‹ Histoire générale de l'Église (volume 3)Chapitre 155 sur 284 · Lapôtu, L'Europe et le SaitU-Siêge, p · texte numérisé non relu

Lapôtu, L'Europe et le SaitU-Siêge, p

l'église chez les peuples barbares 265

d'une ténacité indomptable, avait d'abord suivi la carrière paternelle et administré pendant plusieurs années une slavinie. Puis on l'aviit vu abandonner ses hautes fonctions, se retirer dans une laure et y mener la vie d'un ascète. Chargé de la direction et de la réforme d'un important monastère, il avait eu l'occasion d'y révéler, plus encore que dans l'administration civile de son district, les infinies ressources de son caractère. Tout autre était la nature de Constantin. Doux, pensif, mys- Biographl* 4« tique, il aimait l'étude et la solitude. On l'appelait et il se ' '* plaisait à ce qu'on l'appelât le philosophe. Compagnon d'études du jeune prince Michel, le futur empereur Michel III, il avait étudié sous les premiers maîtres la poésie, l'histoire, les mathématiques, la dialectique. Pour échapper aux honneurs que lui oH'raient l'impératrice mère Théodora, qui l'aimait comme un fils, et le grand logothète • Théoctistos, qui voulait lui donner sa fille en mariage, Constantin avait fui dans une île de la mer de Marmara. On l'y retrouva caché au fond d un monastère. Ordonné prêtre, il dut accepter de son impérial ami, Michel 111, une chaire de philosophie à Constantinople, où il charma ses auditeurs par la précision de sa dialectique, l'élégance de sa parole et l'élévation de son enseignement.

Il n'y avait peut-être entre les caractères des deux frères qu'un trait commun, mais ce trait chez l'un comme chez l'autre était profondément marqué : c'était un zèle ardent pour le salut des âmes.

Or, au milieu du ix* siècle, un double péril menaçait l'Eglise Un. double p4> sur les frontières de l'empire byzantin : le péril musulman et l'EgliM «a le péril juif. L'audace des fils de l'Islam s'était accrue avec Onent. l'afermissement de la dynastie des Ommiades. En 838, la cité Le péril mianatolienne d'Amorion avait succombé sous le flot d'une armée musulmane. Aux ruines matérielles s'ajoutaient des ruines morales. Le prestige de la science arabe égalait alors celui de la science byzantine et déterminait des défections parmi les chrétiens. Pour le combattre, l'empereur fit appel au brilla*.t professeur de philosophie de sa capitale. Sur les terres

1. Le mot français gni ri^pond le mieux au mot grec de logothète est celai de ministre. Le grand luf^uilièle était une sorte do premier miolstre (Cb. Dudl, Orande Encyctopédie, au mol lot] Uhiiie.)

266 HISTOIKE GÉNÉRALE DE l'ÉGLISB

Saint Cyrille ^^ calife de Bagdad, Constantin rencontra un adversaire dont

défend la foi j^ culture intellectuelle était à la hauteur de la sienne, le sacbrétienDe . ,. . .

contre le calife vant calife Mutawakil. S'il ne parvint pas à le convertir il Mutawakil .

soutint du moins devant lui l'honneur de la religion chrétienne.

L« péril juif. Le péril juif était un peu partout dans l'empire. La guerre aux images avait enhardi les Israélites. Revenus en faveur, ils avaient abusé de leur influence pour déterminer des apostasies parmi les chrétiens. En 812, le patriarche Nicéphore accusait leur doctrine d'envahir l'empire comme une gangrène \ Un mouvement d'ardent prosélytisme s'était principalement manifesté chez les Israélites riverains de la mer Noire ^. La natioa

Cyrille et Mé- ^^^ Khazares était sur le point d'être gagnée au judaïsme. Il

ikede chez lei fallait des hommes de science et de courage pour conjurer le péril. Michel s'adressa à Constantin et à Méthode, qui non seulement préservèrent la foi de ce peuple voisin de l'empire, mais le décidèrent aussi à conclure ime alliance aveu Byzance.

C'est au moment où Constantin revenait de cette mission, accablé de fatigue, déjà attaqué par la maladie qui devait l'emporter plus tard, que les ambassadeurs de Rastiz, duc de Moravie, arrivaient à Constantinople sollicitant des missionnaires. Une fois de plus, l'empereur fit appel au dévouement de Constantin et de Méthode.

Constantin seul était prêtre. Méthode, simple moine, n'avait ▼ée de Cy- encore reçu que la tonsure cléricale. Les deux apôtres furent

fille et de Mé- l'objet, à leur arrivée en Moravie, d'tm accueil enthousiaste. Ukode «n Mo- •' ' , . , i • i

iMitt» Tout les recommandait à la sympathie du peuple morave :

leurs mœurs douces et polies qui contrastaient si fort avec la

rudesse des convertisseurs allemands ', la grave solennité de

leurs chants et de leurs cérémonies liturgiques où le génie

hellénique avait laissé son harmonie, enfin surtout l'emploi de

1. Vita Nioephori, cité dans Pabgoirk, L'Eglise byzantine, p. 283.

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