‹ Histoire générale de l'Église (volume 3)Chapitre 13 sur 284 · JifTi, n- 7fJl · texte numérisé non relu

JifTi, n- 7fJl

4 Ep-^'. ad f'D.isetforgm epis'-opum, Japi-S. t. f, n" 850. Le Pontife raconte (laiia i:o!tt; leffrn comment an groupe de ces uomes révoltés vint jusque Rome essayer (loiiiiiorter «lii^-'aiit la confirmalioo pur In Snint Siôgu d'une d« lears t-rreurs. Il les montre Boiilevnnt les foule* daiii les luôs, ud ooncu»tionein ^uiaiit, circa yeyum eliam *tuiucu i..ciait,ant«s.

38 inSTOTf.E GÉNÉRALE DE l'ÉGLISB

LnUe« Wo- tus forKÎnmpntn'es de la vie relijneuse, l'obéissance el l'humi-

lenèes à Corifi- ... . .

unliDopift : lite », terrorisaient le pays. Au premier rang de ces agitateurs •céphaiéB*et ^^ trouvaient les moines acéphales. Us s'étaient, nous le savons, '**é'"àt«'*' ^^^^^ ce nom (a/.éoaXoi, les décapités, les sans-tête) après s'être séparés de leur chef Pierre Monge, qu'ils accusaient d'avoir accepté un compromis avec le Pape. Contre ces fanatiques s'étaient levés les moines acémètes (à/.o'(i-/i-oi, les sanssommeil), ainsi nommés à cause de leurs veilles prolongées. C'était un moine acémète qui avait dénoncé au Pape l'hérésie du patriarche Acace. C'était un acémète qui, au péril de sa vie, avait attaché au manteau d' Acace la sentence d'excommunication portée par le Souverain Pontife. En 469, ces ardents défenseurs du Saint-Siège, conduits par leur abbé, avaient envahi l'hippodrome, y entraînant le peuple à leur suite, pour protester contre l'élévation à la dignité de César d'un prince suspect d'hérésie '. Dans l'ardeur de la lutte, on les voyait parfois céder à la tentation qui se présente à l'impatience des hommes d'action en temps de trouble : défendre la bonne cause en employant les pires procédés de ses adversaires *. La masse du peuple de Constantinople, sous Hormisdas, comme celle de Rome sous Symmaque, désirait ardemment la paix. Aussi, lorsque, en 519, la nouvelle se répandit que l'union définitive était faite entre le siège de Constantinople et le siège de Rome, entre le nouvel empereur Justin et le pape Hormisdas, par l'acceptation de la formule de foi proposée par le Souverain Pontife, ce fut l'occasion d'une mamifestation sans exemple. Nous en connaissons les détails par les relations des légats au Pape •. On se rendit en procession du palais impérial à l'église;. Là, lecture fut faite de l'acte pontifical, par lequel on anathématisait Nestorius, Eutychès, Acace, tous leurs affiliés ou partisans, et on adhérait à toutes les lettres écrites par le pape Léon le Grand. Les acclamations à > saint Pierre, au Pape, centre de l'unité, et à l'empereur, son

i. E. Makiii. Le» Moines de ConstantinopU, de Constantin à Photitu, Taria, i897. Diet. de Théologie ea'.hotique. de Vacart, ebx mots aceméte et , acitpkale.

2. Ptiifleur* moines arfmhtes, dans leur haine de l'héréaie eutycbienne, « reculèrent Jnsqn'îi l'hérésie nesforienne » (IlKniti, IJist. des conciles, trdd.

I Delarc, t. III, p. 131) et dorent être excommuniés par Jean II. ea Jo4- Mamn,

•omoVIII. p. 798, 799. E. Marir, Les Moines de ConsUintinoi"e,

3, Voir ces détails dans Maibi, t. VI 11, p. A53.

l'église dans son CrNTRE 39

glorieux défenseur, retentirent longuement. On pleurait de joie.

Mais l'apaisement d'une querelle qui avait duré trente-cinq ans ne fut pas le résultat le plus important de ce grand événement historique. Par une de ces admirables revanches de la Providence, dont l'histoire de l'Eglise est remplie, cette ville de Gonstantinople, foyer de tant d'intrigues contre Rome, acclamait, et bientôt l'Orient tout entier allait acclamer avec elle, Le Formulaire la formule la plus parfaite qui eut encore été donnée de la pri- ajjgdaa accla- Biauté et de l'infaillibilité doctrinale du siège de Rome. ""**

Le formulaire souscrit par le patriarche, accepté par l'em- La « foi ia

. , j. , , ^ .. 1 7\T maculée de

pereur et applaudi par le peuple contenait ces mots : I\ous rKgiise ro-

voulons suivre en tout la communion du Sièqe apostolique, où "^V'*,.L**^

réside rentière et vraie solidité de la foi chrétienne, où la reli- le momie chrô-

, , ^ . , . ; / I '■i'^" i""^ eû-

gion s est toujours conservée immaculée . uer.

