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CHAPITRE VI

GRÉGOIRE XVI

l'église en ANGLETERRE, EN ALLEMAGNE ET EN FRANCE

En Angleterre, en Allemagne et en France, de i83i à i846, le Vue générale, mouvement catholique prend une particulière ampleur. En Angleterre, c'est la période de la grande agitation d'O'Connell, arrachant au gouvernement l'abolition de ses lois les plus injustes contre les catholiques ; c'est, en même temps, le développement du « mouvement d'Oxford », aboutissant en 1 84 5 à la conversion de Newman et de plusieurs des plus éminents docteurs de l'anglicanisme ; en Allemagne, c'est la lutte et le triomphe de l'épiscopat catholique dans l'importante question des mariages mixtes ; en France, c'est la campagne qui prépare la conquête de la liberté d'enseignement.

Le bill d'émancipation de 1829 était loin d'avoir donné la liberté L'Eglise

complète aux cathoi'iques irlandais. Ceux-ci se plaignaient, à juste e*» A-ngleterre.

titre, d'avoir à payer annuellement près de 20 millions de francs pour Les iroii

le clergé des Eglises protestantes, lesquelles comptaient à peine principaux

800.000 fidèles, tandis que leur propre clergé, celui qui desservait des caiholiquci

6 millions de catholiques, n'avait d'autres ressources pour vivre * ***•

que la charité d'ime population appauvrie. Les catholiques irlandais La question

se plaignaient encore, et non sans raison, d'être écrasés sous le poids religieuse,

^ . ^ la question

de lermages exorbitants, et d'être impitoyablement chassés, « évin- agraire

ces » de leurs chaumières, quand, par suite d'une mauvaise récolte, ^i la questioo

^ ^ politique.

ils ne pouvaient payer ces fermages aux agents des landlords. Ils rappelaient enfin que l'Irlande était insunisamment représentée

aîQ HISTOIHK C.b:-M:RALE DF 1. KGLISB

«Il parlement d'Ani^lelerre, En ci'aulres termes, les trois questions qui, depuis le xiv' sitVle, avaient tour à tour ou simultanément agité ce jKivs, no leur paraissaient pas résolues. Dés le 22 mUrs 1829, avant mémo que lémancipation lut un fait accompli, O'Connell avait oimIi à un ami : u Lauubien so trompent ceux qui croient que tout sera lini après l'émancipation catholique ! Oh ! ce sera la niouuMit de con\mencer la lullo })ourles droits île la nation *. >> Le nUn l/atiilaleur était alors i\ l'apogée de sa popularité et de sa puissance.

»rO'Connoll. \gé de cinquante-quatre ans, il avait conservé toute sa vigueur physi(]ue, et acquis ilans ses longues luttes une expérience des hommes ol des choses qui faisait de lui [4us qu'un tribun populaire, un homme politique dans toute l'acception du mot. 11 jugea, contrairement à Topiuiou de quelques-uns de ses amis, que la question politique devait avoir chronologiquement le pas sur les deux auUes, et qu'il devait comnuMicer sa nouvelle campagne au sein du parlement. Ou pouvait se demander si le grand orateur des meetings d Irlande saurait adapter ses paroles aux débats d'une assemblée législative. O'ConnoU uhésila pas ; et les succès qu'il obtint pendant les dixsept années qu'il passa à la Chambre des Communes justilicrent son audace.

S;i ctmpaijnc ^ieu que l'émaucipation des catholiques eût été accordée par les (»ohtimu> tories. O'Connell se rangea résolument du côté des ^vhii:s. Ceux-ci demandaient alors une reforme électorale, et avaient besom, pour vaincre au parlement leurs advei^saires, de l'appoint des voix irlandaises. Cet appoint. O'Connell le leur otTrait. 11 pouvait, eu retour, leur demander dos engagements favorables aux catholiques ~. Les tories d'ailleurs, conservateurs de l'état de choses existant, se posiiieut nettement comme les délenseui*s de « l'Eglise établie j>.

