î.fcinHABD, ann. 777. Hist. des Gaules, t. V, p
3. « Les Annales de Lorsch, dit M Mo) i nier, i I aient regardées au «• Bftcle eomme l'histoire officielle de la monarchie frasque... Elles ont été rédigcoa par (Jea clercs de la chapelle royale ayant uccèa aux archives delà monarcMe». A. Mo, w^sa. Les sources de l'histoire de France, I, <J26.
la première fois, était originaire de Westphalie et issu d'une famille noble et riche. Il devait incarner en lui tout ce qu'il y avait de plus rélractaire dans l'àme saxonne à la civilisation chrétienne. Par son activité prodigieuse il allait donner à ce pays de Saxe, ou plutôt à cette fédération de petits groupes de Saxons, jalousement autonomes et indépendants, l'union momentanée dans un sentiment commun et sous l'action d'un» unique influence.
Réfugié dans le Danemark auprès de son ami Siegfried, il épie/ le moment propice à la révolte, et, l'année suivante, en 778, le bruit s'étant répandu en Saxe que le roi Charles venait de périr avec tous ses preux au pied des Pyrénées, à Ron-
SoulèTéBseot cevaux, Widukind parcourt le pays et soulève les tribus en
Widukiui'.'' ^^"'' faisant espérer l'appui de leurs frères danois. Vers l'automne de la même année, « les hommes aux longs couteaux » envahissaient, ravageaient et couvraient de sang, non seulement les frontières de la Saxe, mais la Hesse et la Thuringe et s'aventuraient jusqu'à la rive gauche du Rhin.
Quand ils passèrent près de Fulda, l'émotion fut grande parmi les religieux. « Notre Père Sturm, en homme de Dieu qu'il était, raconte l'auteur de la vie du saint abbé, se dirigea du côté d'où venait le péril, voulant tenter de le conjurer. Pour nous, ses frères et ses disciples, prenant, dans le tombeau où il reposait depuis vingt-quatre ans, le corps du saint martyr Boni l'ace, nous le chargeâmes sur nos épaules, et l'emportâmes à deux journées de là, d'où nous le reportâmes à Fulda quand la tranquillité fut revenue '. » Gharlemagne en
Nouvelle ex- effet n'était point mort. Au printemps de 779, revenant avec
Qiarleaîaguc . ^^^ armée comme un ouragan, il refoula les Saxons jusqu'au
fond de la Westphalie et de l'Engern et força Widukind à se
réfugier de nouveau en Danemark. Puis il demanda à des
moines de reprendre en Saxe leurs missions pacifiques. Parmi
Saint Wilk- ces moines était saint Willehad, anglo-saxon comme Boniface, et qui, tel que Boniface, avait entendu dès sa jeunesse une voix intérieure qui l'appelait à éAangéliser la Frise et la Saxe. Pendant deux ou trois ans, Willehad put non seulement prêcher
1, VUa. S. Siuvviii, P. L., t. CV, col. 442. M. G. H., Scriptorea, U, 3$. Annal'.s Fuldenses, liist. des Gaules, V, 329.
l'église chez les peuples barbares 207
ïa parole de Dieu aux Saxons, mais construire des églises et ordonner des prêtres, qui le secondèrent dans sa mission *.
Cependant Widukind ne s'endormait pas dans sa retraite. Pendant plus de deux ans il eut le courage d'attendre patiemment une occasion favorable, se contentant d'entretenir le ressentiment des Saxons par de fréquents messages. En 782 l'occasion espérée se présenta. Des tribus slaves avaient envahi la Germanie sur plusieurs points. Widukind reparaît. NonTclle ré- A sa vue, les Saxons reprennent les armes et surprennent les dukind. Francs mal préparés, dont ils font un grand carnage. Ce fut la l^ bataille de terrible bataille de Siintal. Tous les missionnaires furent dis- SûaUl. perses. Villchad dut se retirer, et se réfugia à Rome en attendant des jours meilleurs.
