Reg., I, 20. p. 43. P. L., LXXVII. col
l'église dans son centre 73
presque séparé de l'amour de Dieu*. » Et à Théotiste, sœur
de 1 empereur : « On m'a ramené au siècle, sous prétexte de
l'épiscopat... Encore que je ne craig^ne rien pour moi, je crains
beaucoup pour ceux dont je suis chargé. Je me sens comme
battu par les flots de tous côtés ; et quand, après les affaires, ■ ^
je veux rentrer en moi-m(!>me, le tumulte des vaines pensées
m'en empêche, et je trouve mon intérieur loin de moi *. »
Si les âmes les plus propres à remplir une mission sont souvent celles qui en ont le plus redouté le fardeau, c'est sans doute parce qu'elles en ont mieux vu les difficultés et les périls ; c'est aussi, quand elles sont profondément religieuses, parce qu'elles s'abandonnent alors avec plus de confiance à la Providence de Dieu. Le nouveau Pape fut une de ces âmes.
Grégoire avait craint un moment de voir son esprit monas- Ses première» tique se perdre dans l'atmosphère de la cour pontificale ; le introduit le» monde put bientôt s'étonner de voir la cour pontificale ppné- cour°Doatiûtrée par l'esprit monastique. Un des premiers décrets de Gré- «*!«• goire I" eut pour objet d'exclure les la'iques du cubiculum pontifîcis. Il s'entoura des religieux les plus saints et les plus savants et en fit ses conseillers. Jean Diacre parle avec enthousiasme de cette cour de moines installés au palais de Latran ^ Il faut bien reconnaître qu'il n'y avait pas de mesure politique plus opportune. L'heure viendra où les Papes rendront, de parti délibéré, aux la'iques la gestion des affaires politiques. Mais en ce moment, une œuvre urgente s'imposait, qui était de faire régner au centre de l'Eglise catholique le plus pur esprit du christianisme : où pouvait-on mieux le rencontrer que dans cette jeune famiUe bénédictine où l'esprit du patriarche de Subiaco vivait dans toute sa ferveur ?
Dès lors commença pour Grégoire cette vaste correspon- Sa Taste oordance, dont les huit cent quarante-huit lettres qui nous restent "*^ ne sont que les débris *. Aucun Pape jusqu'à saint Grégoire VII ne nous a laissé un pareil monument de son activité,
1. lieç., I. 29, p. 42. P. L., LXXVII, col. 483. 2 Rey., I, 5, p. 6. P. L, LXXVII. col. 448.