R. Glaber, Hist , V, 5 ; P. L , 1. CXLII, col
HISTOIRE GÉNÉRA^LE DE l/ÉGLTSE
Abdication
de
Grégoire M
(io46).
Déposition
de Benoît IX.
(io46).
Le pape
Clément II
io46- io47).
parti de la noblesse disposait du Saint Siège au mépris des règles canoniques, il avait cru faire une bonne œuvre en rachetant à prix d'argent et en rendant au clergé et au peuple de Rome le droit d'élire le pape Les membres du concile lui représentèrent qu'une telle subtilité lui avait été dictée par le serpent, et que ce qui pouvait être acheté ne devait pas être considéré comme saint Grégoire répondit : « Dieu m'est témoin qu'en agissant comme je l'ai fait, je croyais mériter le pardon de mes fautes et la gloire de Dieu ». Les évêques repartirent : « Il aurait mieux valu pour toi être pauvre comme Pierre qu'être riche comme Simon le Magicien. Prononce toi-même ta condamnation. Grégoire prononça alors contre lui-même la sentence suivante : Moi, Grégoire, évêque. serviteur des serviteurs de Dieu, je juge que, m'étant rendu coupable du crime honteux et de l'hérésie de simonie, je dois être déposé de l'épiscopat romain '. »
Après une pareille sentence, Henri II[ dut être satisfait. Ce prétendu défenseur des canons et des mœurs, qui, pendant sept ans avait gardé le silence en présence des scandales de Benoît IX, venait de briser le pouvoir d'un pape animé des intentions les plus pures ; mais il avait fait prévaloir sa volonté dans une cause d'élection pontificale. Dans une assemblée qui se tint à Rome les 20 et 2^^ décembre io46, Benoît IX fut déposé à son tour. Le 24 décembre, Henri désigna au clergé et au peuple de Rome le candidat de son choix, Suidger, évêque de Bamberg. qui fut consacré le lendemain sous le nom de Clément II. Le même jour, le nouveau pape couronna solennellement à Rome l'empereur Henri Ht et l'impératrice Agnès. Le monarque allemand reçut en même temps le titre de patrice romain. Quant à Grégoire VI, il fut conduit en Allemagne avec son chapelain Hildebrand, et traité en prisonnier d'Etat, sous la surveillance de l'archevêque de Cologne.
Le but d'Henri IH était atteint : d s'était substitué aux comtes de Tusculum, et se teucLÎt prêt à jouer le rôle qus cett3 famille avait trop longtemps rempli dans les élections à la papauté. Successivement, on verra quatre papes transalpins imposés i Roms : les évêques
I. Ja.ffé, Monumenta Gregoriana^ p. 626 et s. Une vive controverse s'est élevée entre les historiens pour savoir si Grégoire SI avait été déposé au concile de Sutri, ou s il avait abdiqué. Il semble que le simple récit de Bonizo fournit la solution de la question, Grégoire a abdiqué, comme ont abdiqué, dans le courant des siècles, tant de rois qui ont dû s'incliner devant une insurrection triomphante. C'est pourquoi saint Pierre Damien, qui assistait au concile de Sutri. a pu dire, eu allant au fond des choses, que Grégoire « fut déposé ».
LE PROTECTORAT IMPERIAL
sous
la pression
de l'autorité
impériale.
deBamberg, dcBrixen, de Toul etd'Eichstâdt : Clément H. Damase Les éleciiom
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11, Léon IXet Victor 11. llalons-nous toutefois de le dire : aucun da ces papes ne renouvellera le scandale des papes issus de Tusculum ; tous, au contraire, dans une mesure plus ou moins efTicace. travailleront à la réforme ; mais le principe de la suprématie impériale n'en restera pas moins un danger, que l'esprit perspicace d'un Hildebrand ne perdra pas de vue et dont il cherchera à libérer l'Eglise de Dieu Quand, le 22 avril 1073, Hildebrand sera appelé au souverain pontificat, il voudra s'appeler Grégoire VIT. pour protester contre la radiation de Grégoire VI du catalogué des papes et contre la décision du concile de Sutri ^.
S'il est certain que le nouveau pape. Clément Tï, fut choisi sur la proposition de l'empereur Henri [II, il est prouve du moins que cette élection se fit suivant les règles canoniques. Le consentement du peuple et du clergé fut, dit-on, unanime ; et Suidger. évêque digne et pieux, ne consentit à accepter la tiare, sur les instances du roi, qu'après que le concile de Rome eut manifesté très énergiquement sa volonté.