Cette fois, Charlemagne ne put contenir sa colère. Il con- L'exécutio» ie voqua à Verden, sur l'Aller, les chefs saxons, qui lui avaient "«'"'i®*juré fidélité, et ordonna une enquête sévère. 4.500 coupables furent livrés par les Saxons eux-mêmes et décapités le même jour. Peu de temps après, en cette même année 782, il publiait le fameux Capitulaire de Saxe, qui punissait de mort, non seulement les traîtres, les meurtriers et les incendiaires, mais aussi tout Saxon qui repousserait le baptême ou qui refuserait d'observer la loi du jeûne pour afficher son mépris du christianisme '. L'exécution de Verden et le Capitulaire de Saxe l« capitulaire sont considérés comme deux taches sur la réputation du grand '^® ^tH' ^* empereur chrétien. Sans doute nous ne devons pas exagérer la portée de ces actes, comme on l'a fait trop souvent. L'exécution de Verden ne fut pas une boucherie de prisonniers, ainsi qu'on s'est plu à le répéter, mais le dénouement d'un véritable procès criminel, instruit selon la sommaire procédure de la justice militaire *. Quant aux pénalités attachées à l'inobservation des lois du carême, elles ne devaient être appliquées qu'après examen fait par un prêtre de la nécessité où aurait
I. Viti sancti Villehadî, P.L., t. XCIX, col. 1017. Prœfato tempore,... servua Dei evj'il eccUfiis oou.struirre ao presbyteros super eos ordinare, gui libéré populit xal'/ti-i ac bapiisrnati* conferren' gratiam.
■i. Si quis jejuainm pro despeclu c/iris'ianitat.is contemp-^erit. Balozi, Capitularia regum francoruni, I, 251, 252. Capitulatio de parlibui Saxonije, art. 4 et 8.
3 Cf 0^«nA¥. K'wî'.s germant 2 'tes, 11,2.5. Histoire de France, do Laviûm, k. Il, V* i»»iliu-, p. 2!63.
ItmagDe.
208 mSTCIRE GÉNÉRALE DE L'ÉGLISE
pu se trouver le délinquant de manger de la viande ', et on a pu soutenir avec vraisemblance que ce droit d'enquête préalable, par lequel le prêtre pouvait atténuer la rigueur de la loi, avait été introduit par le roi dans le but de rehausser ProteBtaiiong l'autorité du clergé en Saxe. Néanmoins les représentants les pape Hadrieu P^^s autorisés de l'Eglise protestèrent hautement. « La foi est
coutre les ri- ^^ g^^^^ jg volonté et non de contrainte, écrivait Alcuin à un gueure exce?- • '
siTcs^de Char- des ofliciers de Charlemagne. Il est permis de solHciter la conscience, non de la violenter. Qu'on envoie aux Saxons des prédicateurs et non des brigands '. » Quelques années après, Alcuin écrivait à Charlemagne en personne, pour le prier dô ne pas accabler de charges les populations de Saxe, et d'imiter plutôt les Apôtres, qui donnaient « le lait des préceptes suaves » aux peuples dont la foi chancelante avait besoin de ménagements '.
Déjà le pape Hadrien, à qui Charlemagne s'était adressé en 788 pour régler la pénitence des Saxons relaps, lui avait donné de sages conseils, le suppliant de laisser les prêtres régler eux-mêmes ces pénalités de conscience, où il est nécessaire de bien faire la part du consentement libre de la volonté *.
En effet, ni l'impitoyable exécution ni le terrible capitulaire n'avaient donné la paix. Tout au contraire, excités aux représailles par ces rigueurs, exaltés par la victoire de Sûntal, les Saxons avaient repris les armes avec une fureur redoublée. Uoa de Pendant près de trois ans, ce fut ime guerre sans quartier de ^v^^ part et d'autre. En 785, les deux nations étaient épuisées^ Charlemagne offrit la paix à Widuldnd, qui demanda et reçut le baptême.
