L. Gautier, op. cil., p
5. a La chevalerie, dit Léon Gautier, est nettement distincte de la féodalité. La féodalité n'a pas lardé à devenir héréditaire, la chevalerie ne l'a jamais été... La féodalité a cent fois dépouillé l'Eglise, que la chevalerie a défendue cent fois. La féodalité, c'est la force ; la chevalerie, c'est le frein » {Ibid., p. 21 22). C'est donc a tort que Vlontalembert et plusieurs autres historiens ont confondu la chevalerie avec la féodalité.
LE PUOTEGTORAT IMPERIAL
L'institution de la chevalerie n'empêcha point d'ailleurs l'Eglise de poursuivre rélablissement de la paix de Dieu. C'est précisénnent de l'an 1027 que date la Trêve de Dieu proprement* dite, interdisant la guerre pendant certaines périodes soigneusement fixées. « Le concile d'Elue, réuni cette année, confirma les clauses ordinaires sur la protection des clercs, des moines et des femmes, mais il y ajouta la disposition suivante : « Dans tout le comté ou évêché d'Elne, il est interdit à tout habitant d'assaillir son ennemi depuis la neuvième heure du samedi jusqu'à la première heure du lundi », et le concile donna la raison de cette défense : « C'est afm que tout homme puisse rendre ce qu'il doit à Dieu pendant la journée dominicale. » Voilà la Trêve de Dieu en germe, limitée au dimanche. L'idée ne tarda pas à faire son chemin, et la Trêve à s'allonger *. »
En même temps qu'elle protégeait ainsi l'observance des prières dominicales, 1 Eglise donnait à ses ofiices un nouvel éclat par la rénovation du chant sacré. Un disciple de saint Romuald, un moine camaldule, Guy d'Arezzo, fut le promoteur de ce nouveau progrès.
u Au début du xi* siècle, dit tin historien de l'art grégorien, on ne tpouve dans l'Italie tout entière qu'un nom d'artiste à citer, mais ce nom a rempli de son importance les siècles qui ont suivi : Guy d'Arezzo ^. Ce personnage naquit vers l'an 990, très probablement à Arezzo, où on le retrouve dans sa vieillesse. Quelques auteurs l'ont cru d'origine française. 11 paraît probable qu'il doit une partie de sa science à i enseignement musical de l'abbaye parisienne de Saint- Maur-les-Fossés, au temps où y enseignait Odon le Jeune. Un séjour de Guy en Angleterre est aussi vraisemblable. Il revint ensuite en Italie. Abbé des Camaldules d'Avellana, près de Pompose, il est appelé à Arezzo par 1 évêque fhéodule pour y enseigner sa méthode à la 5c/io/a épiscopale, et va offrir au pape Jean XIK un exemplaire de l'antiphonaire grégorien noté sur lignes pour la première fois. On retrouve enfin Guy à Pompose, où il termine sa carrière agitée, le 17 mai io5o.
Origines de la Trêve
de Dieu proprement dite (1027).
Rénovation
de la musique
sacrée.
Guy d'Arezzo (990 ?-io5o).
1. A. LucH\iRE, dans VHist. de France de Lavisse, t. II, 3e partie, p. t36.
2. Depuis quelques aimées, ia vie et les œuvres de ce musicien ont donné lieu à un certain nombre de travaux. Voir Dom Germain Morin. dans la Revue de l'art chrétien de 1888. p. i33 et s., et dans la Revue des quest. hist. du i^r avril 1891, p. 5^7 618. ; Michel Brenet, dans la Tribune de Sain t-Gervais d'zvril 190a, p. 12G: îlenri Stbin, dans le Bull, des anliq. de France de 1900. 3e partie, p. ^87 ; l'abLé Tkrra.sse, dans la Rev. du clergé français du i5 avril 1902, p. 439 ; l'abbé N'acano\RD, dans la Rev. du clergé Jrançais du i5 mai 1902, p. 55o ; Dom \ ivbll et A. G/wsToué, dan» la Tribune de Saint- Gervais de 1910, n. 7 et 8.
« La part de Guy dans la réforme de l'enseignement et de la notation musicale est énorme. Dans son Micrologue, il se fait le propagateur de la méthode d'Odon, la débarrassant le plus possible des considérations philosophiques qui l'encombraient. Le procédé d'adaptation des six notes de l'hexacorde majeur, aux syllabes empruntées à l'hymne Ut qaeant Iaxis, dont Guy préconise et répand l'usage, n'est pas de son invention, bien qu'on lui en fasse souvent honneur. Les deux innovations capitales de Guy sont la fixation de la « portée )) musicale, avec la disposition, sur des lignes convenablement espacées, des signes de notation, puis la suppression absolue de tout ce qui n'était pas diatonique dans les chants d'église. Le réformateur a si bien réussi dans son œuvre ; la notation des sons instables et fluctuants, qu'il avait proscrits, a si bien disparu, après lui, des traités et des livres, qu'un grand nombre de musiciens en sont venus à douter que le chant liturgique ait jamais été réglé par d'autres genres que le diatonisme rigide où Guy l'avait fixé*. »
La rénovatian partielle du clergé par la fondation des Camaldules, Nouvelles le relèvement moral de la féodalité par les débuts de la chevalerie,
, ^}^^l la pacification des campagnes par la Trêve de Dieu, l'édification des de lEglise, ^ • , , .
