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2. « Le rôle que ce pape a joué dans la querelle des investitures paraît avoir échappé à tous ceux qui, dans ces derniers temps, ont eu à traiter cette question... Grégoire VIT a tellement attiré sur lui l'attention de son époque, que, dans cette lutte, le rôle des autres papes, à l'exception de Galixte H, est tout à fait effacé. » (Ulysse Robert, lé Pape Etienne X (IX), dans la Rev. des quesl. hist., 1876, t. XX P-^9)

3. L'évéque d'Ostie était déjà, à cette époque, le preçnîer des cardinaux évôquei de l'Eglise romaine.

4. S. Pierre DAMiEtf, Epist., II, 8, P. L., t. CXLIV, col. 278.

Lettre de saint Pierre

Damien aux cardinaux-

évéques.

L'Advenus

simoniacos

du cardinal

Humbert.

Cet éeril

dénonce,

comme

la source des

principaux

abus,

Tinvestiture

laïque.

Audacieux

projet

d'Etienne IX.

A peine revêtu de sa haute dignité, le cardinal Pierre Damien écrivit à ses collègues du Latran la lettre suivante, tout aussi rude que celles qu'il envoyait naguère de son désert * : « Excusez mon audace, mes frères ; mais puisque cette église du Latran est considérée comme l'Église des églises, que notre vie soit un rayonnement. Annonçons aux peuples des paroles de vie, non pas seulement de bouche, mais par l'austérité de nos mœurs. . Ce ne sont pas les bonnets en forme de tours et composés de fourrures de zibelines ou d'animaux d'outre-mer qui font l'évêque, pas plus qu'une nombreuse escorte de soldats maîtrisant avec peine des chevaux blancs d'écume. Non, ce qui fait l'évêque, c'est la sainteté de sa conduite, ce sont les efforts incessants pour acquérir les vertus de son état. »

Dans le Sacré Collège même, la voix de Pierre Damien trouva des échos. Un des événements les plus importants du pontificat d'Etienne IK fut l'apparition d'un écrit composé contre la simonie par le savant cardinal Humbert, évêque de Silva-Candida ^. Allant plus au fond de la question qu'on ne l'avait fait jusqu'ici, Humbert, après avoir décrit les ravages de la simonie, et lui avoir opposé les considérations théologiques les plus solides, les textes scripturaires les plus formels, montrait la source de ce mal dans la part concédée aux laïques dans les élections des clercs, dans la coutume prise par les seigneurs et les rois d'investir les évêques et les abbés de leur choix par la crosse et l'anneau ^, C'était montrer le remède du mal dans la lutte contre les investitures laïques.

Etienne l\ avait-il inspiré cet écrit ? On ne sait. Lui-même était si convaincu du mal produit par l'immixtion des empereurs d'Allemagne dans les affaires de l'Eglise, qu'il fut sur le point de s'engager dans la plus audacieuse des tentatives. Etienne IX, même après son élévation au souverain pontificat, avait voulu conserver le titre d'abbé du Mont-Cassin. Au mois de mars io58, il manda à Jean, prévôt du monastère, de lui porter en secret et sans aucun retard tout ce que le trésor de l'abbaye renfermait d'or et d'argent. Selon la Chronique du Mont-Cassin, dont le témoignage pour tout ce qui regarde Etienne IK est digne de foi, le pape se proposait d'aller rejoindre en Toscane son frère Gottfried, de lui donner la couronne

I. S. Pierre Damien, opusc. XVIII, P. L., t. CXLV, col. Aog. Les »epl cardinaux de l'Eglise romaine se rattachaient à la basilique du Latran. 2 Humbert, Adversus simoniacos^ P. L., t. GXLIII, col. 1007 et s. 3. Ibid., col. II 48 et s.

l'affranchissement de l'église

impériale, puis, de concert avec lui, de faire régner Tordre en Italie ^ Les religieux du Mont-Cassin furent contristés de la demande du pape, mais force leur était d'obéir. Ils prirent donc le chemin de Rome avec leur trésor. En le recevant, Etienne, d'après la Chronique, se mit à trembler, et, apprenant que les religieux du Mont-Cassin ne lui obéissaient qu'avec douleur, il se repentit de leur avoir fait une pareille demande 2. Ce qui faisait trembler le pape, c'étaient peut-être aussi les chances de l'entreprise, et la responsabilité d'un si formidable projet. Il est possible, comme Ta conjecturé le savant historien d'Etienne IX, que « le succès de Gottfried eût changé la face des choses ; que, par reconnaissance pour Rome, qui lui eût donné la couronne impériale, il fût devenu le défenseur de l'Eglise, et qu'ainsi la querelle des investitures eût été, sinon pour toujours étouffée dans son germe, du moins ajournée pour longtemps ^. » La piété sincère de la duchesse Béatrice et de sa fille Mathilde étaient des garanties sérieuses de l'heureuse issue d'une pareille transformation politique ; la faiblesse du gouvernement impérial, sous la régence de l'impératrice A.gnès, offrait des chances de réussite ; mais le pape jugea définitivement plus sage de ne pas engager l'autorité du Saint-Siège dans une semblable aventure, et de se borner à lutter pour la réforme de l'Église sur le terrain que les circonstances actuelles lui offraient.