Le succès ne répondit qu'imparfaitement aux espérances de l'agitateur. La présence des whigs au pouvoir pendant six années donna à l'Irlande une paix relative. L'île-sœur fut gouvernée avec impartialité. Les magistrats ne vii-ent que des citoyens là où l'on avait trop souvent distingué l'Anglais do l'Irlandais, le protestant du catholique ^. De plus, à la tribHue parlementaire, comme au milieu des grandes assemblées populaires,. OConuell apparut comme une puis-

1. A. {.K^ùLois. 0'Ci.mi^fll d'après .«« correspotiJance. d*us le CijntspsMuiant du a5 janvier l8J^9. l. CLIV, p. 347.

s. S\ir CCS cnsjagorooiits. >oir Laxgloïj, op. ciL, j» 207, 3. GoMK)5, /'.i^ifalÙMi uUidaise dirpuis ISi9, p. 83,

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sance. La lultc qu'il soutint, pendant les onze jours que dura la fameuse discussion du Coercion bill le révéla cornnne un tacticien Le Coercioa parlementaire redoutable, discutant pied à [)icd, article par article, ce j)rojet de loi qui, amplifiant les pouvoirs des magistrats, mettait l'Irlande presque en état de siège. En vain, pour vaincre sa résistance, lui ofl'rc ton une importante magistrature en Irlande. O'Connell ne veut rien accepter, pour conserver son indépendance. Il retrouve, pour combattre le funeste projet de loi, la verve, l'ironie, O'Connell les sarcasmes, qui soulevaient naguère les foules de ses compatriotes. parlcaicuUire. Le discours qu'il improvise le 5 février i833 est, au jugement de Micbelet, le plus vibrant morceau d'éloquence que l'Europe ait entendu depuis Mirabeau ^. Le ministre retire son projet. Mais, somme toute, la campagne parlementaire d'O'Connell aboutit à peu de résultats pratiques et immédiats. L'abolition d'une des coniri- Résultats butions destinées à l'entretien du culte anglican, la suppression de campaeuc. plusieurs évêcbés anglicans en Irlande, el une légère modification dans le mode de perception des dîmes, furent à peu près les seuls fruits positifs obtenus par tant d'efforts.

En 1839, le Libérateur, comme l'appelèrent les Irlandais, se sentant épuisé de fatigue, songeait à terminer ses jours dans un monastère 2. Mais l'arrivée au pouvoir, en iS^i, des tories, avec Robert le « rappel Peel à leur léte. le rejeta dans l'opposition déclarée. Jusque-là, il avait susprMidu toute agitation populaire en Irlande, et il s'était inlcrdil de réclamer lui-même le (( rappel de l'union »>, c'est-à-dire l'autonomie législative de l'Irlande par l'établissement d'un parlement à Dublin. ■ Mon espoir, écrivit-il à ses amis, est désormais uniquement dans 1 Irlande ») Et, mal^é son âge, il reconimenc^a ses tournées d'agitateur.

Nous ne nous étendrons pas sur cette nouvelle série de campagnes, qui par leurs maniCeslalions paraissent purement politiques, mais au cours desquelles O'Connell, catbolique avant tout, ne perdit jamais de vue la question, toujours prédominante à ses yeux, de la liberté religieuse de sou pa)s. Il était convaincu, en effet, que celleci resterait illusoire el précaire tant qu'elle ne serait pas garantie par la liberté politique. La révocation de l'union fut son mot d'ordre ; la défense du catholicisme en Irlande re^ta son premier but.

I. Noir c.i discours dans Marcel, Chefs d'oruvre de V éloquence française et de la iribuic anglaise, 6 vol. in-80, Paris, i844, l lil. p. 56a-572. a. LA.NGLoii, op. cit., p. 3 65.

de l'union ».

La méthode

d'O'Connell ;

ragitation

légale.

Les grands

meetings irlandais.

Emprisonnement et libération de r «agitateur».

Les amertumes

ses dernières

années.

