‹ Histoire générale de l'Église (volume 2)Chapitre 94 sur 336 · GiESBBRECHT, KaiserzeU, t. III, p. io · texte numérisé non relu

GiESBBRECHT, KaiserzeU, t. III, p. io

l'affranchissement de l église

La crainte suprême du pontife ne tarda pas à se réaliser. Dans la nuit du 4 au 5 avril io58^ le comte Grégoire deXusculum s'introduisit, avec une bande d'hommes armés, dans la ville, puis, le lendemain, après d'amples distributions faites dans les auberges^, fit proclamer pape un membre de sa propre famille, Jean Mincius, évêquede Velletri, sous le nom de Benoît X. Le parti de Tusculum et celui des Grescentius s'étaient, cette fois-ci, coalisés, entraînant après eux toute la noblesse. Gorapter sur l'empire pour réprimer le scandale était inutile : l'impératrice régente, débordée par les factions qui s'agitaient autour d'un roi de six ans, ne pouvait offrir aucun secours ; une agitation de la Pataria eût été, pour le moment, trop compromettante. Mais la révolution triomphante trouva en face d'elle deux hommes qui n'avaient pas l'habitude de fuir devant un devoir à remplir, si redoutable qu'il leur parût : Pierre Damien et Hildebrand. Pierre Damien, à qui sa situation de cardinal-évêque d'Ostie donnait une influence prépondérante sur le clergé et sur le peuple 2, resta dans la ville, s'y fit le chef d'un parti d'opposition, qui comprit les meilleurs membres du clergé, la masse du peuple et quelques membres de la noblesse ^. Avec sa verve intarissable, il éclairait les uns, encourageait les autres, démasquait les manœuvres des factieux, « ces satellites de Satan, disait-il, qui ont foix:^é un prêtre d'Ostie d'élever au sommet de l'apostolat un homme si nul, si peu intelligent, qu'il n'a padû se rendre compte de ce qui se passait autour de lui ». u Pour qui connaît les canons de l'Eglise, ajoutaitil, une telle ordination est frappée de nullité radicale *. » Pendant que Pierre Damien déconsidérait ainsi le pape intrus, Hildebrand se hâtait de préparer l'élection canonique d'un pape digne du souverain pontificat, ca|)able de continuer l'œuvre réformatrice entreprise pa** les trois pontifes précédents. Il jeta les yeux sur l'éveque de Florence,

Election

de l'antipape

Benoît X.

Pierre Damien

et Hildebrand

combattent

cou-

rageusement l'antipape.

1. Sur cette date, voir Neuhrch, Dos Lehtn des Petras DamianU in-8o, Gôttingen, 1875, p. 64-

2. Par son titre, il avait le privilège de consacrer I« nouveau pape. Il refusa de donner la consécration au prétendu Benoît iu.

3. Entre autres les Pierleonî, qu*on renconirera dans î'bîstoîre du siècle suivant.

4. P. L., t. CXLIV, col. agi. Ce passage ne s'applique pas à Téleclion de Cadaloùs, comme l'indique le texte de Migne, mais à celle de Mincius. Cf. P. L., t. CXLIV, col. io4.

Election

du pape

Nicolas II

(décembre

io58).

Nicolas II

conclut

une alliance

avec les Normands.

Gérard, que l'intégrité de sa vie et l'étendue de sa science rendaient respectable à tous. Il s'assura, par une ambassade, expédiée sans retard à la cour de Germanie, que l'impératrice régente ne lui ferait pas d'opposition ^ obtint de Gotttried, duc de Lorraine et de Toscane, que ses troupes l'appuieraient au besoin, rallia les cardinaux qui, dans le premier moment d'affolement, s'étaient enfuis de Rome, puis réunit à Sutri les représentants du clergé et du peuple romains, qui élurent solennellement l'évêque Gérard comme pape sous le nom de Nicolas II ^. Les partisans de l'antipape résistèrent quelque temps, retranchés dans un quartier de Rome, espérant lui faire remplir le rôle jadis joué par Benoît IK, harceler le nouveau pape, lui disputer la fidélité du peuple romain ; mais ils comptaient sans l'énergie d'Hildebrand.

Celui-ci avait un plan très net : grouper autour de la papauté, à défaut de l'Allemagne et au besoin contre elle, les deux jeunes forces qui venaient de se former en Italie : les Toscans et les Normands ; en même temps, arrêter définitivement les règles de l'élection pontificale, de manière à en assurer Tindépendance à l'avenir. L'alliance de la Toscane était acquise ; les deux principaux actes du pontificat de Nicolas II furent l'alliance avec les Normands en 1069, et, au cours de la même année, le célèbre décret du concile de Latran sur l'élection des papes.

Les tribus normandes établies dans le sud de l'Italie y avaient trop souvent apporté le trouble ; Etienne IX avait même songé à reprendre la lutte contre elles. Mais briser leur puissance, au point où elle était parvenue, paraissait désormais impossible. Les Normands, reconnus maîtres du pays par la papauté, n'auraient-ils pas intérêt à favoriser l'action de l'Eglise romaine? Ils étaient turbulents, mais catholiques sincères, et, de plus, « trop avisés pour ne pas voir que les réformateurs romains, emportés dans une lutte sans merci contre l'aristocratie indigène et le clergé simoniaque, ne se soucieraient plus de rendre l'Italie aux Byzantins ^. » L'intermédiaire entre le pape et les Normands fut Didier, abbé du Mont-Cassin. Dans un synode tenu à Melfi, en juillet 1069, Robert Guiscard, chef des Normands, reçut du pape le titre de duc et la reconnaissance de sa souveraineté sur la Calabre, TApulie et quelques domaines du Latium. Puis il prêta le

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