‹ Histoire générale de l'Église (volume 3)Chapitre 265 sur 284 · Eût de VÈgl'se, IIî, 22S · texte numérisé non relu

Eût de VÈgl'se, IIî, 22S

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déposer leur épée pour y vivre d'une vie de retraite et de silence. C'est là, parmi ces âmes maîtresses de leurs passions, élevées au-dessus de toutes les considérations mesquines de la terre, qu'Albéric et Hugues pensèrent trouver l'arbitre impartial dont ils avaient besoin. Au pieux Bernon avait succédé, à la tête de l'abbaye, celui que l'Eglise devait placer un jour Saint Odon. sur ses autels sous le nom de saint Odon. Né au pays du Maine en 879, d'abord brillant officier sous les ordres de Foulques le Bon, comte d'Anjou, puis de Guillaume le Pieux, duc d'Aquitaine, Odon avait abandonné 1^. métier des armes pour entrer chez les chanoines réguliers de Saint-Martin de Tours. Là, un jour qu'il lisait Virgile, la grâce le toucha. A partir de ce moment la lecture du poète latin, qu'il avait passionnément aimé, lui parut fade en comparaison de la méditation de la Règle de saint Benoît, dont il fit désormais ses délices. Entré au monastère de Cluny, ses vertus et sa science le désignèrent au choix de ses frères, qui, en 927, au moment où la puissance de Marozie s'étalait le plus impudemment sur l'Eglise, l'élurent pour leur abbé.

C'est à lui que le roi de Provence et le patrice des Romains s'adressèrent pour mettre fin à leurs querelles. Odon vint à Son ascendant Rome en 936 ; il y revint en 938 et 942. Non seulement il ré- •ur Albéric. tablit la paix entre les deux souverains, mais il sut gagner la confiance d' Albéric, qui se dirigea souvent d'après ses conseils. La mort de saint Odon de Cluny, en 942, fut un grand deuil pour l'Eglise, une grande perte pour le « Prince des Romains ». La présence et les avis du saint abbé eussent sans doute détourné, quelques années plus tard, le fils de Marozie, A'bWc fait de l'acte regrettable qui fut la grande faute de sa vie. Aveuglé 'p^HiD^'^r/ïiitT P^r l'aifection paternelle, Albéric persuada au bon Pape ptipe HOU (ils Agapit II que le plus sûr moyen d'éviter des troubles quand s'ouvrirait sa succession au Siège pontifical, serait de faire acclamer dès cette heure par le peuple le futur Pontife romain ; et il désigna pour cette haute dignité son jeune fils Octavien. Rassemblé dans la basilique de Saint-Pierre, le clergé et le peuple jurèrent d'élire pour Pontife, à la mort du Pape régnant, le fils d' Albéric. Rien n'était plus contraire au droit canonique ; aucun choix ne devait être plus désastreux.

Quand, eu 924, Albéric mourut, Octavien fut proclamé

Prince et sénateur de tous les Romains; l'année suivante, aprîs le décès du pape Agapit. il fut acclamé évêque de Rome et chef de l'Eglise universelle. C'était un jeune homme de Portraii d'Ocseize ans, que rien dans sa vie ne désignait pour cette dignité, avien. que tout aurait dîi en écarter. On le voyait peu à l'église. Ses jours et ses nuits se passaient en compagnie de jeunes gens et de personnes perdues de réputation, dans les plaisirs de la table, du jeu et de la chasse, ou dans des voluptés plus coupables encore. On racontait même que plus d'une fois, au milieu d'une orgie, on avait vu le prince boire à la santé du diable. Elevé à la dignité pontificale, Octavien voulut changer de

nom et s'appeler Jean XI 1. C'est le premier Pape qui ait J^n" XTI

donné cet exemple. Mais le caractère pontifical ne changea

rien à ses mœurs, et ne fit qu'y ajouter le sacrilège'. La Providence qui veille sur 1 Eglise se contenta de préserver miraculeusement le dépôt de la foi. dont ce jeune débauché avait la garde. La vie de ce Pape fut le plus monstrueux des scandales, mais son bullaire est impeccable. Nous n'admirons pas assez ce prodige. Il n'est pas un hérétique, pas un schismatique qui n'ait voulu légitimer dogmatiquement sa propre conduite : Photius cherche à justifier son orgueil, Luther ses passions sensuelles, Calvin sa froide cruauté. Ni Serge III, ni Jean XII, d*. Benoît IX, ni Alexandre VI, Pontifes suprêmes, définiteurs de la foi, sûrs d'être écoutés et obéis par l'Eglise entière, ne tenteront de dire, du haut de leur chaire apostolique, un mot qui puisse confirmer leurs désordres.

Jean XII sut même se faire, à l'occasion, le défenseur de l'ordre social menacé, du droit canonique violé et de la vie religieuse compromise.

