‹ Histoire générale de l'Église (volume 3)Chapitre 209 sur 284 · Ibid., VI · texte numérisé non relu

Ibid., VI

comparables à ceux que provoqua la chute de l'empire romain. « Pleure, France ! s'écrie le diacre Florus, car l'empire a perdu et son nom et sa gloire... Au lieu d'un roi, nous n'avons plus qu'un roitelet ; au lieu d'un royaume, nous n'avons plus que des fragments de royaume... Pleurez, montagnes et collines ! Pleurez, fontaines et rochers ! Il n'est plus cet empire qui s'était donné pour mission d'unir par la foi des races étrangères M »

Sur les ruines de l'empire, la féodalité ne cesse de grandir. De tout ce que perd le pouvoir central, celui des seigneurs s'augmente. Le vasselage s'impose à tous les hommes libres, r/organliation On n'est plus sûr d'être protégé si l'on n'est pas l'homme d'un Qé^raHaVet^gâ soigneur ; on n'est plus certain d'être obéi si l'on n'est pas le foriifie. seigneur d'une terre. C'est pourquoi les comtes, jadis simples fonctionnaires publics, ont besoin de devenir bénéficiers d'un domaine. Mais ce domaine, ils le transmettront à leurs héritiers et l'exercice de la fonction publique le suivra. Charlemagne nommait et révoquait ses comtes ; ses successeurs ne le pourront plus. Le capitulaire de Kiersy, en 877, aura moins Les béoéflcas pour objet d'instituer l'hérédité desoffîces etdes bénéfices que de dev/enneaf hé' confirmer un état de choses déjà existant. Dès lors le droit public réditaire». n'existera plus en quelque sorte ; il se confondra av^o le droit privé : qui dira propriétaire dira souverain '.

Nul ne bénéficie plus et nul ne souffre plus de cet étai nouveau que l'homme d'église, évêque ou abbé. La posses sion de la terre qui lui donne la juridiction et l'autorité sociale dont il a besoin, le place dans la filière des suzerains et des vassaux ; et il y trouve, en haut comme en bas, l'ambition, la simonie, la rivalité jalouse. De tous les hommes d'église, nul n'en pâtira plus que le Pape. Nulle part, en effet, plus fjuHe p^t les qu'en Italie, la noblesse n'est remuante, audacieuse, rompue ^i^°^e\}éi&i^^ii«> à l'intrigue et à la conspiration, préparée à l'anarchie par de «^hoses ne si«vieules rancunes, Qu un jour, a la laveur de ces discordes in- loureuses

1. FtoBDS, Carmen de diviaione imperii. Mabillor, Analeeta, I, 388; But. des GauUs, VII. 301-304.

2 GoizoT, Histoire de ta oioiliaation en France, 3» leçon. M. Emile Bourgeois, dans son étude, Le capitulaire de Kieray- sur-Oise, Paris, 1885, a bien diminné la portée qn'on attachait, depnis Montesquieu, à ce caplttilaire, Ipqnel paraît n'avoir rien innov/-, mai» plutôt avoir constaté un état do Cliuàes remoatant jusqu'à Gbarlemagaa.

qB'OT cRDire testines, un ambitieux sans frein, une femme éhontée, s'em- Ueui6. parant du pouvoir, fassent peser sur Rome le joug d une suzeraineté despotique, et que, poursuivant alors la conquête de la plus haute des souverainetés, ils parviennent à faire asseoir sur le siège de saint Pierre la simonie et la débauche ; ce sera pour l'Eglise l'épreuve et l'humiliation suprêmes. Jamais, ni sous Néron, ni sous Julien l'Apostat, ni devant Attila, l'Eglise n'aura couru pareil danger. Mais si, de cette épreuve, elle sort immaculée dans sa doctrine, toujours féconde en saints et en héros, prête à reprendre avec un nouvel élan son œuvre de civilisation et de sanctification dans le monde ; si l'indigne Jean XII devient le précurseur de Grégoire VII et d'Innocent III ; alors, dans ce spectacle, n'aurons-nous pas, au lieu du scandale de la Papauté que l'impiété nous oppose, la preuve la plus vivante et la plus miraculeuse de sa divine vitalité ?

