J. Bousquet, op. cit., p
a. P. L., t. CXLUl, col. 764.
L AFFRANCHISSEMENT DE L EGLISE
nissant en synode à Constantinople un certain nombre d'évêques, prononça à son tour l'anathème contre le pape. Le schisme était consommé.
Jusqu'à sa mort, qui survint en 1069, l'existence de Michel Gérulaire fut très agitée. Mais il avait constitué pour des siècles l'Eglise « orthodoxe ». « Moins savant, mais plus pratique que Photius, il laissa au second plan les querelles théologiques, qui touchaient peu la masse des fidèles ; mais il donna un relief beaucoup plus grand à toutes les divergences extérieures, disciplinaires et rituelles, celles qui frappent le peuple. Il sut exciter l'imagination de la foule en interprétant dans le sens le plus abominable les usages occidentaux. En second lieu, il capta une force qui, jusque-là, avait été de préférence au service de l'Eglise catholique et de la papauté : celle des moines, si nombreux à Constantinople et dans tout l'Orient. Au cours du X* siècle, quelques manœuvres regrettables des représentants de Rome avaient pu les scandaliser ; Michel acheva de les gagner et de les tourner contre Rome. Les moines seront désormais les partisans les plus fanatiques de l'autonomie byzantine et les ennemis les plus furieux de tout ce qui est romain... C'est pour ces diverses raisons que l'œuvre de Michel Gérulaire dure encore ^ . »
Consommation du schisme.
Les forces
du schisme
orientai.
Les dernières années du pontificat de saint Léon IX furent occupées par diverses questions de politique extérieure.
On vit tour à tour la république de Pise, le roi d'Angleterre, le roi d'Ecosse, le roi de Hongrie, la duchesse de Toscane, le roi de France et l'empereur d'Allemagne recourir à Léon IX pour lui demander conseil, arbitrage ou appui.
En io5o, un redoutable corsaire sarrasin, Muset, venait de prendre la Sardaigne à la république de Pise, et menaçait toutes les cités maritimes. LesPisans, alors en lutte avec lesLucquois, ne pouvaient songer à faire face à deux ennemis à la fois. Ils firent connaître leur détresse au pape, qui ménagea une trêve entre les deux Etats de la péninsule et permit à Pise, non seulement de reprendre la Sardaigne,
Relations
de
saint Léon IX
avec les divers Etats.
Il négocie
une trêve
entre Pise et
Lucques
(io5o).
I. J. Bousquet, l'Unité de l'Eglise et le schisme grec, pp. 187-188.
Wa.
Saint Edouard m,
roi d'Angleterre (io4a-io66).
Ses relations
avec saint Léon IX.
mais encore de battre le terrible Sarrasia, de le faire prisonnier et de délivrer l'Europe d'un pressant danger.
L'année suivante, au mois d'avril io5i, Léon IX reçut une ambassade solennelle envoyée par le roi d'Angleterre Edouard le Confesseur. Ce prince, que l'Eglise vénère comme un saint, s'il n'a pas obtenu devant l'histoire le nom de grand roi ^ a mérité au moins celui de monarque juste et bon. « Les Anglais, dit David Hume, aimaient en lui son humanité, sa justice, sa piété, et le sang de leurs anciens souverains dont il descendait ^. » Banni de son pavs durant les règnes de Canut le Grand et de Canut II, les conquérants danois, il avait fait le vœu, pour obtenir la restitution du royaume de ses pères, de garder la continence parfaite, et, une fois rétabli da^ns ses Etats, de faire en reconnaissance un pèlerinage au tombeau des saints Apôtres. Dieu écouta sa prière. A la mort du roi Hardicanute, en io4i, les Anglais, secouant le joug du Danemark, appelèrent au trône le descendant delà vieille race royale saxonne. Le nouveau roi se montra digne de cette confiance, a Le cœur bienveillant d'Edouard sut compatir aux misères de son peuple'; il saisissait avidement tous les moyens qui s'offraient