Jules Rot, Satnt Nicolas /•', p
2. L'épreuve de l'eau bouillante consistait h plonger le doigt, on la main, ou le bras dans uno chaudière d'eau chaude, pour en retirer une bague on tout autre objet qu on y avait jeté. Ou pouvait faire subir l'épreuve par un autre. Ce fut le cns do Tfiilherqe. qui trouva un ri^pondant. Ces épreuves, que Charlemagne recommandait pour m-ttre fin aux guerres et aux querelles, dont Hincmar so fit le clmmpion. mata qu'A'zobard attaqua vi-oureu- Bement, furent nettement condamuées par les Pnp^>:5 nu xir siècle. Vacauparo, L'Église et les Ordalies, d&as Étudex de critijue et dhist. rel., p. iyi-2i5.
romaine mère el maîtresse de toutes les églises '. I,e Pape en clTet envoie deux légats, qui prennent part au concile national, réuni à Metz par Lothaire pour trancher la question. La tactique de pression gouvernementale, qui a fait plier presque tous jusqu'ici, a raison des légats eux-mêmes. Ils font cause commune avec les évêques. Le jugement prononcé à Aix-la- Défection de» Chapelle est contirmé. La cause de la morale publique semble eaux, perdue.
On avait compté sans l'énerî^ie du Pape Nicolas. Le Sou- ^,' Sonveraîn r o r l'oDtife evo-
verain Pontife évoque la cause à son tribunal et réunit un que la cauH* concile à Rome, qui casse les décisions de celui de Metz. Les cIbioqs de» évêques de Cologne et de Trêves, Gunther et Tietgand, sont évêquee. déposés. Ni les instances de Lothaire, à qui l'ardeur d'une passion coupable inspire les supplications les plus pressantes, ni l'arrivée à Rome d'une armée que l'empereur Louis commande en personne et qui bloque la ville, n'ébranlent l'inflexibilité du Pontife. Lothaire renvoie Waldrade et reprend son épouse légitime.
Mais, hélas ! bientôt c*est la malheureuse Teutberge ellemême qui, abreuvée d'injures et de mauvais traitements pa/ son époux, demande au Pape de prononcer la rupture d'un lien qu'elle juge insupportable. Nicolas se souvient que ce Éoergle perefen'est pas pour la tranquillité d'une reine, mais pour la sauve- gaint" Nicolas garde d'un principe supérieur de justice, qu'il a pris la défense du lien conjugal de Lothaire. Il ne cédera pas. Jusqu'à sa dernière heure, il combattra. Il mourra dans la lutte. Et après sa mort, Lothaire viendra faire amende honorable au Mont- Cassin.
Dans l'affaire du divorce de Lothaire, le Pape avait eu pour L'afrnir« de lui la partie la plus saine de l'épiscopat, notamment l'illustre ■^*'1^û<*»- Hincmar de Reims, la gloire de son siècle : c'est contre ce grand évêque qu'il va avoir à lutter dans l'affaire de Rothade.
En 861, dans un concile provincial, l'archevêque de Reims saint Nicola» avait suspendu de ses fonctions l'évêque de Soissons, Rothade, ^"'* tnomphf.!son suflragant, coupable d'avoir déposé injustement un prêtre mar •«• oroiU et mal géré les biens de l'Église. Rothade en appelle à Rome, «ur les èvé- Nicolas I", malgré une défense très habile et très savante ^"***
l. P. L., CXXV, «O.
Hitt. géo. de ITglisa. 23
d'Hincmar, malgré l'appui prêté à l'archevêque de Reims par Charles le Chauve, non seulement oblige Hincmar à réintégrer Rothade, mais le force à proclamer qu'un évêque ne peut jamais être déposé sans l'assentiment du Saint-Siège. En rédigeant dans ses Annales le récit de cet incident, Hincmar ne peut se défendre d'un ressentiment plein d'amertume *. Mais une fois de plus la cause de la Papauté et de la justice a triomphé.
