‹ Histoire générale de l'Église (volume 3)Chapitre 31 sur 284 · LicTure., Divin. in*ttt., VIT · texte numérisé non relu

LicTure., Divin. in*ttt., VIT

Tnx., Apol.f ch. xxxii ; Ad Soapuîam, ch. n.

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de mourir, devant tous ses frères, qu'il détenait, en une cachette, trois sous d'or. Grég-oire voulut infliger au coupable une punition telle qu'elle imprimât au cœur de tous une horreur salutaire pour un péché qui rappelait celui de Judas : « Lorsque le frère sera mort, dit-il, ne l'ensevelissez pas avec les autres rères, mais creusez quelque part une fosse dans le fumier ; mettez-y son corps, et jetez sur lui les trois pièces d'or qu'il a laissées, en criant tous ensemble : que ton argent périsse avec toi ! et vous le recouvrirez de terre

Sous l'influence de ces événements, la tendance à la mélancolie, que nous avons constatée en l'âme de Grégoire, s'aggrava. Nul sentiment, toutefois, n'était capable de le faire reculer en présence d'un devoir à remplir. A cette époque même, il s'acquitta de plusieurs missions que lui confia le Pape Pelage, notamment de négociations difficiles relatives à l'affaire des Trois- Chapitres.

Cependant les fléaux de toutes sortes continuaient à fondre sur Rome et les régions environnantes. Après les inondations, les tremblements de terre et la famine, la peste éclata. Le Pape Pelage fut ime des premières victimes. Rome n'avait plus d'évêque, l'Eglise plus de chef, en un moment où la direction d'un pontife sage et ferme était devenue si nécessaire.

Tous les yeux se portèrent vers l'abbé de Saint-André. Le gaint OrésolM sénat, le clergé et le peuple, d'une voix unanime, l'élurent sans ^'^ Ë^*P* délai malgré ses résistances. 11 accepta, sous la réserve de l'approbation de l'empereur Maurice. 11 espérait que celui-ci, cédant à ses supplications, refuserait une confirmation qui, dans les usages de l'époque, était regardée comme nécessaire. Mais le préfet de Rome, Germanus, intercepta la lettre écrite à

1. Dial., IV, 55. Saint Grégoire ajoDte que le moine coupable monrat CODlril et repentant, et que lui-même ayant compa»8ion de cette Ame célébra fc Boo intention trente messes. Le trentième jour, frère Justus apparut à un de ses frères et lui tiunonça qu'il r^lnil délivré C'est l'oriKine de la dévotion Aa ir mtaiu deS. Gré(i;oiio, qui coubisle à faire dire trente messes de luite pour r&iue d'au trépaa^té.

rétisUocci,

l'empereur par le diacre Grégoire et écrivit lui-même pour solliciter une prompte réponse confirmative '.

Les événements forcèrent Grégoire à faire, malgré ses répugnances, acte de chef. La peste redoublait de violence. Pour calmer le peuple, il se décida à monter à l'ambon de la basilique de Saint-Pierre. De cette voix grêle, faible, cassée, qui l'obligea souvent, dans son pontificat, à faire lire par d'autres ses propres homélies, il fît entendre un discours Par une pro- touchant, que nous a conservé Grégoire de Tours. Puis il orgar»le, {"obtieni "isa une procession générale, pour obtenir de Dieu la cessa- '**u peite *** ^^^^ ^^ fléau. « Les clercs, dit Grégoire de Tours, sortirent de la basilique des saints Côme et Damien ; les moines, de la basilique des saints Gervais et Protais ; les religieuses, de la basilique des saints Marcellin et Pierre ; les enfants, de la basilique des saints Jean et Paul ; les hommes, de la basilique de Saint-Etienne ; les veuves, de la basilique de Sainte-Euphémie ; les femmes mariées, de la basilique de Saint- Clément. » Quand la longue procession des sept groupes de fidèles, dont chacim était conduit par un des prêtres des sept quartiers de la ville, se déroula lentement et pieusement, en chantant le Kyrie eleison, quelque vieux Romain, ayant jadis assisté aux grandes fêtes païennes, put voir combien profonde était désormais la transformation de la Cité. La Rome chrétienne du Moyen Age se révélait pour la première fois.

Les prières durèrent trois jours : « Notre diacre, qui était présent, dit Grégoire de Tours, assure que, tandis que le peuple élevait vers le Seigneur une voix suppliante, quatrevingts personnes tombèrent dans l'espace d'ime heure et rendirent l'esprit ^. »

On rapporte qu'au moment où la procession passait devant le môle d'Hadrien, on vit l'archange saint Michel remettre dans le fourreau une épée de feu, et que le fléau cessa. Mais ce récit

1. Gnio. Bi TotTBB, nist. des Fyancs, X, 1. Toas les faits qui pe rapportont à l'électloù de saint Grégoire nons sont racontés dans ce chapitre de l'hisloiie de Grégoire de Tours avec do» détails dont on no saurait raisonnabloment con ■ tesler l'historicité Us furent racontés ?i l'historien par un de ses diacres qui

j.' te trouvait à Rome et qui fut ténioiu de tous ces événements. La correspon

dance de saint Grégoire confirmerait, au besoin, le récit de Grégoire de Tours.

* 2. GRi<5, M ToOBS, Hist. Franc, X. 1.

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est postérieur de plus de deux siècles * aux événements, et les auteurs contemporains ne parlent point de ces faits miraculeux *. Aussi les Bénédictins de Saint-Maur, dans leur savante édition des œuvres de saint Grégoire, les regardent comme douteux *.

