‹ Histoire générale de l'Église (volume 3)Chapitre 128 sur 284 · Dial s 1. III, c. XXXVIII · texte numérisé non relu

Dial s 1. III, c. XXXVIII

5. Le récit de celle invasion forme le livre II du l'ouvrage de Paul Du-cbi (Paul Warskviudi Df qe.stis Longohardovum. Mig.^b, P. L , t. XCV.

6 Paul Duo . II, 2;-32. P. L , XCV. 408 5U2.

L'Ér.LISE CHEZ LES PEUPLES BARBARES 223

na'^tère de Bobbio, où saint Colomban vint finir ses jours, et pput-ètrela conversion de son second mari, le roi Agidulfe *. L'avènement de son neveu Aripert, en Go3, détermina l'arrivée au pouvoir d'ime branche catholique, qui mit fin à l'arianisme et rétablit l'unité de la foi dans l'Italie *. Le royaume C8u=»! 4e la lombard était cependant destiné à disparaître. L'aversion que royaume Iohce peuple, par son aspect extérieur, inspirait aux habitants de '

l'Italie, les défauts de sa constitution politique, trop favorable à la formation de duchés indépendants, et par là trop réfractaire à l'unité nationale, par-dessus tout l'ambition de ses princes qui, désireux de s'emparer de la ville de Rome, s'aliénèrent la Papauté et la forcèrent de chercher un appui auprès des princes francs ; telles furent les causes mulîiple, qui mirent fin à la domination lombarde. Elle avait duré deux siècles (068-774).

Mais celle-ci, de même que la domination des Ostrogotbsa laissait une trace profonde dans l'histoire. Des institutions monastiques telles que l'érection du monastère de Bobbio et la restauration de l'abbaye du Mont-Cassin, des monuments juridiques comme l'Edit royal de Rotharis, une évolution politique et sociale comme celle que le séjour des Lombards en Italie venait de déterminer, méritent d'arrêter notre attention*.

C'est en 612 que saint Colomban, exilé de son abbaye de Fonrfatio» i« Luxeuil à cause de la fière liberté de sa parole, puis des bords uobbio par du lac de Constance par suite d'un excès de zèle d'un de ses "^•"^^^•'■" moines, arrivait en Italie et recevait de la grande reine Théodelinde l'accueil le plus empressé. Dans la vallée de la

1. Les documents contemporains sont contradictoires. VEpistula Columbani, n" b P L., t. LXXX, col. i.û^ et s.) suppose que le roi eet cntliolique. Une lettre de Sisebnt, roi des Visigoths, semble indiquer qu'il était ariea, (fcptvt. Vis goth., n» 9..

2. En dehors de larianisme, cette nnité de foi avait été rompue en îtalia par le schisme d'Aquilée. Après les troubles Ihéologiques où s'était compromis le pape Vjijiie, le métropolitain d'Aquiléo avait rompu la communion avec Home. Tliéodelinde, mal iaformée, avait été un moment séduite par le ■cbism -. Saint Grégoire n'eut pas de p«ine à l'en détacher. Cf. M G. H , Reg Qrego'-., IV. 4, 3S. Le schiâme d'AquiU'-e no prit fin qu'en 628, sous le p ipo Honorius. Cf. ikrri. n" 20i'î, Li'}. Ponuf.. I, 3^5. 381.

3. Vie do saint Colomban, par Jonas db Sdzi, qui fut moine h Hobbio en 618. P. L.. t LXX.WII. col. 1011-1046. Edition critique par Krusch dans les M. G. n.. Script, rerum we. owingicarutn, IV, 108 et s. Cf. Sainl Colomban^ par l'abbé £. Mautib, Paris, Lecoffre.

