‹ Histoire générale de l'Église (volume 3)Chapitre 81 sur 284 · Histoire générale de Lavisbb et Rambaod, t. I, p · texte numérisé non relu

Histoire générale de Lavisbb et Rambaod, t. I, p

2. Les mêmes auteurs qui ont accusé l'épiscopat des Gaules d'avoir négocié par pure politique le mariage de Clovis avec la fille du roi des Burgondes, n'ont vu dans ces premières démarches que les préliminaires d'une tactique plus perfide, ayant pour but de soumettre à Clovis. roi catholique, lea royaumes ariens des Burgondes et des Visigoths. En conséquence de ce dessein, ces évêques. et en particulier saint Avit, auraient favorisé la conquête de leur pays par le roi de France Le caractère des évèques des Gauio- et tout spécialement celui de saint Avit proleste contre cette accusation. « Qui ne voit, dit M. Kurlh, ce qu'aurait perdu l'archevêque de Vienne Ix passer BOUS le joug des Francs, restés aux trois quarts païens, lui qui était l'ami de 60S souverains et qui voyait les Burgondes, conquis par l'exemple de leur priuce royal, revenir chaque jour plus nombreux à sa foi ? {Clovis, p. 36S). L'abhé Goriûi dans ses /..u'A'a- pour la défense de l'Eglise, t. I, p. 256-376, a réfuté par des textes les assertions d'Augustin Thierry & ce sujet.

l'église chez les peuples baf.baues 145

c'est-à-dire d'un état permanent de violences individuelles, de superstitions religieuses et d'instabilité sociale. Ces désordres Per«itUn«« ne disparaîtraient vraisemblenient qu'à la faveur de solides ins- barbarw* titutions politiques. D'autre part celles-ci ne deviendraient possibles et acceptables que par une réforme profonde des individus. La nécessité de cette double tâche simultanée du progrès social ne fut jamais plus évidente qu'au lendemain de la conversion des barbares. Réprimer les instincts brutaux et les tendances dissolvantes par une lutte de chaque jour, en prévenir le retour par l'établissement de bonnes coutumes et de siges institutions : ce fut la mission de l'Eglise. Après lœuvre de l'évangélisation, l'œuvre de la civilisation chrétienne s'imposait.

Le récit des meurtres qui ensanglantèrent les dernières années de Clovis, les scènes de violence qui bouleversèrent les règnes de ses successeurs, présentent sans doute, dans V Histoire des Francs de saint Grégoire de Tours, les caractères de légendes dramatisées par l'imagination populaire ^ ; mais tout fait supposer que ces légendes ont eu pour base des faits réels. Les pénalités édictées par la Loi salique révèlent un peuple violent et brutal, où les attaques par bandes contre les personnes et les biens sont fréquentes, où les routes sont peu sûres, où l'on vole les moissons, les animaux, les esclaves, les hommes libres eux-mêmes. ^lais ce qui n'est pas moins incontestable, c'est que toutes les fois qu'un barbare, fut-il le roi lui-même ou la reine, commettait un de ces crimes, il AcUon eWH-

5'exposait à voir se dresser devant lui la ligrure courroucée ''♦*''''<^^. <*« »'*■

" ghse.

d'im représentant de l'Eglise, a Un jour, raconte la chronique de Frédégaire, il arriva que saint Colomhan se rendit auprès de Bruncbaût. La reine, l'ayant vu venir dans la cour, lui amena les calants que son petit-fils Thierry avait eus de ses désordres. Le saint demanda ce qu'ils voulaient. Brunehaut lui gjjQt coiomdit : « Ce sont les fils du roi, donne leur la faveur de ta bénédic-'*" îi ^/""*" lion ». Colomban répondit : « Sachez qu'ils ne porteront jamais le sceptre royal, car ils sortent d'un mauvais lieu. » Elle, furieuse, ordonna aux enfants de se retirer, et se prépara à tendre au saint des embûches *. » Le chroniqueur ajoute que

i. Ki:iiT!i, Hint. fut. (fnx Mifror.

S. Chrviii'jutf ùe J''rcd( i/nirc, c. xxxi.

llist. jri^H. <le l'r,.',':is'.>. 10

lei BiiperôU-

le roi Thierry n'osa pas poursuivre le saint « de peur de provoquer la colère de Dieu en oiïensant un de ses serviteurs ».

Pas plus que les instincts de violence, les habitudes de superstition n'avaient été aJ^olies par la conversion de Clovis et de ses Francs, Gr'.'goire de Tours raconte qu'un anachorète tioua. priait et jeûnait pour décider les gens du pays de Trêves à renverser une statue de Diane '. L'auteur ancien de la vie de saint Waast rapporte que le roi Clotaire, reçu à diner par un de ses leudes, aperçut d'un côté les vases de bière bénits pour les chrétiens et de l'autre ceux qui étaient préparés pour les libations païennes '. Il arrivait parfois, dit le biographe de saint Amand, qu'une chrétienté, frappée par un présage, une terreur panique, luie inspiration du démon, quittait tout à coup le prêtre, l'église et retournait à ses anciennes superstitions '. Les sortilèges paraissent avoir été fréquents, les sorciers nombreux, même parmi les populations converties au christianisme. La Loi salique condamne à une am.ende de 100 sous celui qui aura fait périr une personne par un breuvage d'herbes magiques. Des chrétiens portaient en secret des amulettes, sacrifiaient au bord des fontaines, s'assemblaient sur les places en poussant des cris terribles quand la lune s'éclipsait, L'Eglise, patiente, lutta contre ces restes de barbarie comme elle avait lutté contre les vestiges du paganisme Culte (3c8 romain. Le culte des saints locaux, qu'elle propagea sur tout le territoire ', la dévotion à leurs saintes reliques, les pèlerinages multipliés au tombeau de saint Martin de Tours, la construction de basiliques et de chapelles, telles que la basilique de Saint-Denis à Paris, bâtie par les ordres de Clovis et «ur les instances de sainte Geneviève, les splendeurs de la liturgie se déployant dans les églises et faisant demander à ces barbares « si ce n'était pas là le ciel qu'on leur avait promis », tels furent les moyens principaux par lesquels évêques, p -iHres et moines détournèrent peu à peu les fidèles de leurs pratiques superstitieuses. Gardons-nous cependant de croire que rL^rlise ait, le moins du monde, dans ces circonstances, aLan-

1 GnsG Trn.. Hi-t. Fyanc, VTIT. 15.

2 ;/,'o N Ve'la.^n, I^oUand., « fév . t. !. p. 7?S.

Page 1