Camaldules, cet ordre comptera déjà neuf monastères, rangés sous le gouvernement du prieur de Camaldoli. Il aura déjà donné à I Eglise le savant Guy d'Arezzo et le grand réformateur du clergé, saint Pierre Damien *.
La période qui vit naître et se développer l'ordre des Camaldules Origines
vit les premières origines de la chevalerie. Sans doute il est impossible , ^, ^ .
, ^ chevalerie
de fixer à ces débuts une date précise. « La chevalerie, comme l'a dit son savant historien, n a rien, dans ses origines, qui rappelle celles d un ordre religieux. Le grand ordre bénédictin a jailli de lintelligence d un saint Benoît, et le grand ordre franciscain du cœur de saint François Rien de pareil dans la chevalerie. Ce qu'un grand archéo-
1. KéLTDT, Hist. des ordres "el.^ t. V. p a36et». : S. Pierre Di-wrEN. Vita S. Ronaaldi, P. L.. i CX.L[V, col. goS et s. : NUbillos. Annales o'-d. S. Ben , Paris. 1706-1707. t. m, [V . Revae hénédicdne . t. IV, 1887, pp. 356-;JÔ3.
IIO
L'Eglise, ne pouvant
empêcher absolument
la guerre,
entreprend
déchristianiser
le »oIdat.
logue a dit de l'architecture romane est scientifiquement applicable aux commencements de la chevalerie. Elle est née partout à la fois, des mêmes aspirations et des mêmes besoins. Il y eut un moment où les chrétiens de l'Occident sentirent la nécessité d'abriter leur prière sous des églises voûtées eu pierre et qui ne brûlassent plus ; et l'on vit alors, suivant la gracieuse parole de Raoul Glaber, le sol chrétien se couvrir partout delà robe blanche des églises nouvelles. De là, l'architecture romane. Il y eut un autre moment où l'on sentit partout la nécessité de tempérer les ardeurs du sang germain et de donner un idéal à cette fougue mal dépensée. De là la chevalerie ^. »
Quand l'Eglise, après tous les efforts qu'elle venait de faire pour établir la « paix de Dieu », eut acquis la conviction qu'elle ne pouvait empêcher absolument la guerre, elle entreprit de christianiser le soldat, u On a écrit de longs volumes sur ce sujet, dit Léon Gautier, et il semble que peu de mots auraient suffi pour définir nettement la chevalerie et le chevalier : la chevalerie, c'est la forme chrétienne delà condition militaire; le chevalier, c'est le soldat chrétien 2. » Mais comment christianiser le soldat ? L'Eglise y arriva en christianisant un vieux rite qui remontait" aux origines des peuples germains. Tacite raconte que lorsque l'enfant germain était parvenu à l'âge d'homme, on l'amenait au milieu d'une assemblée de guerriers, où le chef de la tribu lui remettait solennellement une framée et un bouclier. « Telle est la robe virile de ces peuples, »> ajoute Tacite 2. Le rite barbare fut le point de départ de tout un cérémonial militaire, chrétien, liturgique, qui comprit la veillée d'armes, la bénédiction de l'épée, celle du chevalier lui-même, et l'engagement, pris par celui-ci, « de ne viser qu'au bien et à l'honneur de la religion* ». Les cérémonies du sacre des rois et des empereurs eurent peut-être aussi une influence sur l'origine de la chevalerie. Si un souverain pouvait se vouer à la défense de l'Eglise, pourquoi pas le simple \assal ? pourquoi pas tout homme d'armes ^ ?
I. Léon GàUTiER, la Chevalerie, un vol. in-4*» Paris, i883, p. 2.
3 Tacite, Germania, Wlï, éd. Lemalre, t. IV, p. 28-29.