224 HISTOIRR GKM^aAT,R PE I.'Ér.îJSIÎ

Trébie, le domaine de Boblno lui fut concédé pour qu'il j bâtît un monastère. La renommée de sainteté qui s'attachait aux pas du célèbre moine irlandais, le bruit de l'ascendant qu'il avait exercé sur la vieille reine Brunehaut et des invectives courageuses qu'il avait lancées contre le roi Thierry, la forte discipline de sa colonie monastique, qui l'avait suivi d'Irlande en Burgondie, de Burgondie en Austrasie, d'Austrasie en Italie, et au milieu de laquelle il apparaissait plutôt comme un chef de clan que comme un père de famille, tout cela donnait à Colomban comme une physionomie de prophète, à la manière des voyants d'Israël. Chez les Lombards, qui furent de tous les peuples goths les plus pénétrés d'esprit germanique, l'apparition de l'apôtre anglo-saxon, qui semblait incarner tout ce qu'il y avait de fierté nationale et d'audace un peu sauvage dans les races du Nord, ne tarda pas à porter des fruits. Le couvent de Bobbio fut bientôt un foyer d'ardent prosélytisme au milieu des païens, im centre de lutte éner- La Rècle de gicjue contre les derniers tenants de l'arianisme. Colomban y ban"ea"°Itane. établit, et jusqu'à sa mort, arrivée en 615, y maintint dans toute sa rigueur cette fameuse Règle, empruntée en grande partie aux moines de Bangor, qui semblait ne tenir aucun compte de la faiblesse humaine, qui punissait les infractions par des jeûnes, des emprisonnements et des coups de verge, qui donnait aux supérieurs des pouvoirs sans appel, qui supposait chez tous, abbés, prieurs et moines, une abnégation et un dévouement sans mesure, des corps de fer et des âmes de héros '. Mais Colomban mort, sa Règle parut dure, et quand au début du ix" siècle, les Lombards se furent mêlés aux popu- EUe est bien lotions d'Italie, elle devint inapplicable. Tous les monastères

tôt remplacée q^[ ge fondaient sous l'influence de Luxeuil et de Bobbio prepftr 1& Hèfflc bénédictine, naient la plus grande partie de la Règle bénédictine. En 817,

e Concile d'Aix-la-Chapelle prescrivit dans tous les couvents

de l'empire carolingien l'adoption de la Règle de saint Benoît.

„,, . . . Luxeuil et Bobbio finirent par l'embrasser. La Rèale de Bêle de saint ... . .

Colemban et saint Colomban avait rempli sa mission providentielle. Comme l'avait fait l'étonnante vie des Pères du désert au milieu du

1. Voir la Règle de saint Colomban dans Migrb, P. L., LXXX, col. 209- 224. Cf. la thèse do doctorat de M .Mxlrort, Quid luxovienses monaohi ad rtgulani moiiaslei iorum oontulerint.

l'éguse chez LoS peuples barbares 225

monde gréco-romain, comme le ferait un jour la sublime folie de la pauvreté de saint François d'Assise en pleine féodalité, l'austère Règle de saint Colomban avait montré, au sein du monde barbare, égoïste et jaloux de ses droits personnels, jusqu'où pouvait aller l'enthousiasme de l'héroïsme dans lobéissance et dans l'oubli de soi. Ceux-là mêmes qui ne purent supporter cette forte discipline conservèrent avec un soin jaloux les reliques sacrées du grand moine, son calice et son bâton de palmier épineux. On les vénère encore à l'église de San Colombano de Bobbio. Comblée des faveurs des rois de France et des empereurs d'Allemagne, l'abbaye de Bobbio devint au Moyen Age un des plus importants foyers de la vie intellectuelle. C'est sur les manuscrits de Bobbio que se sont appuyées beaucoup de découvertes littéraires et historiques des temps modernes *,

On a attribué à saint Colomban et à sa Règle une influence plus importante encore sur les institutions ecclésiastiques. On a prétendu que l'Eglise lui doit l'introduction de la pénitence et de la confession privées.

Celles-ci ne seraient que l'extension d'un usage monacal, la n n'introduit coulpe faite par les moines à leur abbé. L'influence du célèbre ^^^ pr^^T/rii

moine irlandais l'aurait introduite dans le monde laïc, puis en profi!ip;«

... , . . . ^ Beu)eii;'''.ul la

transformée en une institution ecclésiastique universelle *. pratique.