pour détruire ou adoucir ses souffrances ^, » et le recueil de lois qu'il publia sert encore de base à la constitution du peuple britannique ; mais lorsque le souverain parla de faire, en exécution de son vœu, un pèlerinage à Rome, ses conseillers, craignant les désordres que pourrait provoquer son absence, le supplièrent d'obtenir du pape une dispense de son engagement. L'ambassade qui se présentait en son nom aux pieds du souverain pontife accomplissait cette mission. Léon IX. lui remit, pour être transmise au roi, une lettre pleine de paternelle bonté. « Comme il est constant, disait-il, que votre présence est nécessaire au milieu de la nation anglaise, nous vous délions du vœu fait par vous et de l'obligation de l'accomplir. Mais en échange nous vous ordonnons, au nom de la sainte obéissance, de distribuer aux pauvres les sommes d'argent que vous aviez mises en réserve pour votre voyage à Rome, et de construire et doter, en l'honneur du Prince des apôtres, dans votre ville capitale, un monastère, pour la gloire de
i . Eral Eduardus mitis ùigenii mlnimeque sagacis, et apprime bellorum ac cadu aUiorrens (Acta sanctorum, jan., t. I, p 291.) a. David Hume, Hisl. d Angleterre, année io4i. 3. LiNG\RD, Hisl. d'' Angleterre, trad. de Roujoui, t. I, p. 466.
l'affraihchissement de l'église
Dieu, l'instruction et l'édification de vos peuples^. » En exécution de cet ordre, le roi Edouard entreprit de rétablir l'ancien monastère de Saint-Pierre, fondé près de Londres dès les commencements du christianisme en Angleterre. On le nomma Westminster, ou monastère de l'Ouest, à cause de sa situation 2. Telle fut l'origine de la célèbre abbaye de Westminster, qui successivement agrandie et embellie par les successeurs du roi Edouard, et réservée à la sépulture des souverains et des grands hommes, est devenue comme le Saint-Denis et le Panthéon de la Grande-Bretagne.
Un autre souverain fit en personne, vers la même époque, le pèlerinage de Rome. C'était Macbeth, roi d'Ecosse. Le roi dont les tragiques aventures devaient fournir au plus grand des poètes anglais le sujet de son plus pathétique chef-d'œuvre, vint, bourrelé de remords, expier ses forfaits sur le tombeau des Apôtres, et, à cette occasion, répandit d'immenses aumônes dans la ville ^.
En io52, ce fut le roi de Hongrie qui, assiégé dans Presbourg par l'empereur d'Allemagne, se tourna à son tour vers Léon IX, le priant de servir de médiateur entre lui et son terrible adversaire. Depuis la mort du saint roi Etienne, en io38, le royaume de Hongrie avait subi de pénibles secousses. Le roi Pierre n'avait pu se maintenir sur le trône qu'en faisant un serment de vassalité à l'Empire allemand. Démarche imprudente, car, depuis ce temps, les empereurs n'aspirèrent qu'à faire de la terre des Magyars un fief du Saint-Empire. Le roi André, que le parti national hongrois porta au pouvoir en lo/ii, ne put s'y maintenir à son tour qu'en souscrivant à des conditions humiliantes pour sa patrie. En io5o, une incursion soudaine et brutale des Allemands en Hongrie déchaîna une guerre ouverte. Assailli dans Presbourg par une armée que commandait Henri HI en personne, André se souvint que le roi saint Etienne avait placé son royaume sous la suzeraineté du Saint-Siège; il écrivit à Léon IX pour mettre sous la sauvegarde de la papauté son royaume en péril. Nous savons que le pape répondit à cet appel en se rendant aussitôt en Hongrie, et qu'il alla trouver Henri HI dans le camp impérial. Nous sommes moins exactement renseignés
Il bâtit
le monastère
de Westminster.
Pèlerinage
à Rome
de Macbeth,
roi d'Ecosse
(io5o).
Le roi André
de Hongrie
sollicite
l'iaterveatioa du pape (io5a).