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R«nai«Baoce travaux sur l'empire byzantin ont montré comment, à mesure politique et ht- , . ,. . . .
téraire de que l'empire carolmgien se désagrégeait, celui de Constanti-
•le au IX» aie- nople brillait d'un nouvel éclat. Quand, en 806, après la paci- *'•• fication de la querelle iconoclaste par la grande impératrice
Théodora, Michel l'Ivrogne, son fils indigne, lui succéda sur le trône, une véritable renaissance politique, littéraire ei <irtistique donnait à l'empire byzantin comme un élan nouveau. Tandis que les politiques rêvaient, à la faveur de la décadence occidentale, de ressaisir l'empire du monde, les lettrés prétendaient restaurer la haute culture de l'hellénisme antique. Le César Bardas, frère de Théodora, se fit le protecteur des études savantes. Platoniciens et aristotéliciens se livraient d'ardents combats. Le plus brillant, le plus actif des habitués de ces joutes littéraires était, à l'avènement de Mi- Pbctini. chel III, un jeune diplomate de 39 ans qui s'appelait Photius. Fils d'un officier de la garde impériale, petit neveu du patriarche saint Taraise, allié à la famille de l'empereur par un de ses oncles qui avait épousé la sœur de Théodora et de Bardas, Photius jouissait par sa famille et par ses relations d'une influence considérable. Mais il était beaucoup plus fier
Son portrait. ^^ prestige que lui donnait sa science. Les ouvrages qui nous restent de lui, cette prodigieuse Bibliothèque des dix mille livreSy comme il l'appelait, analyse sommaire, générale et critique de tous les ouvrages qu'il lisait, sorte de journal littéraire qui a servi de modèle à bien des savants et qui n'a jamais été dépassé, nous donne une idée de l'étendue de ses connaissances, de la puissance de son travail et de la pénétration de son esprit. Les circonstances l'engagèrent dans la politique. Les infinies ressources que devait y déployer son intelligence souple et tenace ont pu faire dire que la politique et l'ambition avaient été les grands ressorts de son existence. Il ne paraît pas qu'il en soit ainsi. Photius est l'homme qui se considère avant tout comme le savant infaillible, l'esprit supérieur, dont l'admiration s'impose à tous. On peut croire qu'il a été sincère lorsqu'il a dit n'avoir jamais ambitionné le patriarcat. La grande passion de son âme est un besoin d'être estimé et admiré, mais pour ses qualités personnelles, et non pour l'éclat qui lui peut venir du dehors. Il est si convaincu qu'il honore le %\
siège patriarcal, bien plus que le siège patriarcal ne l'honore ! Si ^|
cet homme a menti impudemment, s'il a falsifié les textes, s'il f^nractériBti-
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a fait entrer 1 hypocrisie dans ses moyens d action, c est plus humme : l'or-
pour justifier tous ses actes et toutes ses idées, pour éviter une ****' * humiliation à son amour-propre, pour ne pas perdre une parcelle de l'admiration qu'il juge lui être due, que pour gravir un échelon dans la carrière des honneurs : incommensurable et irréductible orgueil de l'esprit, qui n'opère pas moins de ravages dans une âme, ni de troubles dans les sociétés, que les folies de la passion sensuelle ou les âpres convoitises de l'ambition* !