« Cette thèse, dit Mgr Duche.sne, échoue devant les deux considérations que voici : d'abord elle ne rend pas compte de la pénitence privée chez les Grecs et les Orientaux, qui n'ont point été atteints par les influences irlandaise et anglosaxonne ; on peut en dire autant de Rome, de la basse Italie et de lEspagne ; en second lieu, il est impossible d'admettre que le clergé épiscopal des pays francs, généralement peu favorable à saint Colomban et à ses moines, se soit laissé imposer par eux un changement disciplinaire aussi grave *. » Ce qui paraît plus vraisemblable, c'est que saint Colomban et ses moines se firent les apôtres de la confession privée, peu pratiijuée autour d'eux, et que, pour en faciliter l'exercice, ils rem-

1. TiRABoscni, Storia délia leiteratura italiana, t. III, p. 376.

2. fc.()>j)ir(l LcBii.io. Gei>chich'.e des deulschen Kirchenrechts, Strasbonri? 187H, to.iie II.

.3 Huiletin oiiique, iSiS, p. 366-367.

H. 8t. géu. de l'E^iiite. i5

226 HISTOIRE GÉNÉRALE DE l'ÉGLISB

placèrent la pénitence par l'imposition des mains et la récon»» ciliation publique par la pénitence privée, usitée dans lec monastères '.

fiettaaration Tandis que la Règle bénédictine s'étendait sur tous les l(k>nt-C«ueiii. P^ys d'Europe, le berceau de la famille bénédictine, le Mont- Cassin, ruiné par les invasions, restait désert. Les restes vénérés de saint Benoît et de sainte Scholastique en avaient été enlevés en 679 2. En 716, un riche habitant de B rescia, Pétronace, aidé de quelques moines de Rome, entreprit, avec les encouragements du pape Grégoire II et l'appui du duc lombard Gisulph de Bénévent, de relever l'abbaye du Mont-Cassin de ses ruines. Dieu bénit l'œuvre pieuse. Pétronace mourut abbé du monastère. En 748, le pape saint Zacharie consacra la nouvelle église, exempta le couvent de toute juridiction épiscopale, et y déposa l'exemplaire original de la Règle de saint Benoît. On sait les grandes destinées de l'illustre abbaye. Le roi lombard Ratchis et le frère de Pépin, Carloman, vinrent chercher un asile dans son cloître. C'est là aussi que le moine Paul Warnefrid, plus connu sous le nom de Paul Diacre, écrivit vers la fin du vm® siècle son Historia Longobardorunx qui, dit M. Molinier, « jouit au Moyen Age d'vme faveur extraordinaire et, à tout prendre, méritée ' ». a Nul autre peuple, dit Kurth, n'a trouvé dams son historien national un si fidèle écho de sa vie, un interprète si ému de ses sentiments *. »

Ces traces de la domination lombarde se rencontrèrent aussi dans le style original des églises de cette époque. « Dérivé alourdi du style byzantin, le style lombard, dit Moeller, a sa place dans l'histoire de l'art '. »

1. E. Mastui, Saint Colomban. Diot. de Théol., an mot Colomban, t. HT, eol. 374

2. C'est Paul Diacre qui raconte le fait, Hist. Long., VI, 2. Le corps d* saint Benoit fut il transporté au monastère de Fleury (Saint-Benoit-8ur-Loire)f Est-il acluelleraeDt à Suint Benoit ou au Mont-Cassin ? C'est un sujet de coa-

^ troverse entre les Bénédictins d'Italie et les Bénédictins de Franco. V. JJl»-

BiLLon, Dissertatio in translatione S. lienedicti. Aot., SS. 0. S. B., t. II, p. 337. Don ('.hamard, Les reliques de S. Benoit, Paris, 1881. Cdissajit, D« r»liçuiis S. Benedicti, deuis les Benedict. Studien, 1884.

3. A. MoLiNiBB, Les sources de l'Histoire de France, t. I. p. SSL

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