‹ Histoire générale de l'Église (volume 3)Chapitre 36 sur 284 · Ep. V, 47. P. L , LXXVII · texte numérisé non relu

Ep. V, 47. P. L , LXXVII

nable, d'adoucir la rigueur de celte loi... » Et il terminait ainsi : « Pour moi, j'ai rempli maintenant mon double devoir : J'ai rendu à mon empereur le tribut de mon obéissance, qui est due à mon empereur, et à Dieu le témoignage de ma conscience, qui n'est qu'à Dieu ' ». Au bout de cinq années, Maurice consentit à modifier la loi dans le sens que demandait Grégoire. Les fonctionnaires furent admis à entrer daas les monastères, à la condition d'avoir préalablement rendu leurs comptes, et les soldats moyennant une épreuve de trois ans dt noviciat.

Relations avec Les débats qui s'élevèrent avec le patriarche de Constantile patriarche , i • i

Jean le Jeu- nople furent plus longs et plus graves. Us eurent pour objet le

°*"' titre de patriarche œcuménique que se décernait publiquement

Jean le Jeûneur. Il faut voir là plus qu'une question de mots.

Jean le Jeu- Grégoire ne s'y laissa pas tromper. Sans doute le titre n'était,

neuf prend le ° ^ •'. ^ ^ . '

nom de pa- comme on l'a dit, pas plus nouveau que précis. On le trouve

triarche œcu- , i-jj i i ' • ^• ' +-u

méûique. dans bien des documents antérieurs, applique aux patriarches

et aux Papes * ; et ce mot, par lui-même, suivant le langage de l'Eglise orientale de ce temps, n'impliquait pas la revendication d'ime suprématie universelle, pas plus que l'épi-

Sens de ce ^hète de catholicos que se donnent encore aujourd'hui les chefs titre, portée ^ •'

de la tendance de l'église arménienne et de l'église chaldéenne, n'est l'indice déterminé le d'une pareille prétention. Mais l'ancien apocrisiaire ne pouvait ^^^^^' se faire illusion sur les vraies tendances qui se cachaient sous cette obstination de Jean le Jeûneur à s'attribuer le titre de patriarche œcuménique. « Oui, écrivait-il, si nous nous arrêtons aux mots, c'est une question de syllabes, mais si nous considérons la malice qui a choisi les mots, il y va d'un péril universel '. » Il se rendait compte du mouvement d'indépendance qui peu à peu détachait Constantinople de Rome. « Les évêques de Constantinople, dit Mgr Duchesne, au lieu de se contenter de la situation déjà excessive et antitraditionnelle qu'ils tenaient des assemblées de 381 et 451, n'avaient plus qu'une pensée : devenir les véritables chefs de l'Eglisô. Infatués de

i. Ep. m, 65, p. L., t. LXXVII, col. 662 et 665.

2. Voir le» exemples cités par le R. P. Pargoiri, L'Eglise byzantine, p 50, et par le R. P. Vailhb, Dict. de Théologie, au mot Conaiantinùple, col. 1333-1334.

3. Si guantitatem sermonis attendimus, quœ sunt syîlabœ; si vero pondus inîquilatis, universa i>ernicies, Ep. Vil, 33, P. L., LXXY1I,SS1.

l'éguse dans son centre 79

leur grande ville, de leur place éminente auprès de l'empereur, incapables de compter pour quelque chose ce qui n'était pas grec, ils s'habituaient à se considérer comme le cci.tre du monde chrétien •. »

