AiiwB, P. G., t. LXXXYil, col. 3147 et sulY
HISTOIRE GÉNÉRAI.E DE l'ÉGLISE
du Christ la volonté, ou l'absorber dans la volonté de Dieu, c'était donc, au sens de Sophronius, commettre une erreur semblable à celle des deux Apollinaire, qui, eux, retranchaient de cette humanité la partie supérieure, l'esprit, le vôuç. Seconde lettre Le pape Honorius écrivit une seconde lettre. Celle-ci était **° MriL,"^" moins accentuée dans le sens du monothélisme, autant du moins que nous pouvons en juger par les fragments que nous en possédons. Le Pape y distinguait les œuvres de la Divinité et celles de l'humanité. « La nature divine, disait-il, opère dans le Christ ce qui est divin; la nature humaine, ce qui est de la «hair. » Mais il maintenait la défense d'employer les mots d'une ou deux énergies^ d'une ou deux volontés *.
Le Pape fut obéi. Sophronius mourut peu de temps après, avec une auréole de sainteté que l'Eglise allait bientôt consacrer. La masse des fidèles, la foule de ceux que la passion n'aveuglait pas et que la pression gouvernementale ne dominait pas, allait d'instinct vers la doctrine qui sauvegardait le mieux l'intégrité des facultés humaines de l' Homme-Dieu. On se passait de main en main le recueil de 600 textes de Pères de l'Église, que le saint patriarche de Jérusalem avait rassemblés avant de mourir et qui témoignaient unanimement contre le monothélisme *.
C'est alors que l'obstiné patriarche de Constantinoplô résolut de mettre en œuvre im moyen suprême d'action, qu'il te- VEdhise. ^^^* ®^ réserve depuis longtemps. Il fit publier par l'empereur, qui lui donna force d'édit impérial, en 638, une thèse dogmatique dont il était lui-même l'auteur. Ce fut l'Ecthèse (exôeuiç, profession de foi).
l.jOn doit admettre en somme, avec Héfélé, qne le pape Honorius, dans un document qui d'ailleurs n'avait pas la portée d'une définition dogmatique, n'a exprimé aucune doctrine hétérodoxe et que « ce serait une injustice de l'accuser d'hérésie ». Mais * une préoccupation trop constante de conserver la paix, jointe à un défaut de clarté, lui ont fait rejeter la véritable expression orthodoxe et l'ont amené par là même à favoriser l'hérésie » (HàFÉti, Hitt. des conciles, t. III, p. 42). Dès lors il s'exposait à être qualifié plus tard d'hérétique; le mot hérétique n'étnit point alors réservé à ceux qui avaient enseiené l'hérésie, mais était appliqué à tous ceux qui, directement ou indirectement, d'une manière plus ou moins occasionnelle, avaient pu contribuer à la naiseance ou à la propagation d'une hérésie ou d'un schisme. ., 2. Mabsi. t. X, col. 8'J5 896. Ce recueil de saint Sophronius est actnellpmput j>erdu. Mais on peut voir une autre collection de passages des l'ères en fav ur dn d)/ot' élisme dans les œuvres de saint Maxime. Michb, P. G., t. XCl, col. 267 et s.
l'église dans son centre
On y interdisait de prêcher une ou deux énergies dans le Christ, mais on y admettait et on prescrivait de n'y admettre qu'une seule volonté. Un synode réuni aussitôt à Constantinople acclama l'Ecthèse : tous les patriarches orientaux la souscrivirent, et Sergius, frappé par la mort sur ces entrefaites, en viort d'Hono- 639, peu de temps après le pape Honorius,put se dire en expi- '' ' rant que le monolhélisme avait vaincu.
Mais ce coup d'audace et d'autorité eut précisément un résultat contraire à celui qu'en attendaient ses auteurs. Rome :'•• «î^iaoce des ouvrit les yeux; et, à partir de ce moment, ce fui de la part ,/,,> « ,ie l'emdes Souverains Pontifes une résistance qui ne se démentit p^'"®"''' plus et qui alla jusqu'au martyre.
Les papes Séverin, Jean IV, Théodore I" et Martin !•' furent les héros de cette lutte.
L'acte impérial avait prescrit que nulle élection de Pape ne serait confirmée sans une soumission préalable à l'Ecthèse par le nouvel élu. Séverin ' refusa de la contresigner, et l'un de : ses premiers actes fut d'anathématiser le monothélisme. Jean IV *, à peine intronisé, renouvela l'anathème de son prédécesseur. Terrifié, Héraclius déclara, peu de temps avant de mourir (H février 6il), qu'il n'avait été pour rien dans la rédaction de l'Ecthèse, qui était l'œuvre exclusive de Sergius. Théodore I" * se trouvant en présence des deux empereurs, Constantin III et Héracléonas, dont les dispositions paraissaient pacifiques, essaya de les amener à la foi catholique ; mais, quelques mois après, Constantin empoisonné et Héracléonas expulsé laissèrent le trône au redoutable empereur Constant II.