Cependant la nouvelle de l'élection du diacre Grégoire était parvenue à Constantinople. Elle y fut accueillie par l'empereur Maurice, par les membres de la cour, par le patriarche, avec une joie unanime. Seul Grégoire tremblait. Apprenant que ses lettres à l'empereur avaient été interceptées, il songea à se dérober par la fuite au fardeau du souverain pontificat. Les portes de la ville étaient gardées par une foule Fuite de saia vigilante; il gagna des marchands étrangers, qui l'enlevèrent l^ 'ii^uii'ie'l» dans une manne d'osier ; il s'échappa ainsi, erra de grotte en ramène à grotte dans les montagnes et dans les bois. Au bout de trois jours, la foule le retrouva et le ramena à Rome en triomphe *.

Il fallut se résigner au pouvoir suprême. Le 3 septembre, ayant été préalablement ordonné prêtre, Grégoire fut sacré évêque de la ville de Rome. Un peuple immense, emplissant les cinq nefs de la basilique de Saint-Pierre, acclama le nouveau Pape.

Grégoire avait 50 ans environ. Il était de taille moyenne, p^rtr^ii d«

l. Panl Diacre, qui a écrit au tiii» siècle, et Jean Diacre, qui a composé la Tie de saint Grégoire à la (in du ix« siècle, à la sollicitation du pape Jean VIII (872-8^2), ainsi qu'il le déclare lui-même {P. L., LXXV, 61) ne parlent pas •ncore de ce (ait miraealeux.

2 Le diacre de saint Grégoire de Tours, qui assistait à la procession, ne parle pas de ce miracle, ou du moins, Grégoire de Tours, qui donne le récik de son diacre, est moet sur ce (ait; or, on connaît le soin avec lequel l'auteur de YHistoi^e des Francs s'enquiert des moindres incidents miraculeux et l'empressement avec lequel il les raconte.

3. Qnœ narranttÀr de viso angelo et sedata peste dubiœ videntur fidei. P. L , LXXV, 2S0. C est l'opinion adoptée dans la Civilta cattolica, série 16, ▼ol. V, an 1890 : 7Ï ponti/icato di S. Gregorio Magno nella storia délia «ivilta cristitina, p. 29, 30. L'article de la Civilta, non signé, est du R. P. Gribar, s. J., pro(es8enr à l'université d'Inspruck. Cf. Civilta, du 1«' janvier 1S93. p. 191. C'est à tort que les Bénédictins éditeurs des œuvri-s de aaint Grégoire font remontera cette procession de 590 l'origine de la Grande Litdnie ou procession de suint Marc. Le premier docuuient concernant la Grande Litanie est de 598 (Jaffî, I, 1153). Cf. Dvcntun, Origines du culte chrétien, 2« édition, p. 277.

4. Saint Grégoire (ait plusieurs fois allusion à ea fuite. Voir Ep. VII, 4.

r T.., t. LXXVII, (Cl. 855.

M. G. H., Reg., VII, 5, p. 447 et Pattoral^

Saint Gré- les traits amaigris, le teint pâle. Il avait le front large et beau, goire. Yq nez légèrement recourbé, le menton proéminent, l'œil clair, une expression noble et douce dans tout son visage *. Coup d'œil sur Si, par delà la foule qui le saluait de ses vivats joyeux, sa '^cTechré- P^^'^^'^'^ ^^ porta, en ce moment, vers le vaste champ que la tien à l'avène- Providence olfrait à son zcle apostolique, il dut sentir passer ment de Saint j . • . • v u •

Giégoire. sur son iront un de ces nuages de tristesse qui 1 assombrissaient quekjuelois. Le schisme des Trois-Chapitres agitant toujours les provinces de Vénétie et d'Istrie, le nestorianisme persistant en Asie, le monophysisme en Egypte, le donatisme dans le nord de l'Afrique ; en Espagne les dernières secousses de l'arianisme expirant sous le roi Leovigilde ; les Lombards menaçant Rome et jetant l'épouvante dans toute l'Italie ; sur toutes les frontières du monde romain des flots de barbares, venant on ne sait d'où, débordant sans cesse, apportant avec eux on ne sait quel avenir troublant ; au midi, des races souples, mais amollies ; au nord, des races fières, mais indomptables ; l'empereur manifestement incapable de dominer la situation ; une seule force debout et grandissant sans cesse, celle de Tévêque de Rome, celle précisément qu'on venait de mettre entre ses mains, à lui, âme tremblante et corps chétif : qui n'eut été effrayé à ce spectacle ?

U* aoRoisseB Les appréhensions et les craintes du nouvel élu se manifes- Qi. uoiiveau i^gjj^ ^ chaque page de sa correspondance de cette époque. Apprenant que lepatrice Jean, de Constantinople, a encouragé l'empereur à confirmer son élection : « Voilà, lui écrit-il, où votre protection m'a conduit ! Je me plains dé votre amitié, je vous reproche de m'avoir tiré du repos que vous saviez que je cherchais. Dieu vous rende les biens éternels pour votre bonne intention, mais qu'il me délivre comme il lui plaira de tant de périls ' » ! Il écrit à André, du rang des illustres : « Sur la nouvelle de mon épiscopat, pleurez, si vous m'aimez ; car je trouve ici tant d'occupations temporelles, que je me sens

1. .Tenn Diacrb, 1. IV, c. ixxxin, txixiT. Jean Diacre décrit ainsi, d'une maniîïre fort précise, lo portrait de saint Gréjroire. qu'il avait vu au ix« siècle, dans le monastère adc/ivum Scauri. Ce portrait avait été fait peu de temps avant rriévulion dn Grégoire au pontificat Voir dans Mictii, P. L, t LXXV, col 4)1 -4^8, la dissertation d'Angelo Rocca, De imaginibus S. Gregorii Magni.

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