L'évêque qui occupait le siège de Constantinople à la fin du Caractère dn i\^ siècle était ce Jean IV, dit le Jeûneur, que Grégoire avait Jeaa. déjà rencontré pendant sa nonciature. Par l'àpreté et la ténacité de son caractère, par la faveur impériale qui lui était acquise, par la réputation imiverselle de sainteté qui lui gagnait les masses populaires, il semblait fait pour susciter un schisme- Son zèle ardent pour la répression des hérétiques lui faiseiit un renom de pure orthodoxie. Il n'est pas rare de rencontrer de pareils sentiments dans les fauteurs de schismes et les initiateurs d'hérésies : c'est la même tendance qui les fait despotes et révoltés, à savoir un attachement excessif à leurs propres idées. Le peuple, qui mesure souvent rorlhodoxie des hommes à l'empressement avec lequel il les voit suspecter celle des autres, s'y laissa facilement tromper. Déjà, dans un concile de 588, Jean IV s'était attribué le titre de patriarche œcuménique, et, au dire de saint Grégoire, il laurait fait en des termes tels, qu'il en aurait modifié le sens traditionnel, en se le réservant à lui seul, à l'exclusion de tout autre *. Les actes de ce concile ne nous sont malheureusement point parvenus et ne nous permettent pas de contrôler l'impression du Pontife de Rome. Jean IV ne tarda pas d'ailleurs à manifester l'esprit d'mdiscipline qui l'animait. Au mois de juillet 5U3, Grégoire apprend qu'un prêtre nommé Jean et quelques moines d'isaurie, dont Affaire de« un prêtre, ont été accusés d'hérésie par le patriarche, et que l'un d'eux, le prêtre moine, a reçu des coups de bâton dans une église de Constantinople. Il se plaint. Le patriarche répond qu'il ignore de quoi il s'agit. Seconde lettre de Grégoire, pleine d'indignation. « J'ai reçu une missive portant votre nom, écrit le Pape, mais je ne veux pas croire qu'elle soit de vous. Qu'j aurait-il de pire, que des serviteurs de Dieu fus-

1. DncHBSii, Eglises séparées, Paris, 1896, 1 vol. in-12, p. 20S.

2. Ad hoc perductus es, ut despecth fratribuif epixcojus appelas solut vocari, Massi, t. IX, col. 1217 Le Liber Ponlificalis donne la riiTme inter* prélation. Dans la notice sur le Papo Boniface 111 (607), il est dit que EccîesÎM conslan'inopolitana i» '11110171 se omnium eoclesiarum sctibebat. Lib. Pont.^ t 1, p. 316.

moiaes d'Isaurie.

sent ainsi traités, et que le pasteur ne le sût pas?... Etrange prédication, d'ailleurs, que celle qui exige la foi à coups de bâton! ' » Et il termine sa lettre en demandant au patriarche de s'expliquer devant son apocrisiaire, Sabinien, qvd est prêt à trancher la question selon la justice.

Après bien des pourparlers, Grégoire finit par faire prévaloir le droit et réhabiliter les prêtres et les moines incriminés. Mais dans sa correspondance Jean le Jeûneur affectait de prendre, presque à chaque ligne, le titre de patriarche œcumé- Energiqnes et nique. Grégoire écrivit alors au patriarche Jean, à l'empereur pt^otesutions Maurice, à l'impératrice Constantine et à l'apocrisiaire Sabide eaint Gré- jj^g^ quatre lettres admirables par l'éloquence, par la sagesse, par la profonde piété qu'elles respirent *. Ce que Grégoire reproche à l'évêque de Constantinople, c'est de troubler l'Eglise à propos d'un vieux titre, c'est de fomenter un esprit de division qui peut mener aux pires catastrophes, c'est de ne pas tenir compte des décisions de Pelage II, qui a proscrit cette dénomination orgueilleuse, c'est de ne pas imiter les évêques de Rome qui, au concile de Chalcédoine, l'ont refusée, de peur de paraître s'attribuer à eux seuls l'épiscopat et le refuser à leurs frères '. Question de mot, dit-on. Mais il s'agit d'un mot qui, en fait, déchire l'Eglise. « Pure affaire de titre j Pure question de mot ! s'écrie-t-il, c'est bientôt dit. Quand l'antéchrist s'intitule Dieu, osez donc dire : pure affaire de titre, pure question de mot ! »

Saint Grégoire A partir de ce moment, Grégoire s'appellera toujours, dans

« serviteur des jgg actes publies, le serviteur des serviteurs de Dieu *. Mfviteurs de ^ • i i> » i i • i •

Dieu. » Quelque temps après, Euloge, patriarche d Alexandrie, Im

ayant, malgré sa défense, donné le nom de pontife œcuménique

dans une lettre, il le lui reproche en ces termes remarquables:

« J'avais dit que vous ne deviez donner ce titre fastueux ni à mo

ni à aucun autre. Je ne puis accepter une appellation qui, en

me rehaussant outre mesure, semble abaisser les autres. Chér-

ir

1. Nom vero atque inaudita est ista prœdicatio, quœ verberibus exigi\, fîdem.Ep. III, 53, P. L., LXXVII, 649.

2 Jaffé, 1357, 1360, 1352, 1358.

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