Le clergé et les fidèles, de mieux en mieux éclairés par les Le mond» événements, se groupaient courageusement autour du siège ^,^î,^.r"'''l'^i^o-
de Rome. Ce n'était plus seulement de l'occident, c'était de ''- ^ '* ré»iii-
*^ ' i.iiic^ «le»
l'orient, de plus en plus désabusé, que venaient les adhésions Pape». à la foi du siège de Pierre. De Chypre, de Palestine arri-
■^Pl•y.^ [6i^.
(ti40-642).
r!)'''odore !•
1. Le Lib. Pontif. ne nous dit rien de ses origiaes, sinon qn'il était Romain 0, 328).
2. 11 était Dalmate et son père Venance était Scholasiicut, c'est-à dir* avocat {Lib. Pont., I, 330). Du Cahgb, Glossarium, v» Sdiolasticus.
3 Ttiéodere était Grec d'origine. Son pCire, natif de Jérusalem, avait été évéque, Lib. Poniif., I, 331.
Hi»t. géo. de rEgliïC. •
vèrent, en 6i-3, des protestations indignées contre les menées de l'hérésie byzantine \ Le successeur de Sergius, le patriarche Pyrrhus, démissionnaire et désabusé, revint lui-même, un moment, à la foi catholique ^. De Constantinople enfin vint à Rome celui qui allait reprendre le bon combat de saint Sophronms, avec une ardeur pareille et une science plus profonde, Maxime le Confesseur.
Biint Maxime Issu, vers 580, d'une noble famille byzantine, ancien pre- 4e Loafeaseur. ... . .
mier secrétaire de l'empereur Héraclius, Maxime, que la pos-
Son portrait t^i^ité devait décorer du nom de Maxime le Confesseur et que l'Eglise devait placer sur ses autels, avait renoncé aux honneurs terrestres vers 630 et fait profession monastique dans le couvent de Chrysopohs, de l'autre côté du Bosphore. On l'avait vu, en G33, à Alexandrie, à l'époque des négociations engagées par Sergius avec les monophysites, prendre la défense de la vraie foi à côté de saint Sophronius. C est lui qui, dans un colloque mémorable, tenu en Afrique, et dont les actes précieux nous ont été conservés % avait ébranlé les convictions de Pyrrhus, ex-patriarche de Constantinople, et l'avait amené à confesser la doctrine des deux volontés.
Dans de telles conjonctures. Constant II, si attaché qu'il fût
à l'hérésie nionothélite, ne crut pas pouvoir maintenir l'Ec-
thèse. Il la remplaça, en 648, par un nouvel édit, qu'on appela
Le Type (648). /^, Type ("cui^o;^ règle). 11 était désormais défendu de disputer,
non plus seulement sur les deux énergies, mais sur les
deux volontés, et cela sous les peines les plus sévères. Mais
Maxime ne se laissa pas prendre à ce nouveau piège.
Sur le siège de Rome, venait de monter, en 649, im pon-
Sair.t Mar- ^[[q ^ l'âme indomptable, Martin I" *. Simple prêtre, il
{d4ii-653). s'était signalé déjà par sa science et sa vertu. Apocrisiaire
à Constantinople, il avait été à même de savoir à quoi s'en
tenir sur la pohtique tortueuse des patriai'ches et des empe-
1. Voir, dans Massi, t. X. col. 1)00 et 913 916, lee lettres de Sergias de
Clivpre et d'Klienne de Dora.
2 Lib Pont . t. I, p. 333.
3 Ces artos, très dctnillf's. Ft> froiivpnf dnn«» Maisi, X. col. 709-760 et dans MiGWE, t XCI, col. 287r/i4 Iléfélé en a donné un résumé très complet dan* hist. 'les Cour.,lTn(l Delarc, l. li!, p 62-7';?.
A. li était nô h Tiidertum, ou ïoni, en Toscane, et avait éié légat à Conaantinople. Lil>. Pont., I, 336.
l'kglise dans son centre llo
reurs. Soutenu, aidé, inspiré par Maxime, il réunit, au mois La Concile ro- ' ' ^ ^ ' main dn L*-
d'octobre 649, le fameux concile de Latran où cinq cents traa (649). évèques, sous sa présidence, anathématisèrent YEcthèse^ le Type, le monothéUsme tout entier, avec ses chefs, ses adhérents et ses compUces, Sergius, Cyrus, Pyrrhus, Honorius '.