Dernière» Saint Léon III survécut deux ans à peine à Charlemagne. »»néep de saint ^yajjt ^q dej.cendre dans la tombe, il eut le temps de constater avec tristesse 1 impuissance du nouvel empereur, la turbulence de la noblesse romaine, le pouvoir des ducs d'Italie.

Soulèvement ^^ ^*^» ^^^ S^^^ '^^ P^^*^ ^^^ nobles, dit Éginhard, organiàe la noblesse surent un complot qui ne tendait à rien moins qu'à se défaire contre le Pape. , ^ ,, . . , , ttt . i> i i

du Pape par lassassmat *. Léon III, ayant découvert la conspiration, fit arrêter les conjurés et, sans consulter l'empereur, les fit condamner à mort pour crime de lèse-majesté, suivant la loi romaine. C'était user d'un droit qui semblait découler de sa souveraineté. Louis le Débonnaire, doublement humilié de ce qu'une pareille révolte eût éclaté dans xm Etat de son protectorat dès le début de son règne, et surtout de ce que le Pape l'eût réprimée sans avoir recours à lui et en appliquant le droit romain, s'irrita. Une ambassade, à la tête de laquelle était le neveu de l'empereur, Bernard, roi d'Italie, vint exposer au Pape ses réclamations. Léon III invoqua l'urgence de

1, EoiBHAHn, Anvales, a. 815. Ilist. des Gnules, VI, 175; L Astronome, Ù9l.qM la Chron. de SaintDenys. IlUt. des Gaulen, VI, 139.

la répression, qui exi^reait une action prompte, et l'autorité de l-e Pape juati- „, • ' * • • • • X i'T7f + • «e *a con<iuita

Charleniagne, qui n avait jamais impose a 1 htat romain dcvaut lem-

l'usage du droit germanique. En ce moment-là même, de pereur. terribles révoltes se produisaient dans les colonies agricoles de l'Etat pontifical. Pour réprimer la conjuration de la noblesse, le Pape avait fait appel à ses fidèles milices rurales.

Des groupes de mécontents, soudoyés sans doute par le parti 0,® nouvelle» o . ^ e ■ . révoltes agi-

des conjurés, parcoururent les fermes pontificales, excitant le leni l'Italie.

peuple à des représailles contre les milices, répandant partout le pillage et l'incen* 3, soulevant les paysans contre les agents pontiiicaux, exploitau, quelques abus accidentels pour représenter les ofliciers du ^aint-Siègecomme des tyrans. On parlait d'une marche des insurges vers Uome. L'intervention du duc de Spolète, Winigis, envoyé par le roi Bernard, arrêta les rebelles. L'effervescence était à peine calmée, quand le saint et grand Pontife, prévoyant sans doute bien des épreuves nou- Mort de paiut velles pour cet Etat de saint Pierre qu'il avait si fermement gouverné, rendit son àme à Dieu le 12 juin 816.

Le clergé de Rome, préoccupé des dangers que pourrait Etienne IV. faire courir à l'Etat pontifical une politique trop rigide, lui donna pour successeur im pacifique. C'était le diacre Etienne, universellement estimé pour sa pisté, la pureté de sa vie et l'esprit conciliant de son caractère. 11 était de famille noble et avait passé sa jeunesse dans le palais patriarcal du Latran sous les papes Hadrien et Léon *. A peine élu, Etienne IV fit "eu^"*°e* f^. prêter à tout le peuple romain un serment de fidélité à l'em- ^^^ "" seriuent pereur '. Aucun précédent n'imposait cette démarche '. Mais l'empereur. rien n'autorise à penser que le Pape entendait par là abdiquer sa souveraineté. Tout porte à croire, au contraire, qu'il s'agissait d'un serment prêté à l'empereur en tant que protecteur et non en tant que souverain, comme l'expliquera plus tard le pape Serge II dans une circonstanee analogue. Les résultats immédiats de cette politique furent une détente subite dans les relations du Pontife avec l'empereur. Etienne avait, immédiatement après son sacre, notifié son élection à Louis le Dé-

bounairc. Les deux souverains se rencontrèrent à Reims, et, „ ,

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