‹ Histoire générale de l'Église (volume 3)Chapitre 166 sur 284 · jilosLLEH, Ilist. du Motjin Age, p · texte numérisé non relu

jilosLLEH, Ilist. du Motjin Age, p

llia. R^o. de r.^^lise. 19

saint Pierre, auquel il assure, pendant dix ans, selon les

BienfaieantB expressians du Liber Pontificalis, « une ère de sécurité pros résul'ats de ce , , . . -, n > » •- j •

gouTerne- père et joyeuse *», telle qu on n en avait pas connue depuis

™'"^' lon^emps. C'est ce même doux et pacifique Pontife qu'on voit exercer le premier un acte de juridiction suprême sur la légitimité des rois ^ : tant les qualités personnelles des hommes étaient peu de chose dans ce grand mouvement qui venait d'aboutir, en fait, à la constitution de la Souveraineté pontificale I

Peu de temps après ïa mort de saint Zacharîe, un attentat, qui sembla d'abord devoir arrêter le développement de l'autorité des pontifes de Rome, en amena au contraire la reconnaissance juridique, officielle et définitive, et transforma en institution de droit international public ce qui n'avait été jusque-là qu'une situation de fait. Ainsi voit-on les hérésies, en essayant d'ébranler les croyances traditionnelles, déteri^iiner des précisions nouvelles dans le dog-me de l'Eglise. TnT(.)iJon de Nous connaissons déjà la situation politique faite à lltalie tiue'pn.' ift roi par l'invasion des Lombards. On distinguait désormais rilalie loDjbard As- lombarde, qui se développait au milieu de la péninsule, et l'Italie byzantine, qui, de jour en jour refoulée, comprimée par l'expansion des envahisseurs barbares, comprenait néanmoins encore la plus grande partie du littoral, et, au centre, quelques enclaves dont la principale était le duché de Rome. Or, en 750, le roi lombard Aistulf ou Astolphe, qui venait de succéder, l'année précédente, à Ratchis, jugea que le moment était venu de profiter de l'impuissance de l'empereur d'Orient et d'envahir les possessions byzantines. L'armée impériale n'étaitelle pas recrutée d'indigènes? Les ducs n'étaient-ils pas électifs? L'autorité de l'exarque n'avait-elle pas perdu tout son prestige ? Astolphe crut pouvoir s'emparer d'un territoire

1. FTuj'us itaque temporibus in mngna $ecuritate et Imtitia populus m Léo un commixsus dege^is vixit. Lib. Pont., t. 1, p. 435.

2. Voir plus loin la consnllaliou de Zacharie sur la légitimi é do Pépia le Orof.

prnsque en déshérence. Il paraît avoir occupé sans coup fcrir les positions impériales entre le Pà, l'Adriatique et l'Apennin. Aucun document historique n'a conservé le souvenir de cette campagne militaire. L'exarque Eutychius s'était enfui au premier bruit de la prise de Ravenne. En 751, le roi lombard était installé dans le palais des exarcpies impériaux *. TJais l'opinion publique s'émut lorsque, au mois de juin 752, on vit l'armée d'Astolphe, enivrée par ses succès, menacer le duché de Rome. Le duché de Rome, c'était toujours la terre Le duché de impériale sans doute, mais c'était aussi la terre sacrée, le do- .iiais'w terre maine intangible de l'apôtre saint Pierre, Les Romains '^.^^^^^ *eli' n'avaient jamais, du reste, aimé le peuple lombard. Ni la pro- Qieuucé tection que ses chefs avaient souvent accordée aux souverains^ Antipafhie .Ir Pontifes, ni les dons royaux q^u'ils avaient faits à' l'Etat de, ^ouki'." ri.'i?" saint Pierre,, a avaient pu vaincre l'anlipathie profonde nourrie ''"^ ' J^ '"" par les Romains contre ces hommes à la barbe inculte, à l'accoutrement étrange, qui sentaient mauvais, disait-on, et par qui se propageait la lèpre '. Il n'y avait pas de mariages entre Romains et Lombards. Cette répulsion populaire, loin de s'atténuer, s'avivait au contraire à mesure que le peuple lombard se mêlait davantage à la vie romaine. Le bruit se répandit qu'Astolphe avait la prétention de transporter de Pavie à Rome sa capitale. L'exaspération populaire fut à son comble.

Cest au milieu de ces conjonctures qu'en 752, fut élu par le Électioa peuple, en l'Eglise de Sainte-Marie-Majeure, en remplacement du pape Zacharie, un homme capable de comprendre mieux que tout autre la gravité de la situation et d'imprimer à. la po- Ltique pontificale l'orientation que les événements commandaient. C'était le diacre Etienne, (jui fut, sur le siège ponti- Portrait de ce fical, le second de ce nom '. Etienne II était un Romain de race. ^^*"

Orphelin depuis son enfance, il avait été élevé dans le palais même du Latran, dans l'entourage des Papes ses prédécesseurs.

1 . Jieg. Farf., n* 18, cité par DucnBSîm, Les premiers temps de Vetat ponti fical. p 35

i. P. L , XGVITI. 256

3. C'e-t à tort que Jaffé. rtan^ pon admrablo collection dos Regesla Pontificum, en com;itant comme Fti nn'» II un "^lu do ro no li mo't avunt d'avoir été conBacn», appelle noire pipe Éiieune 111. Cete nomenclature de Jaffé n'est pas suivie par les historiens eccl(';sia-liqnei. Mais il est utile de se ^-ouveiiir de cette erreur pour éviter les coulusious (^uand on consulte lei Regesta d'ua pape du nom d'Éticnne.