L'irritation de l'empereur ne connut alors plus de bornes. Irritation de
^ ^ l'empereur
Elle se porta à la fois sur l'évêque de Rome, Martin l*"", sur Coastoni II. son intrépide conseiller, Maxime, et sur les principaux inspirateurs de la résistance. Dès avant le concile de Latran, l'exarcjuc Olympios, chargé d'imposer le Type au Pape, ou de se saisir de sa personne, avait misérablement échoué. L'exarque Calliopas fut plus heureux. Il réussit à occuper H 'ait J^"*^ l'église et le palais du Latran, s'empara du Pape malade, l'em- tin !•', bar([ua furtivement sur le Tibre, dans la nuit du 18 au 19 octobre 653, le traîna pendant près d'un an, de prison en prison, des rives de la Calabre à Naxos, de Naxos à Constanti-
nople. Condamné, en septembre 654, sur la déposition de faux ,, Saint
. , . , r> • o- 'X Martin !•' c««-
tcmoms salariés, comme usurpateur du Saint-Siège, traître a damué et dé-
l'empereur, complice des Sarrasins et blasphémateur de la '^ '^ayu"fl„, ^^
Sainte Vierge, le pape Martin fut déporté en Chersonèse, où,
accablé de mauvais traitements, livré à toutes les horreurs du
froid et de la faim, il quitta ce monde le 15 décembre 654.
L'Eglise l'honore comme un martyr '. Maxime le Confes- Son œariyr».
seur avait subi aussi le martyre pour sa foi. Arrêté avec
deux de ses disciples, Anastase le moine et Anastase l'apo-
crisiaire, il fut successivement dirigé à Bizya, sur la mer
Noire, puis sur la forteresse de Perbera, à l'extrémité de
l'empire, puis à Constantinople. On lui arracha la langue, .Martyre de
, . , • 1 -1 1 1 1 II 8"iijt Maxim»
on Im coupa ia main droite, on le promena dans la ville en et, de «es com-
le frappant de verges ; enfin on l'enrerma dans une prison située pas'ioû».
au pied du Caucase, où il mourut le 13 août de la même année.
Ses deux disciples subirent les mêmes tourments.
Le sang versé pour la vraie foi porta ses fruits. Les tombes
des martyrs devinrent des lieux de pèlerinage. On se rendit
en toule en Chersonèse, prier auprès des restes du pape saint
1. Mahsi, IX, 1157, 1158. 1)e.'*zi5g«r-Bah:»wai!t. Enohiridion, n" 272. t. .' %t> Font., l I, p. 3.58, .\Udsi, X. t<51-«.^4 ; XII. 971. Mighb, P. (}., t. CI, fcî DoLU LicLBuc, Les Alariyrs, luinu IV, p. :i.ii i'i.\
Fin de la per- Martin. Une émotion de sympathie pour les victimes parcourut
sécution. le jjionde chrétien'. Constant II s'arrêta dans la voie de la peisécution. Les caractères les plus déterminés et les plus emportés deviennent impuissants devant un mouvement profond de l'opinion publique. Celle-ci se prononçait pour la cause des martyrs, qui était celle du bon sens et de la logique du Baini dogme. Le pape Eugène *, élu pendant l'exil de saint Mar-
(654-657). tin I®*", put impunément se prononcer poiÉ* la doctrine des deux •iDt vitalieii volontés '. Sous son successeur, Vitalien *, l'empereur se
(657-673). décida à venir à Rome pour y négocier la paix. Ses intentions n'étaient pas aussi désintéressées qu'elles le parurent. Terriblement menacé par les Arabes, devenu impopulaire à Constantinople, Constant cherchait à établir le centre de son gouvernement en Italie et redoutait une opposition de la part du Pape. Celui-ci ne crut pas devoir lui refuser les honneurs dus à la majesté impériale. Mais, peu de temps après, pendant qu'il Mort de Con»- était à Syracuse, Constant II reçut le châtiment de ses crimes et de sa mauvaise foi : il fut assassiné dans son bain parim de CoDftaDtin IV ses serviteurs {octobre 668). Son successeur Constantin IV (668-
(66*I-6S5). ^^^) entretint de bons rapports avec les papes Adéodat (672-
676) etDoNUS (676-678). Constantin IV, surnommé Pogonat ou
Se» victoires, le Barbu, fut un des plus grands empereurs de Byzance. Atta-
peciaqûe.^* 1^^ ^® toutes parts, obligé de se battre contre une de ses propres armées, qui lui opposa un compétiteur, assiégé pendant plusieurs années par les Arabes dans Constantinople, harcelé par des bandes de Bulgares sur ses frontières, il fit face à tous ces dangers. L'exécution de son compétiteur Miziz, la défaite de la flotte arabe par le feu grégeois, que venait d'inventer, dit-on, le syrien Callinicos % la cession aux bandes bulgares de la région qu'on nommera désormais Bul-
1. A la fin du viii» eiêcle, en 787, une lettre de Grégoire II & Léon l'Isanrien, constate que les pèlerinages au lonibeau de saint Martin sont toujours fréquents et obtiennent des guéripons mirncuieuses. lieatum esxe Martinutn testatur oivitas Chersonis, in quant relegatus est, et Bosphori totusgite scpientrio et incoîœ septentrion is, qtti ad monviiierUun' ejus accurrunt et cttrationes accipiunt Mahbi, XII, 972
2. Il était né sur le mont Aventin, h Rome, et avait été clerc depuis soo eniance, clericus a cunabulis. Lib. Pont., I, 341.