Héfélb, Hist. des Conciles, trad. Delarc, IV
Concile d'Éphèse n'ayant jamais été considérée par l'Église comme une défense perpétuelle ', et l'unité de principe et de spiration se trouvant parfaitement conciliable avec la formule Différents incriminée '. L'erreur pourtant n'était pas sans excuse. Les pointa de jue p^res Grecs, notamment les trois grands docteurs cappagreca et des dociens, saint Basile, saint Grégoire de Nazianze et saint dans l'explica- Grégoire de Nysse, n'avaient pas envisagé absolument sous "dï U^sliatT Is même point de vue que les Pères latins le dogme de la Trinité. vie divine. Les premiers avaient considéré avant tout la distinction et la hiérarchie des trois Hypostases divines, qu'ils cherchaient ensuite à concilier dans l'imité et la consubstantialité ; les Latins, au contraire, partaient précisément du point de vue de l'imité et de la consubstantialité divines. D'où des manières diverses d'exprimer leur foi. Les Orientaux, habitués à considérer la hiérarchie des Personnes, préféraient la formule qui fait procéder le Saint-Esprit du Père par le Fils^ et les Occidentaux, accoutumés à contempler dans les Personnes ce qui leur est commun, faisaient procéder le Saint- Esprit du Père et du Fils. Le malentendu était donc explicable. Le premier tort des Orientaux fut [de procéder par la violence ; leur second tort devait être plus tard, (et c'est encore, hélas ! celui de nos frères séparés d'Orient), de refuser leur soumission à l'autorité du Pontife suprême et à l'évidence d'une tradition depuis longtemps établie '. Attitude con- L'attitude du pape Léon III, devant qui la cause avait été saiilrLi^ou^Ili aussitôt portée parles moines latins, fut des plus conciliantes.
•t de Cburie- Celle de Charlemasrne, à qui les moines s'adressèrent aussi maguti. .
comme à leur suzerain *, fut aussi ferme que sage. L'empereur
chargea Théodulphe, évêque d'Orléans, de recueillir les principaux textes patristiques en faveur de l'usage latin, afin de per-
1. Voir la preuve de ce fait dan» Dbchfbhi, Egliaea téparéet, p. 75-98.
2. Au concile de Florence, nombre de Grecs furent étonnés d'apprendre qn les Latins n'admellaieut qu'un seul principe et qu'une seule spiration et qii| le ^^re et le Inls communiquent l'être au Saint-Esprit par c« qu'ils ont d" «ommun, et non par ce en quoi ils diffèrent.
3. On sait que cette question du Filiogue a été le principal prétexte d Pliotius pour (iéclarer le schisme, et qu'il est encore le premier des griefs ar tien lés contre l'Église romaine par l'Eglise schismntique orientale Voir l'Encyclique publiée le 29 septembre (11 octobre) 1595 par le patriarche Aatliyms de ConsliintinopJe et par son synode.
A. Hépèl*. V, 173 r 6.
mettre à ses protégés palestiniens de se défendre contre les accusations d'hérésie. Il assembla ensuite, en 809, à Aix-la- Chapelle, un grand synode, qui approuva l'écrit de Théodulphe. Deux députés furent chargés de porter à Rome les actes de ce concile. Au mois de janvier 810, le pape Léon III donna sa décision. Il distingua nettement la question dogmatique et la question liturgique, si malheureusement confondues par les Orientaux. Au point de vue dogmatique, il approuva pleine- ^jye'p^Me" ment la doctrine de la procession du Saint-Esprit par le Père Souvraja et le Fils. « Celui qui ne croira pas suivant cette foi, dit-il, est condamné par la sainte, catholique et apostolique Eglise. » L'encyclique qui contient ces mots et que le Pape adresse à toutes les Eglises orientales, pour les instruire, « aupri bien que le monde entier », « de la vraie foi catholique », a tous les caractères intrinsèques et extrinsèques d'un acte donné ex cathedra. Quant à la querelle liturgique, le Pape, supposant sans doute, qu'il était imprudent de l'envenimer par une décision trop prompte, jugea bon de temporiser. Il déclara aux ambassadeurs de Charlemagne que, si on lui avait demandé conseil, il aurait dit de ne pas introduire le Filioque. Maintenant, la -
mieux serait, ajouta-t-il, de ne plus chanter le symbole dans le palais impérial, puisqu'on ne le chante pas à Rome. Ensuite, pour donner au monde chrétien un témoignage ostensible de la communauté de foi entre l'Orient et l'Occident, il fit graver sur deux tables d'argent, sans le mot Filioque^ les textes identiques en grec et en latin du symbole de Nicée. Ces tables furent placées dans la basilique de Saint-Pierre '.
L'addition du Filioque^ que le Pape n'avait pas formelle- r'adiliti d
ment interdite aux églises franques, se propagea lentement, PiHi'que se , j , 1 -, 1 11 /".1 1 propave et sa
par une sorte de poussée populaire a laquelle Charlemagne ne géuéralise.
s'opposa pas. En 1014 l'empereur saint Henri obtint par ses instances et comme une protestation contre la négation obstinée des Grecs, qu'on chantât le Filioque à Rome même dans la messe solennelle. On le retrouve admis par les Grecs et par les Latins aux conciles œcuméniques de Lyon et de Florence. Ici encore l'attitude de Charlemagne ne semble pas avoir dépassé la juste mesure qui convenait à un fils respectueux do