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CHAPITRE IV l'église et la féodalité naissante

« Quand l'existence des hommes ne s'étend guère hors de causes d« U l'endroit où ils vivent et meurent, dit M. Guizot, quand l'ab- féodalité. sence du commerce, de l'industrie, du mouvement d'esprit, la nullité ou la rareté des communications matérielles et intellectuelles, resserrent leur pensée dans un horizon aussi borné que celui qu'embrasse leur vue, comment une grande société pourrait-elle subsister? Quelles idées, quelles relations, quels Le» difficulté»

intérêts en feraient le lien et l'aliment? La seule société cnii ^^^ relations

^ favorisent les

soit alors possible est une société étroite, locale comme l'esprit potiteé sociétéa et la vie de ses membres. Et si, par quelque puissant accident, par quelque cause passagère, une société plus vaste est un moment formée, on la voit bientôt se dissoudre, et, à sa place, naissent une multitude de petites sociétés faites à la mesure du degré de développement des hommes et qui bientôt produisent, chacune dans ses limites, un gouvernement de même dimension... Gharlemagne avait arrêté pour toujours l'invasion des Barbares, et des désordres nouveaux ne vinrent plus incessamment s'ajouter à l'immense désordre qui régnait d jà entre le Rhin et l'Océan. La société put commencer en Fiance. Mais elle ne commença qu'en se resserrant *. »

1. GcizoT, Esiais iur l'huloire de France, 3* essai, 9« édition, p. 99»

L'empire carolin^en n'avait été, en effet, ni la translation de l'empire d'Orient, auquel on n'avait rien enlevé de ce qu'il possédait, ni la restauration de l'empire romain, fondé sur de tout autres principes que les siens ; et ce n'était pas encore l'empire proprement dit du Moyen Age, clef de voûte de toute la hiérarchie féodale. L'empire de Gharlemagne avait rempli l'essentiel de sa mission providentielle. Sa persistance avait contre elle les traditions et les mœurs des races germaniques, les nécessités présentes, et, dans une certaine mesure, l'Eglise elle-même.

Les partages La royauté, dans les traditions franques, était moins un royd eu'eg"^ pouvoir suprême qu'une sorte de patrimoine, qui devait être '9'»"c®^^'i*°*' partagé entre les enfants de celui à qui il appartenait. Comme enx grands de Clovis avait divisé son royaume entre ses fils, il était naturel membrent lu que Gharlemagne divisât le sien à son tour : première cause royauté. ^^ faiblesse. De plus, un roi franc, d'après les coutumes nationales, devait être entouré de nombreux compagnons vivant à sa cour, qu'il s'attachait par des présents et des bénéfices, et qui, par l'efTet même de ces bénéfices, lui devenaient redoutables : second péril. Enfin, à la différence des empereurs de Rome et de l'Orient, les rois francs n'avaient point d'impôts ré"-ulièrement assis. Aux contributions irrégulières qui leur venaient des dons volontaires et des tributs prélevés sur les peuples vaincus, ils avaient voulu ajouter la perception d'impôts conçus sur les bases du droit romain ; mais ils s'étaient heurtés à des résistances, dont les édits royaux portent la trace, et s'étaient vus obligés d'y renoncer '. 11 n'y avait chez les Francs ni armée permanente ni troupes soldées. A l'appel du roi, les hommes libres devaient accourir sous les drapeaux, les riches s'équipant à leurs frais, les pauvres se groupant autour d'un grand propriétaire, qui se chargeait de leur équipement. C'est avec ces grands propriétaires que le roi était obligé de compter.

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