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l'église CIIEX LES PEUPLES BARIJARES 147
donné son idéal primitif ou changé son organisation traditionnelle. Elle l'ut condescendante, comme elle l'avait toujours été ; elle se rési<^na à voir ses fidèles s'élever peu à peu et par dej^rés à la perfection de la sainteté. Elle pardonna beaucoup à ceux qui avaient fait beaucoup pour venir à elle. Elle redit souvent cette parole qu'adressait saint Rémi aux détracteurs de Clovis : « 11 faut beaucoup pardonner à celui qui s'est fait le propay;ateur de la foi et le sauveur des provinces ». ^ui oserait prétendre qu'en agissant ainsi, l'Eglise a répudié l'esprit de l'Evangile ' ?
Un malaise social était venu s'ajouter, après la mort de Clovis, aux troubles intérieurs qui tourmentaient les âmes. Dans le déic rire qui suivit la disparition du grand conquérant, des m >uvements divergents s'étaient manifestés parmi les populations qu'il avait rangées sous sa puissance. Par des- Redoublemeat
sus les petites rivalités de peuple à peuple, deux tendances ^^? troubles»
. -iii sociaux et po-
s étaient surtout fait jour parmi ces barbares, les uns attiiés litiques aprè*
,.,,.,1 -i-i- 1 L 1 la mort de Cto-
par 1 éclat de la civilisation romaine, les autres retenus par ce yig.
culte jaloux de leur indépendance individuelle qu'ils tenaient de leurs ancêtres germains. Et peut-être que la lutte terrible qui s'éleva entre la Neustrie et l'Austrasie, et où l'on vit deux ienimes, Frédégonde et Brunehaut, jouer un rôle tristement prédéconde et célèbre, ne fut si longue, si acharnée, que parce (ju'elle se Bruaehaut. trouva être l'expression de toutes les haines sourdement suscitées par les deux tendances rivales. Or, à ces tendanoes dissolvantes l'Eglise apportait encore le remède suprême dans son principe d'unité spirituelle. « Fait glorieux et puissant, s'écrie M. Guizot : l'unité de l'Eglise a seule maintenu quelcjucs liens entre des pays et des peuples que tout tendait h séparer. Du sein de la plus épouvantable confusion politique s'élevait l'idée la plus étendue et la plus pure qui ait jamais rallié les
1. M. Maiiigi»*h dans 863 Eludes sur la civiliialion française, t. T, p. 13, 249 et p isxim, accuse l'Eglise d'avoir, à celte époque, abandonnô sou idéal primitif et son organisation première. Elle serait devenue idolâtrii/ue et hiérarchique. « Non, réplique M. Kurlh, la foi chrétienne. Ilîglise clirélienr.e restèrent ce qu'elle-» avaient été dans les catacombes sauf, bii-n entemlu. ce qu'on peut appeler les propres de croissance Le rési'lu païen fermenta longtemps encore dau» les l)as foniU. Mais ce n'est pas la barbarie reloiivn des néopliy'*'-' 'T'i'on ''-t foti'l>- n invoquer, pour pr.''l''')Ir'» l\^u^ ri!i:''ise -•• fil l)arhsre l'.omiuo cjx • U lue d''-» auestii''-< h'.:>ior\ijiirx, l'J.i.j i. i.WllI, u i\2.
148 HISTOIRE GiiNÉRALE DE l'ÉGLISE
Reroèiif ap|u.i- hommes, l'idée de cette société spirituelle '. » L'idée de cette
lé ^lur I Eglise. ... .
société spirituelle était telle, en effet, qu'elle apportait à ces hommes tout ce qui était de nature à satisfaire les deux grandes tendances qui les divisaient entre eux : par son organisation, ses lois, son culte, l'Eglise leur donnait tout ce que la civilisation romaine pouvait leur promettre de sagement et de grandement ordonné ; par son respect de l'âme individuelle, par sa doctrine sur l'indépendance de la conscience chrétienne, elle ofTrait à leur lég-itime souci des droits de la personne hu:î»ui!:i', lu y.lus sûre des sauvegardes.