Le pape Hadrien, informé de la nouvelle, ordonna qu'en
1. Sed tamen oonsideretur a tacerdote, ne forte causa necessitatis ho* euilibet proveniat, ut carnem comedat. Baldzi, t. I, p. 253.
2. P L., t. G. 205. 206 Cette lettre d'Alcuin n'a pa3 de date certaine, mais elle est sûrement postérieure à l'exécution de Verden et au Gapilulaire de Saxe. 11 y a dans le latiu un jeu de mots intraduisible en français : Mitcuntur pi-œdicatores et non prœda tores.
3. Historien* des Gaules, V, 612. Epistola Alcuini ad Carolum Magnum, anno 798.
4. Oportet sacerdotes partibus illis pasloralevi circumdare viçilanHam, et in eorum arbitrio indicere pœnitentiam, considérantes piaculum tant rcluntatia quam extra voluntatem coactis ad suuni reverU'ntis comitum. F,L., XCVUI, 591. Hist. des Gaules V, 568.
L ÉGLISE CHEZ LES FEUPLES BAUBARES 209
actions de grâces, en tout pays chrétien, on fit trois jours de processions solennelles *.
Les missions pacifiques recommencèrent. Le principal mis- fission â« sionnaire de cette période fut saint Liudger. 11 était originaire °'^''^' Lmdger. de la Frise. Il avait été formé à la piété et à l'étude par saint Grégoire d'Utrecht, ce petit-fils de Dagobert II, que saint Boniface avait rencontré près de Trêves et dont il avait fait son disciple. Liudger acheva ses études à York sous la direction d'Alcuin. Ordonné prêtre en 778, vers l'âge de trente ans, il voulut, par piété pour saint Boniface dont il s'appliquait à suivre les traces, fixer sa résidence habituelle à Dokkum, lieu consacré par le martyre de l'apôtre de la Germanie. Mais les troubles de la guerre, pendant laquelle il vit mourir de douleur l'évêque d'Utrecht, Albéric, le forcèrent à passer la frontière. 11 y revint après la paix, fonda en 793, sur les frontières des Francs et des Saxons, le monastère de Werden, et mourut évêque de Munster ea 809. Ce fut le dernier des grands apôtres de la Saxe.
Des actes législatifs de Gharlemagne, sagement conçus, avaient secondé son apostolat. Un acte de Spire, publié en 788, L'aciR <JeS)>lr« avait déclaré, en un noble langage, que Charles, reconnais- ^^^^^' sant à Dieu delà victoire qu'il lui devait, donnait la liberté aux hommes de Saxe et ne les voulait sujets que de Dieu seul *. Un capitulaire de 797, rédigé après une nouvelle révolte des ^^ cnr'fntaîr* Saxons et des Frisons, avait dû être plus sévère. Mais le sou- ^*^ ^'•'^• verain, magnanime, abolissait la peine de mort dans la plupart des cas où elle était prescrite auparavant, stipulait que les Saxons ne pourraient être jugés désormais que suivant la loi saxonne, et laissait à la Saxe une grande part d'autonomie ^.
1. Historiens d«x Oaules, V, 5o8, 569. Le reste de la vie de Widukind i« perd daas la légeade. Les jongleurs cbaaltiieat au xiii' siècle la chanson dt Wittikind le Saxon ; des é)(liseâ particaliàies rhoaortireat comme ua saint; des g>^n<).ili>gisl*)s ea firent l'aïeul de Hobort le Fort Les Saxons eurent u:' ■ i leur légende. Selon ou.x, vV'iJukiad aurait été couTerti, non par les arme- ''■•* Francs ou les riisf>us de lours missionnaires, mois par ua miracle opéré p^r bien lui-màme dans la sainte Eucbaristio.