Baluzi, I, 275 2dO, 405 et l
Uia. gén. de l'Ei^liâe. 14
210 HISTOIRE GÉNÉRALE DE l'ÉGUSB
Ainsi ,dit le Poète saxon, la piété et la générosité de Charles firent en peu de temps ce que la terreur n'avait pu accomplir en trente trois ans :
Plus régis pietas et mmificentia feeit Quam terror * .
4«*li^N(Mn'ciîe ^^^ mesures de pacification furent confirmées par la fonda- Corbic. jJQjj (jg plusieurs monastères, dont le principal fut celui de la Nouvelle-Gorbie. Parmi les jeunes Saxons que Charlemagne aimait à emmener en France et à faire élever dans ses écoles, plusieurs avaient fait profession religieuse dans le célèbre monastère de Gorbie, près d'Amiens, qui fut, au ix® siècle,- un des principaux foyers de la civilisation. 11 était gouverné à cette époque parle saint abbé Adalhard, parent du roi, petit-fils comme Im de Charles Martel *.
C'est à ces jeunes moines saxons qu' Adalhard et Charlemagne firent appel pour fonder un monastère en Saxe. Un des frères du couvent, Théodrate, Saxon de noble race, leur indiqua l'endroit. « Je connais, leur dit-il, dans les terres de mon père, un lieu convenable, pourvu d'une source abondante. » C'était à l'embouchure du Wéser, dans un site splendide. Charleraagne mourut sans avoir vu la réalisation du projet. Mais î.ouis le Débonnaire en favorisa l'exécution. Un frère d'Adalh.ird, Wala, qu'on avait déjà vu en Saxe commander, à côté de son royal parent, les armées de Germanie, y revint sous la robe du moine bénédictin et présida à la fondation, avec vm autre moine, du nom d'Adalhard. C'était en 815. Les commencements furent pénibles. Mais en 823 l'empereur Louis dota royalement le monastère, qui avait pris le nom de Corbeia nova, dont les Allemands ont fait Corvey. Corvey fut pour la Saxe ce que Fulda avait été pour la Germanie du nord et Saint-Gall pour la Germanie du midi. L'éducation et l'instruction du peuple, la culture des arts et des sciences, la propagation du christianisme chez les peuples pa'iens du nord de l'Europe, furent l'objet des efforts des moines de la Nouvelle-
1. Poeta saxo, P. L., XCTX. col 719, Hût. des Gaules, V. 167. L« Poet» êaxo a mis en vers au i\« siècle les Annale* regii, oa Annaleî de l^rtoh. 1- Viia sancli Adalhardi, MiJBiLLoa, Aot Sanct. ê. S. B. MC. IT, f. 719)
l'église chez les peuples barbares
Corbie. Les maîtres savants qui lui vinrent de l'ancienne Rvang^iigatj»* Corbie lui valurent bientôt une renommée qui ne cessa de **jf*^'*^** s'accroître ; tel furent Paschase Radbert, illustre par sa science, Gislemar, qui baptisa dans la suite Harald, roi de Danemark, et Anschaire, l'apôtre des Danois et des Suédois.
Anschaire ou Ansgar, né en 801 en Picardie, avait pm l'habit monastique au couvent de Corbie. Il remplissait les fonctions de maître d'école à la Nouvelle-Corbie et venait d'être ordonné prêtre en 826, quand Harald, roi de Danemark, implora le secours de Louis le Débonnaire. C'était une forme mal entendue du zèle de l'empereur que de proposer hâtivement le baptême aux envoyés des Danois, lesquels souvent acceptaient par complaisance ou intérêt de se laisser instruire et baptiser. Ces conversions furent parfois scandaleuses. « Un jour raconte le moine de Saint-Gall, un vieux Danois, à qui on proposait, en guise de robe de néophyte, du linge un peu nsé^ repoussa ces haillons, en s'écriant : « Voilà vingt fois que je re<;ois le baptême chez vous, et à chaque fois on m'a donné des vêtements convenables. Ceci est pour un bouvier et non pour un guerrier ' ! » Le roi Harald, instruit lui-même par Ebbon, archevêque de Reims, reçut, au mois de mai, le baptême au palais d'ingelheim, avec sa femme, son fils, et 400 de ses guerriers. Il devait plus tard revenir au paganisme, li;î aussi. Anschaire assistait à la cérémonie. Eut-il quelque doute sur la persévérance du monarque? Il comprit, du moins, que les Normands -, comme on les appelait, devaient êtrt atteints par un apos'oLit plus sérieux. Il demanda à partir avec le roi pour porter l'Evangile dans les pays du Nord.
Même avec la protection du monarque, c'était aifronter les plus grands périls. Charlemagne lui-même avait tremblé à îa prévision des dangers que préparaient à la chrétienté ces piratc-s Normands. « Un jour, raconte le moine de Saint-Gall, comme
chaire.
1. Monach. ».i,i(/ dlen^ii. CWI'v Iliu. 'les G iules. V. 134 2 \ e:j huijiuicd du aurd suai ^éaornlpin>.'iil a^.poié:» ù coUo ('■poque Sor ma II'/ M.
212 msToir.E générale de l'église
Moeuri des il était accoudé à une fenêtre donnant sur la mer, il reconnut «isttDdinaves. jgg y^isseaux de ces hommes terribles. Alors le grand homme se mit à pleurer en disant : « Si, de mon vivant, ils osent s'approcher de ce rivage, que ne feront-ils pas à ceux qui viendront après moi * ? » Sur leurs petites coques en bois de chêne, parfois sur un berceau d'osier doublé de cuir, ils faisaient la terreur des côtes d'Occident. « Quand vous verrez leurs rôdeurs, écrivait Sidoine Apollinaire à un ami, dites-vous bien qu'ils sont passés maîtres en pirateries. Vous n'avez pas d'ennemis plus féroces. Guettez-les, ils vous échappent ; barrez-leur le chemin, ils passent outre en vous dédaignant. Pour ces hommeslà un naufrage est moins un objet de terreur qu'un exercice de navigation. Ils connaissent les dangers de l'abîme, en hommes qui les bravent tous les jours '. »
Les chants de leurs poètes, qu'ils aimaient à répéter au milieu des orages ou dans la mêlée des batailles, respiraient une audace et une férocité que rien n'égale. « Je suis né dans le haut pays de Norvège, chantait l'un, chez des peuples habiles à manier l'arc ; mais j'ai préféré hisser ma voile, elTroi du laboureur du rivage ». « Je veux tenir dans ma main le cœur d'Hogui, chantait un uu t;. On l'a tiré sanglant de sa poitrine, on l'a arraché avec un poignard émoussé... Voici que je vois le cœur d'Hogm le brave ; il tremble un peu sur le plat où on l'a placé ; il tremblait moins quand il était dans la poitrine du héros * ». C'est à ces hommes terribles que le jeune moine de la Nouvelle-Corbie brûlait de prêcher la paix et la mansuétude chrétiennes. Les échecs de ses prédécesseurs ne l'effrayaient pas. Avant lui, saint Willibrod et saint Walfrid d'York avaient tenté sans succès l'évangélisation de Danemark. Plus récemment, en 822, le pape saint Pascal, d'accord avec Louis
»i • j.D-u le Débonnaire, avait confié une seconde mission à l'archevêcrue M18810Q a Eb- ' *
bon, archeTé- de Reims, Ebbon, accompagné du moine Haligar. Etrange
' figure que celle d'Ebbon. Il avait connu toutes les extrémités
des conditions humaines. Fils d'un esclave du domaine royal,