Ep. III, 18; XII
4. Lod. Justin, 1. I, tit. 13, De hit qui in eeclfsiis mnrt".minun(ur.
9B HISTOIRE GÉNÉRALE DE l'ÉGLISE
de les rendre, par l'affrancliissement, à la liberté pour laquelle ils sont nés ' ».
Grégoire veille à ce que les évêques et les abbés traitent leurs esclaves avec la même douceur. L'évêque de Ravenne, pour s'être montré injuste envers ses esclaves, s 'attire une verte remontrance. L'évêque de Syracuse reçoit un avertissement sévère, parce qu'il a négligé de sévir contre un propriétaire qui s'était permis de séparer une femme esclave de ses enfants. « Si un pareil fait venait à se reproduire, ajoute le Pape, je me verrais obligé de sévir et de poursuivre par les voies canoniques, non pas le laïque qui a commis l'injustice, mais l'évêque qui l'a laissé commettre ^ ». Aussi voit-on affluer les esclaves fugitifs sur les terres ecclésiastiques. S'ils ont failli, la bonté des pasteurs les relève ; s'ils sont injustement poursuivis, l'autorité ecclésiastique les défend énergiquement. S'ils ne sont coupables que d'ime faute légère, Grégoire veut qu'on ne les rende à leurs maîtres qu'après avoir obtenu de ceux-ci le pardon *.
Une autre catégorie de personnes commence à peupler les
Les commen- patrimoines du Saint-Siège, ce sont les commendati, les re-
***"• commandés ou clients. Des hommes libres fuyant devant les
Lombards viennent se mettre sous la protection de lEglise,
Commence- *^ commendare Ecclesiœ. Grégoire charge les défenseurs du
ment du ré- patronage de ces nouveaux sujets. Les mots de patronage, de gime féodal. ^ . .• j j x- j j -r , r
protection, de recommandation, de delense, tuitio, commen-
datio, defensio, sont de plus en plus usités. C'est la féodalité
qui commence *.
Nous venons d'écrire, à propos du Pape, le mot de « sujet » : il
n'est pas encore absolument justifié. Pourtant le patrimoine de
1. Ep VI, 12. P. t., t. LXXVII, col. 803, 804. 8. Ep. IV, 12. P. L., t. l.XXVII, col (kSI, 682.
3. Ep. III, 1. P. L., t. LXXVII, col. 604 St vero venialem eulpam commi' Êcriiit, dominis nuis, accepta de venia êocram^nto, sine mora ■■•;ddantiir.
4. Salrien avait déjà remarqué ce fait au niili«'a df^s iuvasious : « lo faible dit-il, se donne à un grand, afin que celui-ci le défende», '^c Gurbtm. I)-i,W^ 8. Mais l'iiuporlance des propriétés pontificales et la confiance des populations en la bonté du Souverain Fontife, accélérèrent et {léiiéralisèi ont ce mouvement. Il se produisit malgré la résistance des jurisconsiiUes, car, dit Fuslcl de Coulanges, « le droit romain, qui avait été créé par l'Etat, ne pouvait pfi:» admettre «ne institution qui était l'opposé de l'Etat.. Le patronage et la clientèle étaient donc, sous l'empire romain, des institutions extra-létales ». I.ex ( r (jmes au êyatème féodal, p. 244 et a Hevut do Deux-Mondes, i*' août 1S74, p. 056.
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sami h*i^rre, Ici qu'il se constitue sous saint Grégoire, est presque
un état : « Par l'accroissement et l'achninislration des palri- ^«' nocoir
moines, écrit M. Charles Dielil, Grégoire le Grand posait, pour Siii:..i j-i*-B«.
le jour où la papauté serait émancipée de l'autorité impériale.
les bases du pouvoir temporel '. »
Par là encore saint Grégoire est un initiateur du ^loyen Age. Il l'est aussi par l'autorité qu'il exerce sur les peuples barbares convertis et sur leurs églises.
On a voulu le nier. Pour U. Harnack et pour M. Fustel de ï'" •"^pr^n.ntie Coulanjjes, il n'y aurait pas eu de suprématie pontificale pro- l"^ r .".cIp^ prement dite, du v® au ix^ siècle, mai égard des rois chrétiens é^h<-<- '.hih»ni à l'égard même des églises nationales. Pour ces historiens, »^<''"le pouvoir des Papes serait venu de l'extérieur, et pour ainsi dire du cadre social dans lequell'Eglise s'est trouvée. Tant que le cadre de l'empire romain a subsisté, la papauté en a profité, puis elle a tiré profit de la puissante centralisation opérée par Charlemagne, mais entre ces deux régimes politiques il y aurait un véritable interrègne de l'autorité pontificale. « A cette époque, dit M. Fustel de Coulanges, Rome avait une prééminence, non un pouvoir... l'Eglise chrétienne est alors une fédération de cités, d'églises, dont chacune est une petite monarchie '. » Et M. Harnack soutient qu'à l'époque mérovingienne, la primauté Juridique de l'évêque de Rome n'existait pas. Elle ne serait donc pas essentielle à l'Eglise, elle n'aursut eu sa raison d'être que dans des circonstances extérieures et saint Grégoire le Grand ne l'aurait aucunement exercée '.
Ces assertions trouveront leur critique dans le simple exposé des origines chrétiennes de la France, de l'Angleterre, de l'Allemagne et de l'Espagne *. Qu'il nous sufii^e d'opposer pour le moment aux deux illustres historiens les affirmations contraires du savant auteur de V Histoire de Rome au Moyen Age et de l'éminent éditeur du Liber Pontificalis. « Il ne fauf pas exagérer, dit le P. Grisar, l'importance critique de ce tournant de l'histoire (de la chute de l'Empire romain à la forma-