On a parfois appelé Hincmar de Reims le père du gallicanisme et le Bossuet du ix® siècle. Ne pourrait-on pas considérer l'issue de ces deux affaires du « divorce de Lothaire » et du « procès de Rothade », comme la victoire de la Papauté sur les deux premières manifestations du gallicanisme ? Ne reconnaît-on pas le gallicanisme césarien dans l'affaire du divorce royal, le gallicanisme épiscopal dans le procès de l' évêque de
L'anarchîe Soissons ?
féùddle en Ita- i -r»
lie. Plus près du Pape, en Italie, les seigneurs féodaux laïques et
parfois les seigneurs féodaux ecclésiastiques profitaient de l'anar-
jean de Ra- chie pour terroriser le pays, se battre les uns contre les autra' veone. ,
et rançonner les pauvres gens. Le plus redoutable de tous étai-
Sas abus de ce Jean, archevêque de Ravenne, qui avait plutôt les allures d'im guerrier que celles d'un prélat. Il s'emparait suivant son caprice des biens des clercs et des laïques, dépouillait les bénéficiaires de leurs titres, déposait les ecclésiastiques sans aucune forme de procès, faisait main basse sur les biens du Saint-Siège, refusait obstinément de se rendre aux conciles et narguait l'autorité du Pape en se vantant de l'appui de l'em-
II «st excom- pereur. Nicolas n'hésite pas à se mesurer avec ce potentat.
*""°Pape.*'^ * S^'^ ^^ refus réitéré de celui-ci de se rendre à un synode, le Pape lance contre lui l'excommunication majeure. Le Liber Pontificalis nous a laissé de la ville de Ravenne, au lendemain du décret pontifical, un tableau qui nous montre quelle était alors l'autorité morale du Souverain Pontife et le respect des peines spirituelles infligées par le Saint-Siège. Chacun s'écarte de l'exconmaunié et lui ferme sa porte ; ses fournisseurs lui refusent lem-s services ; d'aussi loin qu'on l'aperçKjit, dans ime rue ou sur une place, escorté des gens de
1. Rothadum a Nicolao papa non canonice std potentialiter restitutum. Annales bert., stun. 8ôb, p. m.
LE SAINT EAIPIRE ROMArN 403
sa suite, on s'écrie : « Voici les excommuniés * ». Jean recourt alors à l'empereur qui « l'invite d'abord à s'incliner devant le Pontife, à qui l'Eglise entière obéit ». Louis II consent poiu*tant, sur les instances de Jean, à intercéder pour lui auprès du Pape. Mais c'est en vain. Jean feint alors de se soumettre. Vil Sonmission et rampant, comme tous ceux en qui l'ambition a étoufFé la 'preiui. conscience, il fait, en des termes d'une exagération calculée, une soumission que le Souverain Pontife daigne accepter ! Mais on apprend bientôt que rien n'a été changé dans le gouvernement de Ravenne. De nombreux groupes de Ravennates opprimés viennent porter leurs doléances à Rome. C'est alorr, Réprc^jion que Nicolas prend une décision énergique. Il se rend en per- ex^rcé'e^par sonne à Ravenne, et là, usant de ce droit de directe et immé- '*'"* Nicoia». diate intervention que l'Eglise a toujours reconnu aux Papes sur les divers diocèses, il écoute les plaintes des laïques et des clercs, juge en dernier ressort les causes portées devant lui, ordonne la restitution des biens volés, change le personnel administratif là où il le juge utile, bref, commande en maître dans Ravenne. Accablé par ce coup d'audace, Jean se soumet encore une fois. Mais il paraît bien que cette seconde soumission ne fut pas plus sincère que la première. La déposition solennelle de Jean de Ravenne par le concile da Latran eut seule raison de son obstination.
En même temps qu'il faisait trembler les mdignes princes de p ,^, . ^.. , . l'Eglise, saint Nicolas devenait de plus en plus cher aux fidèles. Pap*. Le peuple, comprenant que l'amour de la justice était la seide inspiration des jugements du Pontife, accourait de partout pour lui exposer ses griefs ou pour lui demander une direction. Saint Nicolas fut un grand justicier, comme saint Grégoire le Grand et saint Louis.
Mais il semblait dit que ce saint Pape verrait se dresser de- Tant lui toutes les grandes puissances du monde. De récents