‹ Histoire générale de l'Église (volume 3)Chapitre 19 sur 284 · Siiat Gbégoiub, D«al., 1. Il, ch. m · texte numérisé non relu

Siiat Gbégoiub, D«al., 1. Il, ch. m

l'église dans son centre 49

Le monae barbare devait finir par comprendre celte leçon. Le Moyen Age ne sera pas seulement répoque de Charlemaj^nc et de Godefroy de Bouillon, ce sera l'âge de saint Bruno et de l'auteur de Y Imitation de Jésus-Christ. Un grand courant mystique le traversera, auquel s'alimenteront tous les héroïsmes chevaleresques ; et ce courant, c'est surtout par les moines qu'il se propagera dans le monde.

■i»l. géD. de i'EgUn.

SAINT CriKOOlIiE l.E OKAND

A la mort de Pelage II, les suffrages du peuple, du sénat et du clerg-é de Rome se portèrent sur un disciple de saint Benoît. Election de Le diacre Grciioire, à qui devait incomber pendant quatorze lïOraud (590). ans la responsabilité du gouvernement de I Lgiise, était un moine chétit" de santé, use uar les austérités du cloître *, mais en qui vivait toute la ferveur de l'esprit monastique renouvelé par le saint patriarche des moines d'Occident.

Cet esprit s'unissait en lui au culte des vieilles traditions romaines, qu'il tenait de ses ancêtres. Issu d'une des familles sénatoriales les plus anciennes et les plus illustres, la gens Anicia, il comj)tait parmi ses aïeux un Pape, saint Félix IV*. Son père, le sénateur Gordien, qui jouissait d'une fortune considérable, possédait d'immenses domaines dans plusieurs provinces de l'Italie et en Sicile. Après avoir rempli plusieurs hautes fonctions dans la Cité, le père de Grégoire entra dans le clergé et mourut l'un des sept diacres chargés du soin des pauvres et des hôpitaux de Rome. Sa mère, Sylvia, nature pieuse et douce, se retira dans un petit oratoire, où elle finit également ses jours dans les pratiques de la piété et de la cha-

1. Voiries déclarations do saint Grf^oire Inl-roême dans plusieurs de soi lettres et dans le prologue de ses Morales sur Job . Fo' tasse hoe divinat Providen'ix consiliutn fuit, ut peroussum J(,b percus.--us exitonerem. Pendaut la durée de son ponlilicat, saint Grégoire fut souvent oiili;;t' de passer ■ne partie de ses jours sur un lit; il fut plusieurs fn!"- ji^l-.-< lia i2;ourir.

t. Le Naia île Tillemont, MJn.on-es, t. -WI p .JM.

l'église da>s son centre 51

rite, L'Église l'houore le 3 novembre. Grégoire eut pour tantes sainte Tharsille et sainte Emilienne, dont il fait l'éloge clans ses Homélies et dans ses Dialogues. La sainteté, mêlée au dernier éclat de la grandeur romaine, avait donc veillé sur son berceau.

Saint Grégoire le Grand est un des personnacres les plus Caractêrt g«

o roi uéral de "OD

imiwrtanLs de rhi:itoire. Par ses origines et par son caractère, iK)utiflc&t il apparaît comme le dernier représentant du monde antique ; par la nature et la portée de son œuvre, il doit être considéré comme le fondateur du Moyen Age. Successivement préfet de la ville de Rome, simple moine bénédictin, ambassadeur à la Cour deConstautinople et chef de l'Eglise universelle, saint Grégoire le Grand a traversé les milieux les plus divers. Les faire revivre en racontant son histoire, serait évoquer, en même temps que la figure d'un grand saint, le spectacle d'une période décisive dans la vie de l'Eglise,

On ne sait pas au juste quelle est la date de la naissance de Nalisanc» de tîint Grégt)ire le Grand. On ne peut pas la reporter au delà de (540). 5i0 '. Son enfance dut être témoin des scènes les plus Son enfance. lament-\bles. En seize ans, de 336 à 532, Rome aA'ait été six ^j^^,*^ j*'^"^1^i*'

fois prise et repri.se, et tous les sièges qu'elle avait subis "' ^e l'Italie

• 4 'ix I' j XI ' u /- ' • àcelteépoqu».

avaient été 1 occasion de tleaux sans nombre, uregnu'e nous en

a raconté quelques incidents dans ses Dialogues. En 337, Vitigès, pendant qu'il bloque la ville, fait massacrer les sénateurs qu'il tient en otage. Plus tard, Totila transporte dans les forteresses de Cami^nie une grande partie des survivants. Les Grecs, protecteurs naturels de Rome, se monti-eut parfois aussi cruels que les barbares. On voit le commandant de la garnison impériale accaparer les vivres et les vendre à haut prix •ux habitants affamés '. Mais Goths et Byzantins sont dépassés en atrocité par les Lombards. Les Dialogues de saint

1. Il avait l'âge de discernement en 546, car il a can-^ervi^ la souvenir do terrible siège de Rome par Tolila, qu'il raconte dan» ses Dialogues, 1. 111, eh. XI

S. MonATOM, Scrtofores rcrum il.dioarum, t. I*'. pRocnpr. III. 22.

52 HISTOIRE GÉNÉRALE DE l'ÉGLISB

Grégoire nous rapportent l'histoire de ces quarante prisonniers massacrés pour avoir refusé d'adorer une tête de chèvre consacrée au démon, et celle de ces paysans courageux, qui, saisis par les Lombards, refusèrent de manger des viandes immolées à des idoles et furent pareillement mis à mort '. Le comble de ces calamités fut sans doute, pour l'âme pieuse de Grégoire, la ruine du monastère du Mont-Gassin, envahi de nuit par les Lombards et pillé de fond en comble. Les moines purent du moins s'échapper, emportant avec eux le livre de leur sainte Règle, quelques meubles et quelques manuscrits ^. Les impressions de tous ces événements devaient laisser dans l'âme du jeune patricien je ne sais quelle mélancolie profonde, un dégoût des choses du monde, qui transpire dans ses homélies, dans ses lettres, dans tous ses écrits, et que sa piété solide empêcha seule de se transformer en découragement.

11 est possible d'ailleurs que Grégoire n'ait pas assisté à tous les fléaux dont la ville de Rome fut le théâtre. On conjecture, d'après certains indices, que son père se retira, avec sa famille, pendant quelques années, dans ses terres de Sicile. Mais alors l'enfant, en traversant l'Italie, put voir à quel déplorable état les invasions l'avaient réduite ; les ravages commis par les Francs descendant des Alpes en oo4, la peste s'étendant de la Ligurie à toutes les provinces, les paysans mourant de faim dans leurs cabanes, les loups et les bêtes fauves descendant des montagnes et envahissant les cités, les travaux interrompus, les villages déserts, et, suivant l'expression de Paul Diacre, « le monde paraissant retombé dans son antique silence » *, puis, au milieu de cette solitude effrayante, les quelques survivants, exaltés par leurs soutTrances, croyant entendre dans les nues le son des trompettes célestes et le bruit d'une armée en marche. Les Dialogues nous ont conservé le tableau vivant et naïf de ces terreurs populaires.

Grégoire devait être âgé de 12 à 14 ans quand le pouvoir impérial fut définitivement rétabli à Rome. Il revint habiter

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