Tel fut le célèbre Formulaire de saint Hormisdas. Deux mille cinq cents évêques orientaux le signèrent * ; plusieurs conciles d'Occident l'enregistrèrent avec enthousiasme. Les papes Agapit, Nicolas I" et Hadrien II l'invoquèrent comme une règle de foi. Bossuet ne pourra s'empêcher de le rappeler dans sa Defensio declarationis cleri gallicani^ Fénelon l'opposera aux jansénistes, et le concile du Vatican en insérera les phrases principales dans son décret sur la primauté du Siège apostolique *.

Ainsi, de tant de luttes doctrinales et disciplinaires, l'autorité pontificale sortait agrandie et fortifiée. En même temps, un concours d'événements providentiels aboutissait à constituer peu à peu au profit du Saint-Siège un domaine temporel, garantie de son autorité spirituelle. C'est un empereur d'Orient, Jxistiûien, le successeur de tant de potentats soulevés contre

t. SequenU* in omnibus apctolioam Sedem... in q^^a est intégra et verax ehi-istianœ religionis soUditas... Quia in Sede apostolica initnaculata est temper servata religio. Voir le texte latin en entier dans Marsi, t VIII, p. ibl, dans MicxB, P. L., t. LXIII, col 444,, dans DEHZiKCEii-BAniiWAaz, Enchiridion, n» 171.

2. C'est le chiffre donné par le diacre Rusticus, qui écrivait an temps d« Justinieu. Kobt , Contra aceph. IHjp., P. L , tome LXVII, col. 1251.

3 Le pape Hormisdas, si ferme sur les principes, fut tolérant ponr les personnes. Beaucoup d'opposants avaient été de bonne foi. Mu jture cbréfifns morts pendant le scliisme et dans le schisme d'Acace ont <^té canonisés. Tels lurent saint Flavicn de Gonstantinople et saint Elle de Jérusalem. Cf. Tuo- ■A88», dis^ert, XVI, in Synod, CP.

Rome, qui va donner ù ce pouvoir temporel de l'Eglise sa première sanction générale et officielle.

Orî«!n â Depuis les premières origines, la confiance des fidèles avait

bi«08 ou pa- mis entre les mains des Papes, pour l'exercice des œuvres de

8*ini-Siège. charité, de larges aumônes. Sous la législation libérale inaugurée par Constantin, les souverains Pontifes purent, avec ces oblations. se constituer, en vue de leurs œuvres diverses, d'importants domaines, soit à Rome, soit en Italie, en Sicile et en Sardaigne ; c'est ce qu'on appela les patrimoines du Saint- Siège, L'évêque de Rome était peut-être déjà au v* siècle, le plus riche propriétaire de l'Italie *.

De plus, au milieu des invasions barbares, les Papes s'étaient vus, comme la plupart des évêques, investis des fonctions de

OriffioB des defcnsorcs civitatis. Les fonctions du defensor, appartenant à

iKH.voirs d« la fois à l'ordre judiciaire et à l'ordre administratif, étaient jiiri.fic'ion et 1 o- • 1- •

d'adniinistra- très étendues ^, Si les pouvoirs des defensores laïques dimi-

»pape8. jju^pgjij; a^^ Yje siècle, il n'en fut pas ainsi de ceux des defensores ecclésiastiques. Les empereurs d'Orient, qui n'avaient pas abandonné leurs prétentions à la suzeraineté de Rome et de D*veiof.[>f>- tout l'Occident, et pour qui Odoacre et Théodoric n'étaient «eut tie ces Q^g ^^gs lieutenants, tenaient à y exercer directement leur autorité. Or, ils s'aperçurent bientôt que nul intermédiaire na pouvait leur être plus utile que l'évêque de Rome : lui seiii pouvait avoir une autorité morale suffisante pour apaiser des sujets mutinés ; à lui seul on pourrait confier la gestion des deniers publics, qu'un ciîicier impérial aurait peut-être dilapidés. Finalement le Pape était devenu, non seulement le plus riche propriétaire de l'Italie, mais la plus grande autorité sociale et politique de la péninsule.

1. Ch. DiEHL, dans l'Atlas hiUcrique de Schrader, explication de la carte 16 : L'I'i/li^'' <»'« temps de naint G'égoire le (irund.

2. DkKKMiiKKG et Saglio, Diciici'naire des antiquité" grecque.^ et romaines, au mol Def'ensor civitatii. (;iic.'<o:i, Etudes Inittvriques .^ur l/i Defemor civitatis, dans Nouv. Revue historique du droit /rançaùt et étranger, ISS9, f . 551 et gui Y