L'homme vraiment perdu de mœurs, le vulgaire ambitieux, Le César Barce n'est pas l'eunuque Photius, c'est le César Bardas . Intelligent, mais sceptique, doué de vraies qualités d'homme d'Etat, mais vindicatif, haineux, et poussant la débauche jusqu'au cynisme, il se donne pour mission de corrompre son royal neveu. La cour de Constantinople devient le théâtre d'orgies im possibles à décrire '. Bardas, élevé par Michel aux plus hautes dignités, affiche publiquement ses relations incestueuses avec sa belle-fille. Le jour de l'Epiphanie de l'année 857, le patriarche de Constantinople, saint Ignace, nouveau Jean-Baptiste, lui reproche son crime, et lui refuse, suivant les règles de l'Eglise, la sainte communion. La vengeance de Bardas éclate. Il arrache au jeune empereur un décret d'exil contre l'impéra- Dfipositioa «t trice mère Théodora, qu'il accuse d'être de connivence avec le ij^uace de courageux patriarche, obtient la relégation de saint Ignace Coastaoïiu»dans une île de la Propontide et fait désigner, pour prendre sa place, Photius. Celui-ci a toujours protesté qu'il avait fait tout au monde pour se dérober à cette dignité. Comblé d'honneurs, protospathaire, c'est-à-dire officier supérieur dans la garde, conseiller intime de l'empereur, universellement honoré pour sa science, Photius savait en outre, en sa qualité de canoniste exercé, que son élection à un siège non légalement vacant serait frappée de nullité. Les démarches faites auprès d'Ignace lutroniBation pour obtenir de lui sa démission se heurtaient à un refus ouus.
obstiné. Finalement Photius consentit. Il était simple laïque,
1. Otte ptyehologie de Photius, an peu différent© de celle qu'on lui attribue or linairement, semble résulter de l'étude minutieuse faite sur sa vie et ses écrits par le P Lapôtre. Voir L'Europe et le Saint Siège à l'époque ea' olinçientie, p. 65-6 '.
2 L'abbé Rohrbachcr y a fait allusion dan" la première édition de soa Hiitoire de l'Église. On a dû effacer le passage dans les éditions suivanles.
il est vrai ; mais on avait déjà vu plusieurs fois des laïques éle vés par les empereurs au siège patriarcal *. Le successeur désigné d'Ignace fut tonsuré le 20 décembre 857 et reçut, les jours suivants, successivement tous les ordres. L'avant-veille de Noël, il fut officiellement élu patriarche par un conciliabule tenu dans le palais impérial. On trouva, pour le sacrer, le jour Ûréfota» As- Je Noël, un évêque interdit qui s'appelait Grégoire Asbesta. Fils de l'ancien empereur Léon l'Arménien, ce Grégoire Asbesta faisait plutôt remarquer en sa personne la hautaine fierté du grand seigneur que l'humilité de l'apôtre. Archevêque de Syracuse, il avait abandonné son poste à la suite des invasions des Sarrasins. Retiré à Gonstantinople, il fut froissé de voir Ignace lui interdire de coopérer à son sacre. En pleine église de Sainte-Sophie, on l'avait vu jeter violemment à terre, par dépit, le cierge qu'il tenait à la main. A partir de ce moment, Grégoire Asbesta ne fît plus que conspirer. Chef d'un petit clan de mécontents, dont Photius faisait partie *, il n'avait plus cessé de faire opposition au gouvernement du saint patriarche ; d'où son interdiction ab officio par ie pape Benoît III '. Le prélat révolté profita d'une occasion nouvelle qui s'offrait à lui, de se venger de son ancien patriarche en consacrant l'usurpateur.
Une fois sacré, Photius, s'il est vrai qu'il eût accepté sa nouvelle dignité à son corps défendant, changea complètement de tactique. Nul homme n'a soutenu ses prérogatives avec plus d'acharnement, nul n'a poursuivi ses desseins avec plus d'hypocrisie et un plus grand mépris de la probité et de la justice.
La majorité des évêques, si l'on en croit Métrophane *, se déclara d'abord contre le nouvel élu. Les droits d'Ignace étaient trop évidents pour qu'il n'en fut pas ainsi. Mais par toutes sortes de moyens on les gagna l'un après l'autre. Cinq opposants lutri«l« de talent encore. Photius désarma leur opposition en proclamant k«tiiu. et en déclarant par écrit qu'il tenait Ignace pour le plus irréprochable des hommes, et qu'il ne ferait jamais rien contre lui.