‹ Histoire générale de l'Église (volume 3)Chapitre 48 sur 284 · Ep. IX · texte numérisé non relu

Ep. IX

fixant à la terre pour trois générations, donnent plus de stabilité aux familles et favorisent un travail plus sagement productif. Il surveille et fait contrôler de très près les fermiers suspects. Dans les pays où il lui est difficile de trouver des fermiers désintéressés, il remplace le fermage par la gestion directe, confiée à des prêtres ou à des moines, qxii administrent paternellement le domaine '.

A tous, intendants, défenseurs et fermiers, Grégoire répète les mêmes maximes, à savoir que les patrimoines sont les biens des pauvres, res pauperum, bona pauperum, utilitates pauperum, qu'il faut rechercher, non pas For, mais la justice éternelle*, qu'un soldat de saint Pierre dot combattre imiquement pour saint Pierre, c'est-à-dire pour la justice et pour la vérité *, qu'il ne faut pas permettre que le trésor de l'Église soit souillé par des manœuvres d'intérêt *.

Il veille à ce que les revenus ne soient pas détournés de leur emploi normal, qui est de racheter des prisonniers de guerre, d'affranchir les esclaves, de soutenir les monastères pauvres, parfois de donner des subsides à quelque grand personnage de la cour byzantine tombé dans la misère, et exceptionnellement d'obtenir des barbares, à défaut d'autres moyens, la paix ou la trêve au prix de l'or.

La sollicitude du saint pontife se porte surtout sur les pau- Yres gens, colons ou esclaves, qui travaillent à la sueur de leur front dans le domaine de saint Pierre.

ooloDt Les colons sont cette classe d'hommes qu'on voit apparaître après Constantin, différents des esclaves et des homme» libres, attachés à la terre où ils travaillent, et dont les empereurs chrétiens Valentinien et Gratien ont réglé la situation légale. Grégoire cherche à adoucir la condition de ceux qui demeurent sur ses terres. Il demande qu'on ne leur impose qu'un travail proportionné aux forces de chacun, il leur permet de se marier librement dans les limites de la colonie. Il leur accorde le droit important de faire parvenir au Saint- Siège leurs réclamations lorsqu'ils se croient victimes d'une

1. Voir sa lettre aux fermiers du patrimoine des Gaulea. Ep. V, 31. l Ep. XIII, 24 M. G. U., Reg , XIII, 37. 8. Ep. I. 36. M. O. H , Reg., I, 39. 4. Ep I, U. U. G. H..i?cy.,I. ki.

inju-îtice de la part des fermiers ou delà part des intendants et défenseurs. Ses jugements sont alors admirables de sage équité. Il exige du défenseur Scholasticus, qu'un colon de l'église de Catane soit, suivant sa réclamation, payé du juste prix •. A un colon de Sicile, à qui on a fait payer deux fois la contribution légale, il demande qu'on restitue le plus-perçu, et qu'on lui rende les objets qu'il a mis en gage. « Qu'on n'oublie pas, ajoute-t-il, de remettre à sa fille la coupe de son père *. )) C'était sans doute un objet que celle-ci avait particulièrement réclamé.

De nombreux esclaves étaient employés dans les patrimoines Les esclarei. du Saint-Siège, aussi bien que dans les domaines des monastères et des évêchés. L'esclavage était encore une institution légale. A Rome même se tenait un marché d'esclaves. Grégoire en a acheté, en a reçu en cadeau, en a envoyé à des amis '. Et l'œuvre de la civilisation chrétienne n'a eu qu'à Attitude de se féliciter de cette sage attitude de l'Eglise. Dans les terres ticnii"èrein*nt" ecclésiastigues.les esclaves étaient resrardés comme les égraux de ^^ ''^'"L ^'^" leur maître devant Dieu ; c'est là qu'ils recevaient l'éducation des eaclayes. morale qui les rendait capables de la liberté. Grégoire s'empressait alors de les affranchir. La plupart du temps il jugeait plus sage de les faire passer de l'esclavage au colonat. Mais lorsqu'il les jugeait dignes de mener la vie d'hommes libres, il les affranchissait pleinement. Il faisait alors souvent la cérémonie de l'affranchissement dans une église, ce qui, suivant 'e code Justinien, leur donnait la liberté complète *.

La lettre par laquelle il affranchit Thomas et Montana, esclaves de l'Eglise romaine, débute ainsi : « Puisque notre Rédempteur, auteur de toute créature, n'a daigné prendre une chair humaine que pour briser la chaîne de notre servitude et nous rendre à l'antique liberté, nous ne saurions mieux faire, à notre tour, que d'avoir pitié de ces hommes que la nature avait fait libres et que le droit des gens a fait esclaves, afin

1. Ut tnercedem sicttt dîgnum ut aeoipîat, tecundum labori» modum. Ep. VIII, 32, M. G. H., Reg., IX, 43. 2 Ep. I, AA, M. G. H., lieg., I, 42. Cui etiam baciolam patris sut restitut

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