LVr.LTS'î DANS SON CENTRE

Organiser radministralion temporelle du domaine pontifical, avait été déjà la préoccupation du grand pape Gélase. Nous savons, par Jean Diacre, que le livre des fermes et cens, dressé par Gélase, servait encore sous Grégoire le Grand pour l'administration des patrimoines '. Ses écrits et les documents de sa chancellerie qui nous restent permettent de se rendre compte des grands elVorts de ce pontife pour sauvegarder ce qu'il appelle le patrimoine des pauvres *. Mais ses successeurs n'avaient pas eu le moyen de poursuivre son œuvre. Symmaque et Hormisdas avaient été al «sorbes par la question plus haute et plus urgente de la priraaulc disciplinaire etdoctrinale du Saint-Siège. Les pontificats des cinq papes qui se succédèrent en treize ans, de o23 à 536, Je.vn I*"-, Félix IV, Boniface II, Jean II et AcAPir, furent troublés par la persécution de Théodoric, dont nous aurons à parler plus loin. Ceux de Silvère et de Vigile ' furent trop agités par les controverses orientales, pour permettre au Saint-Siège de reprendre l'œuvre d'organisation entreprise par saint Gélase. L'empereur Justinien, sous l'influence de sa femme, l'intrigante Théodora, venait de ressusciter la querelle monophysite en soulevant la fameuse question dite des

Trois-Chapitres. Habile, intellisi:ente, mais se plaisant à subor- La question , , ,. . ° ' ,. ^ . des Troi»-cba-

donner les questions religieuses a ses hardies conceptions po- piire».

litiques, l'impératrice Théodora avait persuadé à Justinien qu'on rallierait facilement à l'empire les monophysites d'Arabie, parti politique très puissant, si on leur donnait un gage. Ce gage serait la condamnation de trois auteurs ecclésiastiques qui avaient attaqué le monophysisme, en penchant vers le nestorianisme, Théodore de Mopsueste, Théodoret de Cyr et Ibas. La condamnation de la doctrine de ces trois hommes, qu'on appela condamnation des Trois-Chapitres^ n'avait au fond rien d hétéi'odoxe, les trois auteurs incriminés ayant soutenu des opinions erronées. Mais le vice de cette condamnation était d'être prescrite par une autorité absolument incompétente. Le pape ^ igile, caractère dépourvu d'énergie, eut 1^ faiblesse, à

1. Jeaa Ducu, Vie d* saint Giégoire, 1. M, o. xiit. Micib, tome LXXV,

ool \n.

Z. J^Frs T. n» 6S4.

.T. Sil *(':>■« /'lait né en Campanie et avait pour père le pape lînrmisfÎHs. marié ftviiut jiii |i/i>ijinlion aux onlrei LHii'.r l'om\f.^\ 2..0,. Vi^jU») éiait roiuiiiii il fiin fin <<)ii-iil Je;in ^l.i/jfr t onr.i/., • 2%;.

42 HISTOIRE GÉNÉRALE DE l'ÉGLISB

la suite d'intri^es inutiles à raconter ici, de souscrire à l'anathème des Trois-Chapitres, à la requête de l'empereur. Il se rétracta d'ailleurs et expia douloureusement sa faute. Encore que les événementsau milieu desquels Vigile eut à gouverner l'Eglise soient pour sa mémoire des circonstances bien atténuantes, et malgré les réserves qui sauvegardèrent son orthodoxie ', la conduite du pape Vigile doit être blâmée. Mais il serait souverainement injuste de tirer de sa conduite, comme on a voulu le faire quelquefois, un argument contre l'infaillibilité pontificale *.

CTest sous le pontificat de ce même Pape, en 554, que l'empereur Justinien, cet étrange monarque, dont la politique, comme la vie privée, fut toute en contrastes, publia sa fameuse 8an^iion*îi"* Pragmatique Sanction, qui confirma et augmenta considéral'empereur blement les pouvoirs temporels des Papes. Désormais l'évêque de Rome eut une part dans la nomination des administrateurs des provinces, reçut leurs serments, veilla à l'accomplissement des instructions qui leur étaient données à leur entrée en charge '. En cas de déplacement, il eut le droit de vérifier leurs comptes ; en cas de destitution, il eut le droit, pendant cinquante jours, de les citer devant son tribunal pour malversations ♦. Avec trois citoyens, il fut chargé du soin de toutes les affaires municipales, telles que l'entretiea des bains, aqueducs, ponts, murailles, ainsi que de Tinspection des prisons et des marchés •. Le jour du combat, il devait être le premier sur les remparts. Il était désormais le protecteur légal de chacun contre les exigences des soldats, les vexations du fisc et les fraudes des juges *. Un Pape que son expérience des affaires politiques et admi-

i. En souscrivant la condamnation, le pape Vigile avait ajoaté la claosa «uivaale : Salva in omnibus reverentia Synodi Chalcedojiertsis. t Ces réierves, dit Mgr Dncliesne, étaient si claires et si précises, que nnl monophysite n'aurait pu les signer sans faire ainsi une abjuration complète i . lievn* des Questions historiques, 1884, p. 406. Cl. Grisar, llisioire de Rome et det Papirs. t. I, l" partie, p. 134-138.

2 Par exemple Do^auRcia, sous le pseudonyme de Janus, à la veille da Concile du Vatican, dans son pamphlet, Le Pape et le Concile, Iraductioa Giraud Tenlon, Paris, lîn59, p. 84, 85.

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