L'ih. / o/ttif., I, p '^li-j
30 HISTOlilK Gl':>É]!ALB ))E l.'i.'iLlSK
aumônes recueillies par ses soins '. De lui est cette maxime
où l'on peut voir le principe de toute l'action sociale de l'Eglise :
« Rien ne convient mieux à la fonction sacerdotale que la
protection des pauvres et des faiijles » *.
Epino(!e d« la Un des faits saillants de son pontificat est le coup qu'il
d*"lu^M"'deB porta au vieux paganisme romain par l'abolition de la fête de»
Lupercaiti. Lupercalcs.
La famine dont nous venons de parler avait été l'occasion,
pour un certain nombre de chrétiens, d'invoquer, par un resie
de superstition païenne, Castor et Pollux.Cet attachement aux
Attachement vieux rites du paganisme paraît avoir été le tait de plusieurs
P-ry>istaot de» membres de la noblesse romaine. Par patriotisme, par iidélilé Tienx romains ^ ' J^
aux Biipersti- à de vieilles traditions, ils continuaient à pratiquer des rites
païauuea, que leur conscience de chrétien aurait dû leur faire réprouver.
Gélase eut besoin de toute son énergie pour combattre ce
grave danger, qui n'aurait abouti à rien moins qu'à altérer la
pureté de la doctrine et de la morale chrétiennes.
Cette étrange aberration du patriotisme et de l'esprit traditionnel se manifesta particulièrement à l'occasion des Lupercales.
Oriaine des D'après une ancienne coutume, établie en l'honneur du dieu Lu|>«icaie«. p^n, destructeur des loups, ou peut-être en mémoire de la louve légendaire qui aurait allaité Romulus, le 13 des calendes de mars (15 février), des bandes de jeunes gens à moitié nus, à la façon antique, parcouraient la ville pour en chasser le mal, comme on chasse les loups. Ces luperci, comme on les appelait, frappaient les femmes avec des lanières sanctifiées, au milieu de toutes sortes de licences •. Une ordonnance pontificale avait prescrit la suppression de ces fêtes. Or, sous le pontificat de Gélase, xme épidémie, qui fondit siu- la ville, fut attribuée à la suppression des Lupercales. Un groupe de chrétiens, ayant à sa tête le sénateur Andromaque, voulut rétablir
1 C'est ce que semble iodiquer uae lettre de Gélase & l'évoque de Lyon Ivusticus. Jaffé, I, n» 634.
t. Jkrri, lîegesta, n" 629, d'après une lettre découverte réccmmeDt «a Muât'e britannique.
3. MoMMâKi et Marqdarot, Mayiuel des vistitutions romaines, tome XIII« p. 173 183. Dàbbmbbhc ot Svcuo. Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, au mot Lup,;rta es. Le» lanières purilicatricea s'appelaient des /«bruœ. De là le mot f'-h'tmre pour dire puriiier. Le mois de lévrier, Febtriiis, était le mois de la puri£icalioa.
L'EGI.ISlî DA.-^S BUK CENTHE 31
l'antique et licencieuse cérémonie. Le mémoire de ceschrdtiens avait dû être hautain jusqu'à l'insolence, si nous en jugeons par la vive réponse de Gélase. Ces partisans du paganisme et de la tradition allaient jusqu'à formuler contre le Pape des accusations de faiblesse, de lâcheté et même d'hérésie. Une longue lettre de Gélase au sénateur Andromaque et à ses partisans nous révèle la profondeur du mal, en même temps qu'il nous renseigne sur les difficultés que rencontrait l'action de l'Eglise dans les classes sujiérieures de la société à cette époque.
Le Souverain Pontife commence par s'élever avec énergie
, . ^ . j . Leur »up)>r«e-
contre cette classe de gens « qui accusent avant de savoir », gion par Siuai
qui M veulent enseigner ce qu'ils n'ont pas appris », qui, « sans '*!«*••
aucune eiicjuête sur les causes et les raisons d'une manière
d'agir, s'empressent de la criticjuer, ne cherchant qu'à dire des
injures à propos de choses qu'ils ignorent '». «Eh quoi, s'écrie
le Pape, c'est vous qui nous accusez d'être mous et lâches dans
la censure des vices de l'Eglise ' ! Mais vous, qu'êtes-vous
donc? En réalité vous n'êtes ni chrétiens, ni païens, mais
plutôt des gens sans foi et sans mœurs ', »
L'écrit se termine par une défense absolue et très énergique faite à tout chrétien de participer aux Lupercales.