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?<îais un simple lien des intelligences ne suffît pas, quoi qu'en semble dire IM. Guizot. à faire l'unité d'une société humaine. Tant que l'unité spirituelle ne s'est pas incorporée dans une coutume, fixée dans une institution, elle ne peut créer qu'un groupement instable, à la merci de tous les hasards,
Pden ne pouvait être assuré, tant qu'on n'aurait pas donné à la nation nouvellement convertie, avec des habitudes de travail corporel et intellectuel, la fixité au sol des groupes familiaux et villageois. Les moines se chargèrent de cette tâche.
Œuvre civai- Ils vinrent du sud de la Gaule, de l'Italie, et de l'Irlande. u;oine!«. Les dures conditions imposées par la fiscalité romaine avaient rendu dilllcile la culture du sol : les incursions des barbares avaient achevé sa ruine. A la fin du v® siècle, les forêts, gagnant de plus en plus du terrain, avaient fini, çà et là, par se rejoindre. Des moines irlandais, formés à l'austère règle de
Les moines ir- saint Golomban, venaient y chercher, dans une hutte de •tint Coloiii- branchages, dans une grotte, à l'abri des ruines de quelque custrum romain '■*, un endroit solitaire pour y prier. Ces moines trouvaient déjà sans doute, comme saint Bernard, « que la forêt parle parfois à l'âme religieuse mieux qu'un livre, que l'arbre et le rocher ont des accents plus pénétrants
1 TicizoT //■/y'oi»"" df l't r.i'rilixation en Frnnce. tome I, p. 3U.
2 >:\\'i\ Ooi >inlih:i ^ Jirrrla ilabonl lui-nnsui,' daii.s les Vosgo-, en un liea â\l Ail t;:,'i.> . iii"i ••• lr"i:iv;ii^iil les rii;;;cs il'iin «.•i:.v-*'t«v.,, rom.iu
" l'église chez les peuples barbares 149
que ceux des maîtres rhéteurs ' ». Un voyageur égaré, un paysan errant rencontraient l'anachorète, et, frappés de sa sainteté, lui demandaient la faveur de vivre sous sa conduite. L'anacho • rète devenait cénobite et abbé. Des hommes, des familles entières, craignant les attaques des brigands, venaient chercher auprès du petit groupement un peu de sécurité. Le moine se transformait en chef de village. Sous sa direction, d'humbles habitations s'élevaient, des clairières s'ouvraient au milieu des forêts, de grossières charrues défrichaient le sol. Le village devenait parfois une ville. Quand, à la fin du vu® siècle, la règle trop rude de saint Colomban eut été supplantée par la règle plus souple de saint Benoît, les moines multiplièrent et i.e.* uioine» varièrent leurs travaux ; le village s'entoura de jardins. On a "^^"^""•• compté que les trois huitièmes des villes et des villages de la France doivent leur existence à des moines ^. « C'est par milliers, dit ^L Giry, que se chiffrent sur la carte de France les noms de lieux d'origine religieuse '. ». La plupart de ces lieux doivent leur nom au séjour des moines bénédictins. Le biographe de saint Théodulphe, qui, de grand seigneur s'était fait moine cultivateur et architecte, raconte qu'un village, fondé par lui, avait gardé sa charrue après sa mort, susjjcndue dans l'église comme une relique *. « Noble et sainte relique, dit Monlulembert, que je baiserais aussi volontiers que l'épée de Charlemagne ou la plume de Bossuet ' ».
Les biographies des saints moines de cette époque son* pleines de récits merveilleux, où le désir d'édifier et d'intéresser a pu faire ajouter quelques broderies, d'ailleurs charmantes, mais où se révèle, dans toute sa force, le prodigieux ascendant exercé par ces héros de la vertu et de la foi sur le monde barbare.
Saint Laumer, d'abord berger, puis étudiant, est venu cher- ^.^■^^^ Laumar cher dans les forêts du Perche « la paix et la liberté ». Mais la hutte de feuillage qu'il a construite a attiré l'attention des brigands qui hantent ces forêts. Sa présence les gène. Ils
1. Alirjuid amplius inrenies in sylvis quam in libris. Ligna ac lapide* docebunt le quod a marjistro audire non poxsis. S. Bbru., Epist. CVI. :.'. Abbé Mabtih, Les Moinet et leur influence sociale^ t. I, p. 82.