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l'église chez les peuples barbares 191
son pavs natal. Ses compatriotes répondirent à son appel. Pendant plusieurs années, de l'Angleterre méridionale à la Thurin^e et à la Hesse, ce fut un exode calme et continu de prêtres, de simples moines, de maîtres d'école. De là lui vint Lull, son cher petit Lull, comme il l'appelait, son ancien élève à l'abbaye de Nurslin^, qui devait être son successeur sur le siège de Mayence, De là lui vinrent Burchard, qu'il fera évêque de Wurtzbourg, et Denehard qui sera son infatigable messager, et tant d'autres encore.
Avec l'aide de ces précieux auxiliaires, il fonda plusieurs monastères d'hommes : les plus importants furent celui d'Amœneburg en liesse et celui d'Ohrdruiî en Thuringe.
Ce n'étaient pas seulement des hommes, c'étaient des femmes, veuves ou jeunes filles, qui accouraient d'Angleterre, désireuses de participer à l'apostolat de la Germanie. Elles fondèrent, sous la direction de Boniface, trois grands monastères. Le plus célèbre fut celui de BischoITsheim, dont l'abbesse fut une jeune parente de l'apôtre, la pieuse et savante Lioba. Saint» Lioba.
Lioba, dont nous possédons des lettres charmantes et des vers latins d'une bonne facture *, apporta au milieu de la Germanie semi-païenne un parfum de grâce aimable et d'exquise douceur. C'est à elle que paraît avoir été dédié un poème de deux cents vers composé par saint Boniface, où sont mises en scène les principales vertus chrétiennes *.
Ces monastères d'hommes et de femmes répandirent en Germanie le goût des lettres. On envoyait en Angleterre des produits du pays, des tissus de poil de chèvre, une fourrure pour le vieil évêque de Winchester, des boucliers et des faucons pour le roi Ethelbald, un peigne d'ivoire et un miroir d'argent pour la reine * ; mais, en revanche, les abbés, les abbesses, et Boniface lui-même demandaient qu'on leur communiquât la eopie des ouvrages de science, de poésie et de piété qui se publiaient en Angleterre. « Transcrivez-moi, écrivait Boniface, quelques écrits de Bède ; envoyez-moi quelques étincelles du flambeau qui brille dans votre pays *.
1. P. L., t. XCIX, col. 720. M G.IL.Spùt. merow. et Karol. <jir»i,I.2-^0, 2SI. 2 Œnùjmma de virrn'iKa^, 'qu>.e raisit Bonifacius ad êororem SMan», P. L , t. XCIX, col. 887-S'J2.