‹ Histoire générale de l'Église (volume 2)Chapitre 83 sur 336 · L'Anjou historique, Angers, 1901, t. II, p · texte numérisé non relu

L'Anjou historique, Angers, 1901, t. II, p

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un de ses contemporaiûs ^ le plus clair de soq talent. Le portrait est peut-être forcé. Mais ce que nous connaissons de la vie et des œuvres de l'hérésiarque montre bien que le fond en est vrai. Que fera donc cet ambitieux ? Il essayera de combiner, avec les doctrines courantes que propagent autour de lui les nouveaux manichéens - sur Sa doctrine, le baptême, le mariage et l'Eucharistie, les hardiesses les plus brillantes de Scot Erigène, il tentera découvrir ses imprudentes assertions par des textes tronqués de saint Ambroise, de saint Jérôme et de saint Augustin, et il affectera un air d'indépendance hautaine à l'égard du Saint-Siège, appelant le pape pomp//<?x et pa/pj/^x ^. S'il est vrai, après cela, qu'il ait, comme le raconte Guitmond, évêque d'Aversa, soudoyé et envoyé dans toutes les parties de la France des écoliers pauvres, afin qu'ils lui fissent une popularité, on se rend compte facilement de la promptitude et de la nature de son succès.

Par la bruyante propagande de ses adeptes et par l'audace de ses

affirmations, l'hérésie de Bérenger apparaissait comme un des plus

Il attaque grands périls qui eussent menacé la société chrétienne. Le dogme de

^^a^tranr ^ l'Eucharistie, que visaient les plus violentes attaques de l'hérésiarque,

fubstaniiation n'était pas Seulement, au xi* siècle, le centre de la foi et de la piété

^^A ^„* catholique, il était aussi le centre de toute la vie sociale. C'est en

présence u '

réelle. l'honneur de l'Eucharistie que tant de chefs-d'œuvre de l'architecture s'élevaient, que la musique religieuse se rénovait ; c'est devant l'Eucharistie que les pactes conclus pour la paix des familles et de la société prenaient un caractère sacré ; c'estau jugement de Dieu présent dans l'Eucharistie qu'en appelait, avec une foi qui se mêlait parfois de superstition, l'accusé qui prétendait être victime d'une imputation injuste. Or Bérenger, s'il ne niait pas absolument le dogme eucharistique, attaquait obstinément le dogme de la transsubstantiation, donnait à celui de la présence réelle une interprétation tellement idéaliste qu'elle se traduisait dans l'esprit des simples par une négation . et repoussait avec tant de vigueur la théorie de la manducation « matérielle » du corps du Christ dans la communion, que celle-ci n'apparaissait plus que comme le symbole d'une nourriture toute spirituelle *.

i. GuiTMOifD, évêque d'Aversa, De corporis et sanguinis Christi veritate in Eucharistia, 1. I, P L., t. GXLIX,, coi. i4a8. 3. Voir plus haut, p. 102.

3. P. L-, t. GXLVIII, col. i456 ; t. CXLIX, col, i^aa ; t CL, col. 426, 44a.

4. Telle est l'interprétation qui ressort de l'étude attentive des écrits de l'hérésiar(jue. Voir l'étude très complète de ces écrits, à ce point de vue, dans Vernkt,

L AFFRA?ïCniS?EME?fT DE L EGLISE

lûforme des proportions que prenait la nouvelle doctrine, le pape Léon [\ jugea que la vague condamnation prononcée en 1049 P''^'^ le concile de Reims était insuffisante. Dans un concile tenu à Rome en [o5o, il prononça contre Bérenger une sentence d'excommunication. Toutefois il le cita à comparaître devant un concile qui allait s'ouvrir à Verceil, au mois de septembre de la même année, afin de lui fournir l'occasion de se rétracter publiquement ou d'expliquer son opinion, s'il était possible, dans un sens orthodoxe ^.

Toujours attentif à se concilier l'appui des puissances temporelles, le premier soin de l'hérésiarque fut d'aller trouver le duc de Normandie, Guillaume, le futur conquérant de l'Angleterre, dont il espérait gagner la faveur, il se rendit aussi à Paris, pour y solliciter la bienveillance du roi Henri P"*. Mais celui-ci, soit qu'il se méfiât du novateur, soit qu'il fût inspiré en cela par un simple calcul politique ^. ne le laissa point partir pour Verceil, Il l'emprisonna. Du reste, cet emprisonnement fut de courte durée. Bérenger s'en tira à prix d'or, et alla se réfugier auprès du comte d'Anjou.

Le concile de Verceil, après un mûr examen et une longue discussion, condamna à la fois la doctrine de Bérenger et le livre de Scot dont il se réclamait ^. L'hérésiarque s'emporta contre m la troupe de niais », contre le a concile de vanité » qui l'avait condamné, disait-il, sans l'avoir compris*.

Le mouvement prenait une allure révolutionnaire. Le roi de

Il est

condamné

par un concile

de Rome

<^io5o).

Il cherche

l'appui des princes.

Il est

condamné

par un concile

de Verceil

(septembre

io5o),

au mot Bérenger dans le Dict. de théologie de VA.CA.!fT. t« II. col. 738-736. Voir aussi la savante étude de Dom Renaudin. VHérésie anti-eucharistique de Bé''enger, dans rUniversilé catholique, 1902, t. XL, p. 4i5-447, et l'étude de R, Helrtevbnt, Durand de Troam et les origines de l'hérésie bérengarienne^ un vol. in 8", Paris,

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