‹ Histoire générale de l'Église (volume 3)Chapitre 162 sur 284 · E. Uoan. Saint Etienne de Hongrie, p · texte numérisé non relu

E. Uoan. Saint Etienne de Hongrie, p

3. Totum rugnutn viri manu tenehat, dit deSaroltale biographe de «aint Adalbert de Prague. Bollandistet, avril, t. III.

l'église citez les peuples barpares 279

gagner à Dien ses rudes compatriotes tchèques. Il s'était retiré à Rome dans le couvent de Saint- Alexis, pour y mener une ■rie de pénitence et de prière. Une députation des Bohémiens et l'ordre du Pape l'avaient fait retourner dans son pays. Il devait être l'apôte, non seulement de la Bohême, mais de la Hongrie et de la Prusse *.

L'évangélisation du peuple fut l'œuvre de Pilgrim de Paseau, du moine \Voli^'«aiget de quelques autres missionnaires çrecs et latins.

Six ans après îe baptême de son époux, Sarolta donnait le Saint EUenn* jour à un fils qui reçut au baptême le nom d'Etienne et que (979.10M). l'Église devait placer au nombre des saints. Le zèle que déploya saint Etienne de Hongrie à bâtir des églises et des monastères, la vigoureuse promptitude avec laquelle il écrasa im mou- Tement de révolte des vieux tenants du paganisme, lajsagesse et la mesure qu'il mit en toutes choses dans le gouvernement de son pays, la noble simplicité avec laquelle on le vit rendre la justice à ses sujets et catéchiser les pauvres *, l'esprit de justice et de loyauté qu'il apporta dans ses relations diplomatiques avec les autres pe*.. jlas, sa piété filiale envers la Sainte Vierge, à qui il voua son royaume et qu'il aimait à appeler la Grande Dame des Hongrois^ les admirables conseils qu'il rédigea pour l'instruction de son fils, permettent de le ranger parmi les plus grands rois chrétiens, non loin de saint Louis, roi de France. Mais ses deux principaux titres de gloire sont son œuvre législative et l'orientation qu'il donna à la politique générale de la Hongrie.

« Que les lois et les traditions de nos pères, disait Etienne, L'œuvre léglssoient pour nous choses sacrées, car il est ditTicile à un peuple '*' Éiienn"'""* d'exister et de se maintenir s'il renie ceux qui l'ont precéué ». Mais pour lui ce culte de la tradition semble n'avoir été que la condition d'une marche plus assurée vers le progrès. D'aucuns, en effet, hii ont reproché, tandis que d'autres lui en ont lait honneur, d'avoir voulu devancer son siècle. Dans la constitution qu'il rédigea pour son pays, Etienne ne craint pas de

1. Sur saint Adalbert de Prague, voir Acta Sanelorum, avril, t. III.

2. Le pape SylveBlre II disait : Je suis apoatolique, mais le roi Etienne, pat la grÂce du Christ, est apôtre. Ego tum apontolieus; illé oero, nurito Chritti^ est apostoiiu.

rompre, quand il le juge à propos, avec les usages les plus Interdiction chers à sa race. Hardiment, inexorablement, il interdit les des guerres combats singuliers et les guerres privées. Quiconque tirera son privés. sabre pour venger une offense sera condamné à périr par 1^ glaive. 11 apporte à la constitution de son pays des modifications importantes. De ce qui n'était qu'une sorte de commandement militaire, il fait une monarchie. Mais il repousse en même temps la conception antique de la monarchie, qui ab-

Décentralisa- sorbait dans l'Etat toute initiative privée. Par le développetrativc. ment de l'institution des comitats, ou provinces autonomes, il établit une sage décentralisation administrative et sociale. Il veut qu'on respecte dans chaque province la langue, les mœurs, le costume. « Faible est l'Etat, disait-il, qui n'a qu'une langue et des mœurs uniformes *. » Entre la haute noblesse et le peuple il favorise la formation d'une petite noblesse, facile-

Les chevalier», ment accessible, celle des chevaliers, dont il espère beaucoup pour la défense des libertés publiques et de l'indépendance nationale. Il veut que la royauté soit élective, mais se maintienne dans la même famille. Il entend que les étrangers jouir sent dans ses Etats de libertés étendues et qu'on les appelle non des étrangers, mais des hôtes, hospites. Pour faciliter les relations de ses sujets avec les autres nations, il fonde à Jérusalem, à Rome, à Constantinople et à Ravenne des hô-

Respect de la telleries destinées à recevoir les voyageurs hongrois. Il pro-

*"^°** véa. '^" fesse un respect absolu de la propriété privée. Nvd ne pourra être dépossédé de ses biens, même au profit de l'Etat, par mesure de confiscation. En cas de désertion, de trahison ou de lèse-majesté, les biens du criminel passeront à ses enfants « pour que le fils innocent ne soit pas privé de patrimoine à cause du père coupable ».

Plusieurs des réformes de ce grand législateur n'eurent pas le résultat qu'elles semblaient promettre. On ne comprit pas assez les imes ; on ne fut pas assez mûr pour supporter les autres. Mais la Hongrie a le droit d'être ficre qu'un de ses rois et l'Eglise qu'un de ses saints ait proclamé, il y a neuf siècles, des principes d'tme si haute portée morale et sociale.

1. TJnius Unguse uniusque morts regnum imbecille et fragile est. Sanoti Stephani Décret. LI, Alonit. IV.

Par les relations du grand-père maternel de saint Etienne, Saint £|>eDna le duc de Pensylvanie Gyula, qui avait été converti à Cons- Coustantinotantinople, et par les missionnaires que sa mère Sarolta en \.hef étroiteavait fait venir, la Hong^rie chrétienne s'était trouvée d'abord ""«"^ * Rome, orientée du côté de l'Eglise byzantine. Le grand sens chrétien du saint roi lui fit comprendre que la pleine vérité et l'avenir étaient du côté de Rome. Il s'y tourna franchement. Le Pape Sylvestre II, qui vit quels éminents services pourrait rendre à la Chrétienté un royaume catholique situé à l'est de l'Europe, plaça sur la tête d'Etienne, en l'an 1000, la couronne de roi, lui décerna le titre d'apostolique, et lui accorda des droits exceptionnels relatifs à l'organisation des diocèses et à la collation des bénéfices.

Les destinées de la Hono^rie étaient fixées. Pendant tout le Dest-Déesdela Moyen Age, la nation hongroise, fidèle à son poste de combat, sera le rempart de l'Europe contre les invasions tartares et turques. « Pour les Occidentaux, dit M. Sayous, ce qui doit Elle devient le dommer, c est la reconnaissance des services que la Hongrie l'Europe. a rendus à la civilisation en mettant son corps au travers du chemin de la Barbarie '. » « Quand donc, disait Michelet, quand donc paierons-nous notre dette de reconnaissance à ce peuple béni, sauveur de l'Occident ? »

Par la conversion de la Hongrie s'achevait la formation de l'Europe chrétienne. Après mille ans d'efforts, le paganisme n'était pas seulement vaincu partout en Europe ; il était atteint dans les autres parties du monde. Le christianisme débordait sur l'Afrique par l'Afrique romaine, l'Egypte et la néral sur la Nubie » ; il s'étendait en Asie jusqu'à l'île de Socotora, à Ceyian du' XSilnUet à la côte de Malabar; quelques missions s'échelonnaient '-^^ ^ '* ^° '^^ même à travers la Tartarie jusqu'au cœur de la Chine ' ; par l'Islande, devenue chrétienne en l'an mille, et par le Groenland, il allait bientôt gagner l'Amérique *.

Page 1