La dernière page du document est du plus grand intérêt
historique, en ce qu'elle nous révèle que cette interdiction
d'une fête païenne ne lut qu'un épisode d'une lutte sans trêve,
que les Souverains Pontifes durent soutenir pour purifier peu . . ^ ^ . . . . ^ Attitude gé«é-
à peu les mœurs chrétiennes des superstitions antiques. « Vous raie de» Pajieé
me dites, s'écrie Gélase, que cela s'est toujours fait depuis des tferuim restai
siècles et que dans ces conditions on ne peut le supprimer *. — *^*' ■np«"^-
Ilélas ! répond-il en substance, je ne le sais que trop. On a paleaaes.
soulfert bien autre chose parmi les chrétiens ! on y a souffert
même des sacrilices î Chacun de mes prédécesseurs, peu à peu,
suivant sa sagesse ou suivant son courage, a éliminé les maux
i. Qui, studio eacologiœ, quas nesciunt arguentes. P. Z., t> Lia, col. 111.
2. Qui nos arguunt segnes esse c.nsores in viliis ncoUsice coercendis (col. III).
3. Dieiie nnbit nec christiani, nec pagnnt, ubique perfidi, nusquam fidèles, uhiqni^ corrupli, iiosrpiam integii col. 110,.
i. ^ed dicilis lot tœcnlis rein g'stam non oportere seoludi, P. L., t. LîX. col. 116.
32 HISTOIRE GÉNÉRALE DR l'ÉGLISE
les plus dangereux. Ont-ils bien fait? ont-ils mal fait? Die
est leur juge. Moi, qui ne suis responsable que de ma propre
conduite, je réprouve et condamne vos Lujicrcales païennes •. »
Une ancienne tradition attribue au Pape Gi'lase la fondation de
la fête de la Purification de Marie, laquelle, avec sa procession
de cierges, aurait été instituée pour abolir plus efficacement la
Origine de !n procession des Lupercales. Mais la fêle de la Purification exis-
léle de 1(1 .
PuriBcation tait déjà en Orient à la fin du iv® siècle, puisque la pèlerme
*^' Vierge."^' Oelheria (Silvia) en fut témoin à Jérusalem en 38o-386 * et elle
y était célébrée le 15 février. On n'en trouve pas, il est vrai, la
mention à Rome avant le vu* siècle. Peut-être son introduction
en Occident remonte-t-elle à saint Gélase. En tout cas, l'identité
de date entre la fête de la purification païenne et la fête de la
Purification chrétienne est frappante et peut laisser supposer
un lien entre les deux '.
Si le pape Gélase n'institua pas la fête de la Purification, il
s'occupa du moins, très activement, de préciser les règles de la
liturgie, et d'enrichir le formulaire de la messe de nouvelles
oraisons et de nouvelles préfaces.
C'était un moyen indirect, mais très efTicace, de combattre
les derniers restes des superstitions païennes. C'était aussi
un moyen de sauvegarder la pureté du dogme, la loi de la
l. P. L..t. LIX, col. 116.
iî. Dom CABunt. l'fiule Piir la Per^grina' to Silviœ '1805).