fidèles par la restauration du chant d'église, étaient des faits providentiels, au moment où l'Eglise allait avoir à subir l'épreuve la plus humiliante peut-être qu'elle ait connue au cours des siècles : le spectacle d'un enfant de douze ans, perdu de mœurs, porté par l'intrigue sur le siège de saint Pierre, et le scandale d'une famille ambitieuse et rapace mettant la main sur le gouvernement de la chrétienté, cherchant à capter à son profit le prestige extérieur ajouté naguère par les pontificats de Sylvestre II et de Benoît Vllï à l'autorité suprême du pontife romain.
Nouvelles Des trois fils de Grégoire de Tusculum, le plus jeune, Théophylacte,
puis le second, Romain, avaient successivement occupé le souverain
ambitions de
la famille d'3 Tusculum.
I. Les ouvrages de Guy d'Arezzo sont : Micrologus de disciplina artis muslcx '^ Hegulœ ryihmicœ ; la lettre au moine Michel De ignolo cantu ; le Tractalns correctorius, qui est peut-être interpolé ; Quomodo de arilhmetica procedit musica ; De modorum formuUs, et enfin une révision du « tonaire » d Odon le Jeune Les œuvres de Guy d'Arezzo ont été réimprimées par Migne, P. L., t. GXLI, col. 3^5 444.
LE PROTECTORAT IMPERIAL
pontKîcat. Restait le premier, qui portait le nom du fameux ancêtre, Albéric. Albcric ne se soucia pas de prendre pour lui le pouvoir, il préféra le partager entre deux de ses fils. L'un d'eux aurait, comme l'avaient déjà eu plusieurs membres de sa famille, le gouvernement temporel sous les titres de sénateur et de consul ; l'autre ceindrait la tiare. Ce dernier, appelé, comme son ancêtre lointain et comme son oncle Benoît VIII, ïhéophylacte, avait douze ans. A cet âge, il avait déjà scandalisé son entourage par la licence de ses mœurs. Mais un enfant corrompu pouvait être un instrument docile entre les mains du comte de Tusculum et de l'empereur allemand, coalisés pour la circonstance. L'or répandu à profusion par les uns, l'intimidation exercée par les autres, eurent raison de toutes les résistances ^ . Théophylacte de Tusculum fut élu pape, à une date incertaine de l'an io33 ^, sous le nom de Bexoît IX. « Horrible début, s'écrie le moine Raoul Glaber, d'un pontificat qui devait finir plus misérablement encore ^ ! » Les conséquences lamentables d'un tel scandale ne tardèrent pas, en effet, à se produire. « Depuis le pontife suprême jusqu'au dernier des portiers, dit le même cbroniqueur, on vit le trafic et le marchandage envahir le clergé à tous ses degrés *... A l'exemple des grands, les petits et ceux des classes moyennes s'abandonnèrent aux plus détestables excès ^. Que faire ? La peste venait du siège de Rome, où l'on venait d'élire, contre tout droit, contre toute règle, un enfant de douze ans, oij l'or et l'argent avaient prévalu sur l'âge et sur la sainteté ^. »
Un tel personnage, élu dans de telles conditions, par de tels moyens, fut-il un pape légitime ? On l'a contesté '^. L'Église, qui a conservé son nom dans ses listes officielles, et qui a déclaré antipapes ceux qui ont voulu plus tard lui contester le pouvoir, a sans doute considéré comme une ratification tacite l'acceptation prolongée de son autorité par le clergé et le peuple de Rome, ses légitimes électeurs, et par l'Eglise chrétienne tout entière. Telle est l'inter-
Benoîk IX (io33-io/i5).
Son élection simoniscue.
Question
delà légititniU
du pape
i3enoît IX.
1. Sur le caractère de cette élection, tous les chroniqueurs contemporains, Raoul Glaber. Boaizo, saint Pierre Damien, l'auteur des Annales ronaines, le pape Victor III, sont d'accord. Voir P. L., l. GXL[[, col. 67Q-C98 , t. G\LV, col. 4a8: t. GXLIX, col. ioo3 ; M. G., SS.. t. V, p. 468 ; t XI, p. 576.
2. Sur la date de l'élection de Benoit IX, voir Jaffé, I. 4 107