Malgré les murmures de certains de ses partisans trop passionnés, son agitation resta toujours légale, u Je ne violerai ni la loi de Dieu ni les lois des hommes, s'écriait-il le ii avril i843 à Dublin ; mais, aussi longtemps qu'il nous restera un lambeau de constitution, j'en ferai mon appui, et j'y poserai le levier avec lequel je soutiendrai les libertés chancelantes de ma patrie ! » Le i3 août, à Tara, siège des anciens rois d'Irlande, le Libérateur réunit et harangua sept cent cinquante mille personnes ; le Times parla même d'un million d'assistants. Une autre réunion de quatre cent mille personnes fut tenue bientôt après, à Mullaghmast. Un meeting plus colossal fut annoncé pour le 8 octobre, et devait se réunir à Glontarf. O'Connell, apprenant que le gouvernement se disposait à disperser la réunion par la force, que des troupes et des canons se dirigeaient vers Glontarf, et prévoyant entre l'armée et la foule une collision sanglante, interdit, au dernier moment, la réunion, et eut le bonheur de se faire obéir par cinq cent mille hommes, décidés à donner leur vie pour leur pays. Le gouvernement anglais le fit arrêter, condamner, emprisonner comme coupable de conspiration. Mais la Chambre des Lords, en septembre i8/^/i, cassa la sentence du tribunal et rendit la liberté à O'Connell. En même temps, le cabinet tory n'osait pas exécuter ses menaces. A la fin de i842, Robert Peel, en frappant l'Angleterre de V income-tax , n'osa pas imposer ce fardeau à l'Irlande. L'année suivante il déclarait « être décidé à tout faire pour le bien des Irlandais ». Quant à O'Connell, dans sa foi profonde, il écrivait: « La main de l'homme n'est pas là dedans. C'est la Providence qui répond aux prières du fidèle peuple d'Irlande. »

Les grandes manifestations populaires dont l'agitateur fut l'objet après sa libération, furent ses derniers triomphes ; car ce grand chrétien « mérita, suivant les expressions de Lacordaire, que Dieu le purifiât du poison subtil de la gloire, et mît sur sa tête, après tant de couronnes qui ne s'y étaient jamais flétries, cette couronne suprême de l'adversité sans laquelle aucune gloire n'est parfaite ni sur la terre ni dans le ciel * ». Malgré le retour des \Yhigs au pouvoir, malgré les excellents choix de fonctionnaires qui furent faits pour l'Irlande, l'année i846 fut la plus triste de la vie d'O'Connell. Deux faits contribuèrent à empoisonvj^r ses derniers jours. Les dissidents

I. LA.coRDAiaE, Elogt funèbre d'O'Connell, dans ses Œuvres, édit. Pous^ielgue, t, VII [, p. 190.

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exagérés dont nous avons fait mention, et qui voulaient conquérir la Le groupe liberté de l'Irlande par la violence, formèrent, sous le nom de Jq la « Jeune « Jeune Irlande », une société qui se déclara ouvertement contre Irlande». O'Gonnell ; et une misère affreuse, causée, en 1 845- 1 846, par la ^^ famine disette des pommes de terre, fit périr, par la faim ou le typhus, près ^ Irlande, d'un cinquième de la population irlandaise. Le grand agitateur, accablé par les souffrances morales et physiques, voulut, avant de mourir, se rendre à Rome, pour y déposer aux pieds du Chef suprême de l'Eglise le témoignage de sa fidélité. Dieu ne lui permit pas de parvenir au but de son pèlerinage. Il mourut à Gênes, le i4 mai i.n^^^' 1847 ; et Pie IX, en embrassant, peu de temps après, le fils d'O'Gon- (14 mai 1847). Dell, se félicita de tenir dans ses bras le fils du « héros de la chrétienté )) .*.

Plusieurs des membres du parti whig ou libéral, qui se montrèrent Attitude

1 • r 1 1 » 1 j'r\'/^ 11 r i ' ' hostile du parH

plus ou moins favorables a la cause d O Lonnell, ne turent amenés a conservateur agir ainsi que par leur peu de zèle à l'égard de la religion nationale ; en Angleterre de sorte que leur indifférence religieuse favorisa, dans l'espèce, le ^^ raeftation progrès de la vraie religion. Par un phénomène non moins singulier, catholique et, ajoutons-le, non moins providentiel, l'attachement obstiné de ^* ^ *" ^' plusieurs membres du parti tory ou conservateur à l'Eglise établie, aboutissait en même temps à un réveil catholique. Kcble, Froude el Newman ne s'étaient pas- seulement déclarés partisans du tory Robert Pecl ; plus conservateurs que leur chef, ils l'avaient renié lorsqu'ils l'avaient vu se .prononcer pour l'émancipation des catholiques, l'accui-ant de trahir l'Eglise anglicane 2. Or, dans la même ardeur de défendre leur Mère Eglise, de lui donner uue vitalité puissante, ces mêmes hommes avaient été amenés à se dire qu'elle avait besoin d être réformée, et il se trouvait que les réformes qu'ils imaginaient, ou qu'ils empruntaient aux vieilles traditions, pour vivifier cette Eglise, se rapprochaient singulièrement des croyances et des pratiques catlioliques ^. 1

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