3. Ce fui. d'ailleurs un procôdé g'^néralement adoplé par l'Eglise, de détiiciier les chiélicns des focs païennes en remplaçant cellt-s ci par des solennili^s qtii avaient queli]i»e lien d analogie avec elles. <;'cst ainsi que la procession, «lite de Saint Marc, qu'on fit le 25 avril dans la campagne romaine reiitplnç.H i'nsa^e païen des rnb>i,aUa. La fAte d.e la chaire de Saint- Picirc, pferc do la famille chrétienne, fut instituée et fixée an 22 janvier, pnrce que ce jour ïh les païens célébraient la fêle de cara coçnntio, ou fôte de la famille, laquelle était l'occasion de banquets dont il imporlait d'éloigner les clinHieiis. La l'èlo do Noël elle même. Natale, paraît avoir été fixée au 25 tiécemlire parce que c'éMiil la date dune fcto profane, 7\aialis imic'i, la léte de 1 invincible dieu du Soleil. Dans le culte milliriaqu'', d ailleurs culte Bi répandu aux ni" et >v« siîicles. le 2h décembre était le cnmmenTement du sali'l apporté par .Mithra. dicn du Soleil Les Quatre Temps, qui ne 8e célébraient d abord que trois fois par an, en juin, septembre et décembre, et dont les textes liturgiques se rapportent si expressément aux div.TSP" pério.les de la culture, n mjjlacèrent vruisemblalderaent, selon les conjecture» do Dom Germain .Morin. les trois ferùp païennes, les feriœ mestis. les fcrict tiiiidcrniales et les fe>iœ sementiuie. Revue briudictiiif, 1K97. p 340 R P. Ghisar, Hùt des Paxies, II, p. 330 et suiv. Cf. Dom Cabuo . Le^ origines liti'rtfioni-s, Paris 19ort, et Hevue pratique d'apologétique, novembre 1W6, Le pnga)i''Tne dans la liturgie, par dom Cabuol ; octobre lVU7, L'idoldtri* dam l'F<}t'.^i-, n-ir .iom Iashoi.
'église dans son centre
prière devenant naturellement la loi de la croyance, lexorandi, Œuvre litorlex credendi. Le Sacramentaire qui porte le nom de Gélase ^"^ célaw. n'est certainement pas de lui ' ; lAais nous savons qu'il composa un sa ramentaire, ainsi que plusieurs hymnes et plusieurs homélies sur des sujets liturgiques, lesquels ne sont point parvenus jusqu'à nous *.
La mémoire de saint Gélase a toujours été très honorée dans l'Eglise. « Nul, dit Bossuet, n'a parlé plus magnifiquement de la grandeur du Siège sur lequel les Papes sont assis ». Le concile du Vatican lui a emprunté plusieurs de ses for- Doctrina d« mules dans sa constitution De Ecclesiâ, pour ce qui concerne Bur'"r autorité la primauté du siè":e de Rome. ^^ S'èg*
Une des plus remarquables paroles de saint Gélase est celle-ci : « La confession de foi du Siège apostolique, écrivaitil à l'empereur Anastase, est inébranlable : elle ne saurait subir la souillure d'aucune doctrine fausse, le contact d'aucune erreur » V « Sachez, écrivait-il au même empereur, que le monde est régi par deux grandes puissances : celle des Pontifes et celle des Rois, mais l'autorité des Pontifes est d'autant plus grande qu'ils doi^'^ent rendre compte à Dieu, au jour du jugement, de l'âme aes Rois *. » 11 disait aussi : « Quand le Siège du bienheureux Pierre s'est prononcé, il n'est permis à personne de juger son jugement : on peut en appeler à lui de toutes les parties du inonde, mais de sa sentence, personne ne peut faire appel *. »
Cette doctrine de saint Gélase, deux de ses successeurs, saint Symmaque et saint Ilormisdas, allaient bientôt la faire acclamer par l'Eglise catholique tout entière,
1. DocHfS5ï, Le* Origines du culte chrétien, 2« édition, p. 119 et sniv.
2. Le cfilèbre Décret De libris recipiendis, attribué de très vieiiJc date an pape Gélase, est aujoiji-ilhui gônéralemt nt regardé comme non nutlientiqne. On suppo-i q.:*.: a été composé dans Je premier tiers du !« siècn. iSfts précieuses indicalions sur le canon des Livres Saints et sur les livres apocrypiiea restent un lémoij:na;;e important de la croyance de 1 l.glise h celle é[ oque. Cf. GniSAR, Ilinl de Romt et des Papes, tome I, 2" partie, p. 29S-3UU. A. Iloux, L« Pape Gcluse, p. ICI) et suiv. Dlc!ibs:tb, Lib. Pontif.,t. I, p. cvn et cxiv.