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K. P. L., CXXVI

270 HISTOIRE GÉNÉKALE DE L'ÉGUSE

. .. . race. Sa perspicacité semble avoir vu plus loin encore. Comme placée sous la s'il avait l'intuition du rôle prépondérant que la Papauté *8»int-srège." allait jouer dans l'organisation du Moyen Age, Swatopluck voulut mettre son empire sous la dépendance immédiate du Saint-Siège, soustrayant ainsi son Etat à la domination éventuelle de toute autre suzeraineté. L'histoire doit retenir le nom du monarque slave qui fut le premier des princes chrétiens à placer son peuple sous la vassalité directe du Pontife romain. On sait, du reste, que cet acte ne put avoir que ht portée d'un grand exemple. L'empire morave ne survécut pas au grand Swatopluck. La Moravie, attaquée l'année même de sa mort, en 894, par les troupes impériales à l'ouest et par les hordes hongroises à l'est, déchirée à l'intérieur par les rivalités des deux fils du roi défunt, Moïmir II et Sw^atopluck II, devint peu de temps après la proie de la Hongrie et de la Bohême.

A la veille même de cette catastrophe nationale, l'œuvre du saint évêque venait d'être frappée d'un malheur plus grand encore, semble-t-il, parce qu'il parut atteindre l'avenir religieux de la race slave tout entière. Et c'est par suite d'un incident des plus vulgaires que le résultat de tant d'ejfforta allait sombrer !

Le parti allemand n'avait pas désarmé. Dans son achar- •écutioDs COQ- nement à exclure l'emploi liturgique de la langue slavonne, un tre Méthode, indigne prélat, d'origine allemande, Wiching, arrivé par l'intrigue à l'évêché de Passau, ne recula pas devant un faux. Par Sopercherîe ^^^ manœuvres qu'il serait trop long de raconter ', Wiching 4e wichiDg. était parvenu à substituer à la lettre authentique de Jean VIII une fausse lettre, laquelle proscrivait absolument la liturgi» slavonne, ordonnait le retour à tous les rites et usages de l'Église latine, soustrayait Wiching à la juridiction de Méthode et le chargeait de faire exécuter les lettres pontificales en Moravie. L'imposture eut d'abord un plein succès. Swatopluck, habilement circonvenu par Wiching, tomba dans le piège. Ce fut pour Méthode le commencement d'une série d'humiliations, d'angoisses, de tribulations, qu'une nouvelle lettre de Jean VIII, trop vague, mal comprise, mal interprétée, ne parvint pas à.

1. Voir le détail dans l'ouvrage du R. P. Làpôtm, L'Europt «t U Sain^ Siège, p. 136 et suiv.

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dissiper définitivement. En SSo, l'apôtre de la Moravie rendit "°J*^^/j"°^ son âme à Dieu, craignant les pires catastrophes pour son œuvre. En effet, un an plus tard, le pape Etienne V, trompé à son tour par Wicliing, qui avait obtenu la succession de Méthode, proscrivait iormellemeat la liturgie slave en ■'appuyant sur la fausse lettre de Jean VIII. Pendant quatre siècles, les Papes, victimes de la même erreur, continuèrent à interdire l'emploi de la langue nationale dans la liturgie slave. Ils ne revinrent partiellement sur lem-s prohibitions qu'à partir du xm« siècle, lorsque le Registre des lettres de Jean VIII, revenu du Mont-Cassin à la bibliothèque pontificale, leur eut permis de constater la criminelle supercherie de Wiching.

L'œuvre des apôtres de la Moravie avait été, malgré tout, Fécondité d«

, . . . . 1 œuvre d«

extraordinairement féconde. L'historien russe Hilferding a pu saint Cyrille

dire que nul héros de sa race n'a plus fait que Cyrille et Mé- thode. thode pour l'avenir des peuples slaves. Ils ont fixé la langue que parlent aujourd'hui des millions d'hommes. Leur action civilisatrice s'est également étendue sur la race tout entière ; ils l'ont exercée à un moment où, la distinction des divers peuples n'étant pas encore bien marquée, leur influence a pu facilement se faire sentir dans toute la grande famille slave. L'histoire de l'Eglise doit constater que presque tous les chrétiens qui, dans le monde slave, se rattachent à l'Eglise romaine, remontent, d'une manière directe ou indirecte, à l'Eglise de Moravie. La Bohême, dont saint Méthode avait converti le duc Borcivoy, beau-frère de Swatopluck, la Pologne, qui reçut des Moraves fugitifs, après la chute de leur patrie, les premiers rudiments de la foi, et la Hongrie, chez qui l'influence des missionnaires bohémiens et polonais fut prépondérante, durent à ces origines latines d'échapper à l'influence byzantine qui devait entraîner les autres nations slaves dans le schisme greo.

An début dn x* siècle, tandis que la Moravie disparaissait f^ Kwnb;

de la carte pohlique de l'Europe, partagée entre les Bohémiens

Bê9 origines, et les Hongrois, plus au nord et plus à l'est, au milieu d'une vaste plaine qui commençait à s'appeler le pays de la Bous ou la Russie, un nouveau centre de puissance slave se fondait. L'entreprenant conquérant Oleg, fils de Rourik, ayant pris d'assaut la ville de Kievv^, sur le Dnieper, avait dit : « Cette La tribu dei ville sera la mère des villes russes ' ». Celui qui parlait ainsi était un Scandinave, de la tribu des Varègues. Mais la nation dont il fixait la capitale était bien une nation slave. Il semblait dans la destinée de cette race de ne trouver l'organisation et l'unité que par des hommes de race étrangère. Qui avait fait l'unité des Slaves dans la presqu'île des Balkans sinon le Bulgare Boris, et l'empire de Moravie sinon les Macédoniens Cyrille et Méthode? Le père d'Oleg, le Varègue Rourik, avait fait à son tour la Russie. Plus grand besoin avait cette nation d'un élément étranger et dominateur, s'il est vrai, comme on l'a dit, que la plaine vaste et nue qu'il habitait, ajoutant son influence à celle de la race, avait incliné l'imagination de ce peuple « à des rêves vagues et vides comme elle-même, plutôt qu'à des conceptions puissantes et à de vivantes images * ». Les Varègues étaient païens comme les Slaves. En se mêlant, la tribu dirigeante et la vaste nation fondirent leurs Situation reli- cultes. Thor, le dieu Scandinave, devint identique au dieu *'Ru88iif\u''^ slave, Péroun. Le christianisme s'y était cependant propagé X» Biècle. dès le début parmi le peuple. Quand, sous le successeur d'Oleg, Igor, les Russes conclurent un traité avec l'empereur d'Orient, « les uns se rendirent sur la colline de Péroun et jurèrent à la manière antique ; les autres allèrent à la chapelle de Saint-Elie et mirent la main sur l'Evangile ' ». Mais les chefs étaient réfractaires à la doctrine chrétienne. « Quand un des guerriers du grand Prince voulait se convertir, dit le vieux chroniqueur russe, Nestor, on ne l'en empêchait pas, ConTersIon de n^^is on se moquait de lui. » La veuve d'Igor, Olga, reçut ^ "'«i^'*'" pourtant le baptême à Constantinople en 955, mais son influence ne paraît avoir déterminé aucun mouvement de conversion parmi les grands.

1. A. Rambaud. Histoire de la Russie, p. 45. La Rous était le nom d'un© bande de Varègues qui avait pénétré en Russie vers 862, appelée, dit-on, par les Slaves.

2. A. Foniu.ii, Esquisse psychologique des peuples européens , p. 396.

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