En 950, le marquis d'Ivrée, Bérenger le Jeune, petit-fils de l'empereur Bérenger qu'avait sacré en 901 le pape Benoît IV, s'était emparé du royaume d'Italie et y exerçait une domination tyrannique. Jean XII, répondant aux vœux de la popidation, implora le secours du roi allemand Otton, qui descendit en Itahe, chassa Bérenger et donna la paix à Rome et h la péninsule. On accueillit le sauveur comme un nouveau Charlemagne. Le 2 février 962, le pape Jean XII le couronna soleu-

1. EiféLi, VI, 187 et s. ; Uakbï, XVIII, 4G5 ; M. G H., S^criptores, III. 342.

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Jean Xll cou- nellement empereur, avec Adélaïde, son épouse, qui fit monter

empereir la sainteté sur le trône impérial. Le sacre d'Otton fut suivi

^ (962)* ^^ ^'^^ traité important, dont on conserve encore aux archives

du Vatican ime copie contemporaine authentique. C'est le

Le f Privilège célèbre Privilegium Ottonis. Parle nouveau pacte, l'empereur

*^'revivr le*'^ garantissait au Souverain Pontife toutes ses possessions ou

droit public revendications temporelles ; le Pape promettait de son côté

du tem;.*» de il x f il • f

Chariemagoe . que ses successeurs, avant leur consécration, renouvelleraient,

en présence de l'empereur régnant ou de ses légats, <( les promesses faites par le pape Léon », Cet acte, daté du 13 février 962, faisait revivre purement et simplement le droit du IX® siècle. Les successeurs d'Otton, Otton lui-même devaient bientôt abuser des clauses de ce traité et intervenir trop autoritairement dans l'élection des Papes, mais le rétablissement de l'empire fut, en somme, un bienfait pour l'Eglise et pour la société. Elle délivra la Papauté du joug odieux de la féodalité italienne.

Dès l'année suivante, en 963, le premier conflit éclata. L'empereur Otton, par un abus de ses pouvoirs et pour se venger d'un procédé .de Jean XII, fit déposer le Pape par un synode et fit élire à sa place le protoscriniaire Léon, sous le nom de Léon VIll. Mais Jean XII réussit à réunir à son tour un con- . cile régulier, qui cassa les décisions de l'assemblée tenue pai Otton. Elles étaient entachées d'un double caractère de nul lité : en condamnant et en déposant le chef suprême de l'Eglise, le prétendu concile avait violé le principe d'après lequel le Pape ne peut être jugé par personne ; et en élisant le protoscriniaire Léon, qui n'était point dans les ordres sacrés, il avait contrevenu à une ancienne tradition, qui voulait que le Pape fut pris dans le clergé cardinal^ c'est-à-dire dans le clergé attaché {incardinatus) à une église.

En défendant cette cause, le jeune Pape défendait, il est Trai, celle de ses intérêts personnels ; mais elle était ausai celle de la justice.

Il défendait ses intérêts spirituels, lorsqu'il prenait fait et

cause pour les moines, favorisait leui's progrès et leur

réforme, et les suppliait d'implorer pour lui la miséricorde di-

jMin xn «t vine. En confirmant dans ses biens et dans ses droits le mo-

«oaMUque. nastère vénéré de Subiaco, il demandait, par une bulle spé-

CiKOy.

LE SAINT EMPIRE RlUlAIN 463

ciale. aux religieux du couvent de « chanter chaque jour, pour la guénson de son àme, cent Kyrie eleison et cent Christe eleison ' ». Sur seize bulles ou lettres qui nous restent de Jean XII, neuf ont pour objet de sauvegarder les droits et prérogatives des monastOres. L'avenir de l'Eglise était là. Sous la direction de saint Maycul, qui continuait les traditions de saint Odon et dont l'œuvre devait être poursuivie par saint Odilon et par saint Hugues, l'abbaye de Gluny voyait se grouper autour d'elle des prieurés, s'alliliait d'autres abbayes, englobait sous sa iuridiclion de nombreux monastères. Une L'Ordr«d« forme nouvelle de la vie monastique apparaissait dans l'Eglise. Au lieu de maisons individuellement autonomes, une fédéra-^ tion de monastères, sous la direction d'une abbaje-mère et d'un Archi-abbé, un Ordre religieux proprement dit venait de naître, exempt au temporel de tout pouvoir civil comme alleu souverain, exempt au spirituel de toute autre autorité ecclésiastique que celle du Pape; puissance considérable, qui devait, par les vertus et par la science, acquérir sur les empereurs et sur les rois, sur les seigneurs et sur les foules, sur les simples clercs et sur les Papes, une influence réformatrice profonde '. L'institution monastique, que la Papauté, même défaillante, avait toujours encouragée et bénie, restaurera à son tour l'honneur de la Papauté décadente ; l'Église saura ainsi trouver en elle-même la force régénératrice dont elle a besoin : d'un de ces monastères protégés par Jean XII, va sortir saint Grégoire VII,

1. r. L., CXXXin, 1024. Pautll voir là ipieîqnae gentiment de repenHf N'i^tait ce qu'une simple formule de chancellerie 7

2 E Cbbsou, L'ordre dt Gluny et la réforttie de l'Eglise, dons La Franc* t^irétienru dan» l'kUtoire, p. 1^1.

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