P. L., CXIX
Sous Hadrien II, l'ambition d'Arsène ne connut plus de bornes. 11 n'avait pu réussir à faire monter sur le siège de saint Pierre son fils Anastase, il entreprit de faire entrer dans la famille pontificale son fils Éleuthère. Le pape Hadrien, qui s'était marié, nous l'avons ^•u, avant de recevoir les ordres majeurs, avait une fille. Un mariage d'Elcuthère avec la fille du Pape ne pouvait que ralTcrmir et rehausser la situation de l'apocrisiaire. Mais Hadrien, ayant déjà fiancé sa fille à un autre prétendant, refusait son consentement. C'est alors Aitenut qu'Éleuthère tente im coup de force. Il enlève la fille et la •i'Eleuthèr*. femme du Pape, et, l'empereur Louis ayant, à la demande d'Hadrien, envoyé des troupes à la poursuite du ravisseur, celui-ci, traqué par la police impériale, assassine l'épouse et la fille du Pontife. Pendant ce temps, Arsène se rendait au sud de l'Italie, où se trouvait la cour impériale, pour y intercéder et y intriguer auprès des princes francs ; mais saisi par une maladie subite, il mourut tristement en route, sans avoir ^fori^'iriàn* reçu les derniers sacrements. Ses serviteurs voulurent ramener son corps à Rome, mais arrivés aux environs du Mont- Gassin, ils furent tellement incommodés par l'odeur nauséabonde qui se dégageait du cercueil, qu'ils enfouirent précipitamment le cadavre de l'apocrisiaire dans un pré de l'abbaye. Les religieux du monastère, témoins de la scène, en consignèrent le souvenir dans leurs archives *.
Éleuthère, arrêté et jugé, fut mis à mort. Anastase, soup- condamnaHoa
çonné d'avoir conseillé le crime, fut excommunié par Hadrien : «* ,eiécutioo . ... d Éleulbèra.
mais devant ime assemblée du clergé romain il réussit à se
disculper et le Pape le rétablit dans ses fonctions.
Ce scandale, dont Hadrien n'était que la malheureuse victime, rejaillit dans l'opinion populaire sur le Pape et sur la Papauté. Plus tard, sous Jean VIII, on n'avait pas fini, même dans les monastères, de rappeler le souvenir de la sanglante aventure, en y mêlant sans respect le nom du digne Pontife, et le successeur d'Hadrien était obligé d'envoyer à Berthaire, abbé du Mont-Cassin, cette verte remontrance : « Qui êtesvous donc, pour parler de la sorte d'un si grand Pape, pour mordre sur son cadavre comme un chien ' » ?
1. Bihliotheca catsinensis, III, 139-140. Annales bertin , ann. 868.
2. LawiRriLD, Epitt. yonlif. roman, inedilœ, p. 25. Cité par LAPÔrai, p. 228.
J.Vntonrage Autour du Pape et faisant pour ainsi dire l'assaut perpétuel du souverain rontiticat, se trouvaient d autres personnages peu recommandables, comme ce Sergius, maître de la milice, qui avait réussi à épouser une nièce de Nicolas I®^, et qui, à la mort de son oncle, avait fait main basse sur l'argent destiné aux bonnes œuvres *, et cet autre maître de la milice, Georges d'Aventino, voleur, débauché et assassin, qui était entré dans la famille du pape Benoît III et à qui la justice pontificale devait un jour faire crever les yeux '.
D'un tout autre caractère moral était un homme sur lequel Hadrien ne cessa d'avoir les yeux jusqu'à sa mort. C'était
L'éTêqne For* l'évêque de Porto, Formose, que le pape Nicolas avait envoyé en 866 au roi des Bulgares, et dont celui-ci avait voulu faire un patriarche. Obligé de réintégrer son diocèse de Porto, Formose avait obéi, mais en jurant qu'il en sortirait un jour, pour lutter contre l'influence néfaste des prêtres orientaux. Intelligent, habile, d'un caractère impérieux et obstiné, l'évêque de Porto ne cessait de regarder du côté de la Bulgarie. Ses traits émaciés, ses mœurs austères, lui donnaient im prestige de sainteté. On ne l'avait jamais vu manger de viande ni boire de vin. On sut plus tard qu'il n'avait jamais quitté jusqu'à sa mort un cilice, dont les chaînes s'étaient incrustées dans sa chair. L'évêque de Porto était une puissance. Le pape Hadrien eut le courage de lui refuser son transfert en Bulgarie '. C'eut été violer les règles du droit canonique à cette époque, que de faire passer un évêque d'un diocèse dans \in autre. D'ailleurs, avec ses idées trop étroites, ses antipathies trop absolues contre les rites orientaux, ses allures trop impérieuses et trop cassantes, Formose risquait, malgré ses vertus réelles, de compromettre la cause de l'Eglise latine. Mais, en le maintenant Il devient le en Italie, on n'évitait pas tout péril. Autour de l'évêque de
parti de mé- Porto se formait un parti de mécontents. On voyait dans son
«oûlents. entourage, et même dans son intimit''\ des hommes perdus d^
réputation, mais redoutés, comme Georges d'Aventino. Quand^