(( Des le 5 janvier 10^7, Clément II réunit à Rome, en la présence de l'empereur, un grand concile contre divers abus, et en particulier contre la simonie. Quiconque recevra de l'argent pour consacrer une église, ordonner un clerc, conférer un bénéfice, une dignité ecclésiastique, une abbaye, une prévôté, sera frappé d'anathème. Celui qui, sans commettre personnellement de simonie, aura reçu les ordres d'un évêque simoniaque, fera une pénitence de quarante jours, mais il pourra conserver sa charge. Pour mettre un terme aux discussions entre les archevêques de Ra venue et de Milan et le patriarche d'Aqui- Ice, le pape Clément II décida qu'en l'absence de l'empereur, l'évêque de Ravenne prendrait la première place à la droite du pape ^. »
I. Cf. O. Dela.rc, Hildebrand jnsqa à son cardinalat^ ddins le Correspondant de 1874, t. LX.X\Vl, p. 587. Dans le récit que nous venons de faire des événements qui ont précédé et suivi le concile de Sutri, nous nous sommes écarté de la chronologie suivie par un grand nombre d'historiens, pour nous ranger à celle que Mgr Hefele a adoptée et qu'il nous paraît avoir justifiée dans la seconde édition de son Ilist. des concUes, t. IV, pp. 983-990.
3. Hefele-Leclercq, IV, 991. Cf. iVliMsi, XIX. 617 6-^7, supplem., t, I, col. 1275-1378.
Concile de Rorae
Damase II
(io48).
L'ex-
Benoît IX
tente de ressaisir le pouvoir.
Mort de
Damase II
(loaoùt io48).
Situation
critique
de la papauté.
Apparition de deux
puissances nouvelles en Italie.
La maison de Toscane.
Lei Normands.
Clément II mourut le 9 octobre lO^']. Le pontificat de son successeur fut plus court encore. Prié par les Romains de leur désigner un nouveau pape, Henri III leur indiqua Poppo, évêque de Brixen, qui fut élu sous le nom de Damase II. C'était le troisième Allemand qui montait sur le siège de Pierre. Son sacre ne put avoir lieu que six mois après son élection. A peine élu, il se vit obligé de se mettre à la tête d'une armée pour expulser le pape déposé, Théophylacte, l'ex- Benoît IX, qui s'était de nouveau intronisé à Rome. La famille de Tusculum tentait un dernier effort pour ressaisir le pouvoir. Moins d'un mois plus tard, le 10 août io48, Damase H mourait d'une mort mystérieuse. Le parti des Tusculans, Théophylacte lui-même, furent accusés de l'avoir empoisonné. Ce serait là le dernier forfait d-e Benoît IK *.
Les épreuves de l'Eglise n'étaient donc pas finies. Bien plus, on pouvait se demander si elles n'allaient pas devenir plus redoutables que jamais. Le pouvoir impérial, qui venait d'affirmer si audacieusement son prétendu droit d'immixtion dans les élections des papes, venait en même temps d'être porté par Henri HI, nous l'avons dit, à son apogée. A l'heure où le joug d'une telle puissance paraîtrait insupportable, quelle force serait capable de le secouer?
Précisément, à côté de Pierre Damien, qui gouvernait toujours le monastère de Fonte- Avellana, et d'Hildebrand, qui, revenu d'exil, étudiait la règle de Cluny pour en faire la base de ses réformes futures. Dieu faisait grandir, en Italie, deux forces nouvelles ; la maison de Toscane et le peuple normand.
La maison de Toscane avait la prééminence dans l'Italie du Nord. Fondée au siècle précédent par le châtelain de Canossa, Azzo, le généreux protecteur de la reine Adélaïde, enrichie plus tard par la munificence des empereurs de Saxe des territoires de Mantoue, Ferrare, Brescia, Reggio, Modène, et finalement de l'important marquisat de Toscane, elle était représentée alors par un homme d'énergie, le marquis Boniface, qui, dans les récents événements politiques, n'avait pas craint de se prononcer contre l'empereur Henri HL
Les Normands occupaient le sud de la péninsule. « Solides guerriers, âpres au gain, peu scrupuleux », arrivés dans le pays par bandes successives, ils ù'avaient cessé de « travailler, tout en s'em-