A coup sûr, le peuple était pour lui. Partout où un orateur paraissait, prêchant contre les abus qui souillaient le sanctuaire, il soulevait les foules. A Milan, un jeune prêtre, Anselme de Baggio, en prêchant en plein air contre les clercs prévaricateurs, au nom des règles de Cluny, au nom de son maître Hildebrand, réunissait autour de lui des multitudes *. Dans cette même ville de Milan, sous la direction de deux clercs, Ariald et Landulf, une ligue se forma en vue de chasser de leurs postes, soit sous la pression de l'indignation populaire, soit même par la force, tous les clercs scandaleux. Gomme les ligueurs étaient, pour la plupart, des gens du peuple, les clercs compromis et les seigneurs qui les protégeaient les appelèrent dédaigneusement les patareSy c'est-à-dire les manants, les

ï . Chronicon Monlis Cassiniy dans Muratori, Scriplores Rerum italicarani, t. IV, p. 4ii.

a. Ibid.

3. Ulysse Robert, Etienne IX, dans la Revue des qaest. hist., 1876, \. XX, p. 76.

4. Sur les prédications de Baggio, voir Lamoulfe, Hist. medioL, M. G., SS., l. VII, p. 76.

Il y renonce,

après mûre

réflexion.

Mouvement

populaire contre

les prêtres scandaleux et simoniaqucs.

Prédications d'Anselme de Baggio.

Fondation de la Palaria,

Etienne IX

se montre

favorable

à la ligue.

Missions

d'Hildebrand

en Allemagne

et en France.

Mort

d'Etienne IX

(29 mars

io58).

loqueteux *. Mais ceux-ci leur causaieat de terribles paniques. Ils pénétraient dans les maisons des clercs pour en expulser à coups de bâton les personnes suspectes ; ils les poursuivaient même dans leurs églises, qu'ils saccageaient. A Capoue, les bourgeois de la ville enlevèrent aux moines l'église de Saint- Vincent, qu'ils possédaient, et la donnèrent à un prêtre qu'ils jugèrent plus digne. Un concile de Rome prononça l'interdit contre les bourgeois de Capoue * ; et un concile de Fontanetto, dans la province de Novare, excommunia Ariald et Landulf, chefs des patares. Le pape Etienne IX fit faire une enquête, blâma les excès commis par les disciples d' Ariald et de Landulf, réprimanda ceux-ci, mais il cassa la décision du concile de Fontanetto, et permit à la ligue de poursuivre la lutte pour la réforme des mœurs, à la condition d'éviter les excitations violentes et les voies de fait ^.

Pendant qu'Etienne IX travaillait ainsi à calmer les conflits en Italie, tout en y propageant la réforme, son légat Hildebrand parcourait l'Europe, y accomplissant une pareille mission. Aux fêtes de Noël de 1067, dans une entrevue à Goslar, en Saxe, avec l'impératrice Agnès et le roi Henri IV, il obtenait enfin des souverains allemands la reconnaissance officielle de l'élection d'Etienne IX *. Une lettre du pape fait supposer qu'il eut à remplir ensuite une seconde mission en France ^. En rentrant en Italie, il trouva Rome veuve de son pontife. Etienne IX était mort à Florence le 29 mars précédent. Prévoyant qu'une réaction violente des mauvais clercs et de leurs puissants protecteurs se produirait après son décès, il avait prescrit aux Romains d'attendre le retour d'Hildebrand pour élire un autre pape. « Je sais, dit-il, qu'après ma mort il s'élèvera, parmi vous, des hommes pleins d'eux-mêmes, qui chercheront à s'emparer de ce Siège avec l'aide des laïques et en contradiction avec les décrets des anciens ^. »

1. A moins que ce nom ne leur soit venu du quartier oh ils se réunissaient. Il ne faut pas confondre les patares du xi* siècle avec le» patarins du xii^.

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