292 HISTOIRE GÉNÉRALE DE lV^GLISE

Le Liber Pontlficalis résume son caractère en quelques traits d'une grande précision : « défenseur énergique et passionné des églises de Dieu et du peuple chrétien, conservateur décidé des traditions ecclésiastiques », le diacre Etienne était en même temps une âme charitable et tendre « aimant à visiter les veuves et les orphelins * ». Le premier soin du nouveau Pontife fut de négocier avec Astolphe, comme son prédécesseur l'avait fait avec Luitprand et Ratcliis, la cessation des hosti- Kéfçociatious lités. Une légation, composée du diacre Paul, frère du Pape» **" '^^P®. ^^^^ et du primicier des notaires, Ambroise, obtint du roi lombard une trêve de quarante ans. Mais quatre mois ne s'étaient pas écoulés, qu'Astolphe, parjure à son serment*, rompait la trêve et prétendait imposer aux habitants de Rome le tribut personnel d'un sou d'or par tête. La population romaine s'indigna. Le Pape, pour bien montrer au roi que les intérêts dont il prenait la défense n'étaient point ceux d'une nationalité, mais lei intérêts généraux de l'Église, dépêcha à Astolphe deux nouveaux ambassadeurs, choisis cette fois, non dans le clergé romain, mais pcirmi les clercs sujets du roi des Lombards : c'étaient l'abbé du Mont-Cassin et celui de Saint- Vincent de Réponse inso- Vaiturne. Astolphe les reçut avec insolence, leur intimant lenie d'Astol- l'ordre de regagner immédiatement leurs riionastères, sans aller à Rome rendre compte au Pape de leur mission •. Intervention Cependant l'empereur de Constantinople, qui était alors 'ivmîïnreur Constantin Copronyme, se décidait enfin à agir. Mais sa déd Orient. marche, si elle n'était pas inspirée par une ignorance complète de la gravité du péril, était le plus humiliant aveu de sa faiblesse. La nouvelle de l'échec des abbés du Mont-Cassin et de Saint- Vincent était à peine parvenue à Rome, qu'un envoyé de l'empereur y arrivait. C'était \m haut fonctionnaire, le silentiaire * Jean, qui venait supplier le Pape d'intervenir auprès du roi lombard pour arrêter ses incursions. Etienne II essaya de

1. Amator eoelesiarum D«i... fortiaaimui ovtlis tui eum virtut» Dei

defensor... traditionem eoelesiarum firma stabilitate oon/trtnam... vidua» et piijnllos multo mslius visitans. Lih. Pontif., I, 4À0.

2. Inoidens in perjurii reatum. Lib. Pont., I, 441, Jxrri, 8S07.

3. Oblestant 40S minime ad sanotissimum papam deolinare. Lib. Pontifit I, 441.

4 Les silentiaires étaient primitivement les trente officiers du palais Impérial chargés d'y maintenir le silence. Pratiquement, ils étaient devenus de» «ories de chefs de divition ; le i*' silentiaire remplissait les fonctions d'nm chef de cabinet.

détromper l'ambassadeur impérial sur l'efiîcacité d'une intervention diplom: ti:|ue ; il consentit, pour lui faire touchrr du doigt la vérité de ses avis, à faire accompagner le silentiaire par son frère Paul auprès d'Astolphe. Après l'échec prévu de cette nouvelle mission, il notifia nettement à l'empereur qu'il eût à prendre, pour arrêter les insolences des Lombards, le seul moyen efficace, à savoir l'envoi d'une armée en Italie.

Cependant la consternation était de plus en plus grande à Snrexcitatioo Rome et se transformait en véritable panique. Des bruits uon romaioa. sinistres arrivaient de Ravenne. « L'atroce roi des Lombards, disait-on, frémissant comme un lion, ne cessait de proférer les plus terribles menaces contre les Romains ; il parlait de faire couper la tête à tous les habitants de Rome '. »

Dénué de tout secours humain, le saint Pontife convia son peuple à recourir à Dieu par des prières publiques. On multiplia les processions et les litanies. On portait en grande cérémonie, dit l'Annaliste romain, les mystères les plus sacrés, c'est-à-dire les reliques et les statues les plus précieuses et l'image achéropite * du Christ. Il faut sans doute entendre par pri^^ref» pnbll-

là la Sainte-Face, conservée en l'église du Latran. Arrivé à ^"^^ crs&m-

" , séei» par !•

Sainte-Marie-Majeure, chacun se couvrait la tête de cendres en e&^o.

signe de pénitence et on adressait des prières à Dieu devant la

croix stationale, au pied de laquelle on avait fixé un exemplaire

du traité violé par le roi des Lombards '.

Cependant l'armée impériale, demandée par le Pape à l'empereur Constantin Copronyme, n'arrivait pas.

C'est alors qu'Etienne II crut pouvoir faire une première démarche du côté des Francs. Déjà ses prédécesseurs, Grégoire III et Zacharie, avaient demandé à Charles-Martel, à Pépin et à Carloman de se faire leurs auxiliaires dans l'œuvre de la civilisation chrétienne. La situation actuelle était autrement grave et le service sollicité autrement important. Daiis premières d*une première lettre, qui fut portée à Pépin par un pèlerin, marches aa- Étienne II exposa au prince franc la situation de l'Église de Fiauc*.

1. Atroci<iimut rex .. fremem ut teo, ■ptitiferas minas Romanis dirigert non éUnnebat. a^serens otities uno gladio jugulari. Lib. Pontif., I, 442.

2. C"rr\ taratissima imogine... qug achtropsita dicitur. Lib, Pont., l, 4i3. Achéropite, c'est-^-dire non touchée pur la main des hommes (d piiraiit, /£:p, main, iicrouiait, je suis touché).

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