Abbé ViDiro, Hincmar de Reims, Paris. 1875, p. 167 et i
ordinairement sous la conduite d'un ancien, font chanter Lajoarnée dans l'église les heures de Prime, de Tierce, de Sexte et de ix« siècle. None. Ils célèbrent ensuite la sainte messe, puis s'en vont vaquer aux travaux des champs. Ils restent à jeun jusqu'à l'heure du repas qu'ils prennent au milieu du jour. Cette heure varie sviivant les saisons. Ce jeûne est nécessaire, dit Hincmar, afin que le prêtre soit en état de secourir les malades, les pèlerins qui passent et d'enterrer les morts. Nous savons en effet, par des capitulaires antérieurs, que le prêtre devait être à jeun pour accomplir la plupart de ses fonctions, notamment pour administrer le baptême. Cette règle se relâchait cependant peu à peu à cette époque.
Les prêtres se réunissaient aux calendes de chaque mois Institution des pour conférer entre eux. C'est l'apparition de la coutume des eccléàiasconférences ecclésiastiques. Hincmar veille à ce que ces tique», réunions ne deviennent pas l'occasion de repas, où « l'on vidercdt trop de coupes en l'honneur des anges et des saints ». 11 se préoccupe davantage des repas célébrés à l'occasion de l'anniversaire d'un défunt, où l'on représentait parfois des spectacles bouITons, avec un ours, des danseurs, et des figures de démons appelés talamasques. De grandes difficultés surgissaient à propos des églises qui avaient été bâties sur les terres des seigneurs. Ceux-ci avaient le droit d'élection. II en résultait des abus, contre lesquels Hincmar proteste avec force. Les prêtres seront surveillés par leurs doyens, les doyens par les arc'.iidiacres, ceux-ci par les évêques, et les évoques parleur métropolitain.
Hincmar, mort en 382, n'est ni un philosophe, ni un grand écrivain. Soa style est dilfas, et sa méthode théologique consiste surtout à rattacher un certain nombre de notions à des textes patristiques. Mais, malgré ses défauts et ses erreurs, Hincmar est justement considéré comme une des gloires de l'Eglise de France.
Tout autre est son célèbre adversaire, Ratramne de Corbie. Ratramne de Esprit vif et aventureux, prompt à embrasser les opinions nouvelles, sa vaste érudition et l'élégance de son style lui valent l'amitié des hommes les plus célèbres, de Loup de Ferrières, d'Odon de Beauvais et d'IIildegaire de Meaux. On fiait peu de choses sur sa vie. Toujours en lutte contre
Hist. g*u. de l'Eglise. SI
418 HISTOIRE GÉNÉRALE DE l'ÉGUSE
Ilincmar, à qui il reproche d'accepter sans critique toutes les vieilles traditions ', il abuse, dit-on, de son crédit à la cour de Charles le Chauve pour y discréditer l'archevêque de Reims. Mais cette attitude, si elle a vraiment été la sienne, ne paraît pas avoir détruit la confiance qu'on avait en lui. En 868, peu de temps avant sa mort, le pape saint Nicolas avait demandé à tous les évêqucs de France et même de l'Occident de rédiger une réponse à Photius, qui, dans un manifeste adressé aux Bulgares en 866, puis dans les actes du pseudo-cc" 'ile de Constantinople en 867, avait habilement résumé toas ses
Ratramue ^rriefs contre l'Eglise romaine. Ratramne, simple moine, est preod la «lé- , . " , .
fenne de l'or- désigne pour prendre la parole au nom de 1 Occident. Son
Ire Ph*otiu«^àii ouvrage, divisé en quatre livres, est remarquable de verve, nom de l'Oc- d'érudition et de dialectique. Il ne passe sous silence aucune des neuf accusations portées contre l'Eglise romaine par Photius ; mais il s'attache avant tout au dogme de la procession du Saint-Esprit par le Père et par le Fils, qu'il démontre dans les trois premiers livres. Il défend ensuite le célibat des prêtres, l'insertion du Filioque dans le Symbole et la primauté de l'évêque de Rome. Il termine ainsi : « Nous avons répondu comme nous avons pu à ce que vous nous avez écrit. Si vous en êtes content, rendons grâces à Dieu ; si cela vous déplaît, j'attends votre critique - ». Photius ne put relever le défi. Au moment où paraissait l'œuvre de Ratramne, il était exilé dans un couvent par Basile le Macédonien. Ratramne ne survécut lui-même que peu de temps à la publication de son ouvrage, et mourut la même année (868) ^ Ratramne avait voulu rester simple moine pour pouvoir se livrer plus complètement à la science et à la piété. Son abbé,. Saint PaschH'e Paschase Radbert, s'était démis de sa charge en 851 pour la Radberi. jj^^j^^c raison. Dans la célèbre abbaye de Corbie, où, sous la direction de saint Adalard et de Wala son frère, s'étaient rencontrés Ratramne, le savant moine, Anschaire, l'apôtre des Scandinaves, Warin, l'abbé de la Nouvelle-Corbie, Hildemanii et Odon de Beau vais, une ardeur égale enflammait alors le*
1. Par exemple la tradition delà Sainte Ampoule, do Reims, dont il est fait nicniioQ pour la iiromière fois dans les écrits d'Uincmar. ■i P. L., CXXI. 3^fi.
;', Ustoire lirdraive, V, 332 et ■•
moines pour la science et pour l'apostolat. Théolofrien précis et n«rartère de pénétrant, écrivain sobre, clair, mais sans envolée, raschase cette époque. Radbert est peut-être l'homme qui représente le plus exactement la science théologique de son temps, science faite encore de compilations, de récapitulations et de soudures, qui s'appuie surtout sur l'autorité de l'Ecriture et des Pères, sans grand élan pour l'invention et pour la philosophie, mais oîi l'esprit interrogateur s'éveille parfois et poursuit avec avidité des problèmes pratiques. Les commentaires de saint Paschase Radbert sur saint Mathieu et sur le prophète Jérémie, ses traités Du corps et du sang de Jésus-Christ et De Cenfantement de la Vierge, ses biographies de saint Adalard et de Wala, sont marqués au coin d'un esprit solide, érudit et plein d'onction.
Un seul homme, au ix* siècle, ouvre la voie aux spéculations métaphysiques, et il le fait avec une impétuosité et une hardiesse qui déconcertent les esprits de son temps et le conduisent lui-même sur les confins de l'hérésie : c'est Scot Eri- S;otÉrigè«e. gène. Ce génie solitaire, qui ne fonde aucune école, construit un système dont la puissante originalité étonne encore aujourd'hui les penseurs.
Le début et la fin de la vie de Scot Ériugène ou Érigène sont pleins de mystères. Venu d'Ecosse ou d'Irlande, reçu avec faveur à la cour de Charles le Chauve, « auprès de ce prince instruit de bonne heure par une mère dont l'érudition étonne les évêques, à côté de ce Franc énergique et d'une imagination byzantine, qui se plaît aux subtiles discussions de la théologie comme aux dessins des manuscrits enluminés de pourpre et d'or ' », le génie spéculatif, subtil et mystique de Scot Erigène se déploie librement. Il traduit du grec les ^ traduit d« œuvres du Pseudo-Denis l'Aréopagite ; et cette traduction du '^'"^ !«•« œttprofond philosophe néo-platonicien du v® siècle', excite les doDeni- l'Ainquiétudes du Pape saint Nicolas, qui réclame le contrôle de l'ouvrage, et qui n'ose pourtant sévir. Elle provoque l'étonnement des hommes les plus éminents de l'époque : « Comment, dit le savant Anastase, un homme né sur les confins