‹ Histoire générale de l'Église (volume 4)Chapitre 107 sur 374 · Ilnd., p. 129 i3o · texte numérisé non relu

Ilnd., p. 129 i3o

3. Abbé de Madauxe, Ignaoe Spencer et la renaisiame diÀCÇ^ihil. *n Angleterre, on Vol. in-8j, Paris, 1875, p. i55 et s.

ti. Thurbau-Dangin, op. eh.j p. 58-i33.

l'église en ANGLETERRE, EN ALLEMAGNE ET EN FRANCE 229

les œuvres que le catholicisme devait réaliser au courant du xix* siècle en Angleterre *.

Cependant Newman restait fixé dans sa Via média, et son influence ne faisait que grandir. Quand on demandait à l'un des esprits les plus originaux, les plus primesautiers du mouvement d'Oxford, à William-Georges Ward, le symbole de sa croyance, il se contentait de répondre : Credo in Newmaniim. Or, au moment même où son ascendant était à son apogée, son autorité incontestée, où il eût pu, semble-t il, constituer une Eglise nouvelle dont il eût été le chef, Newman se rendait compte, de plus en plus, que la voie intermédiaire, où il avait voulu se placer, entre l'Eglise d'Angleterre et l'Eglise de Rome, était intenable. L'Eglise d'Angleterre, institution nationale, et séparée un jour de la grande Eglise, ne lui paraissait avoir ni la catholicité ni la succession apostolique ; et toute autre Eglise nouvelle aurait les mêmes défauts ; tandis que l'Eglise de Rome lui apparaissait comme possédant seule, de droit et de fait, la durée continue et l'espace sans bornes. Un mot, prononcé par saint Augustin à propos des donatistes, et que Wiseman venait de rappeler dans la Revue de Dublin, lui revenait sans cesse à la mémoire : Securus judicat orbis terrarum. « Cette simple phrase, a-t-il écrit plus tard, me frappait avec une puissance que je n'avais jamais trouvée dans aucune autre. Pour prendre un exemple familier, elle était comme le Turn again, Whiitinglon des carillons de Londres, ou, pour prendre un exemple plus sérieux, comme le Tolle^ lege ; toUe, lege, de l'enfant, qui convertit saint Augustin *. »

En 18/42, Newman, sentant le besoin de se recueillir pour trouver la lumière et la grâce nécessaires à la solution du grand problème qui le troublait, se retira dans la solitude de Litllemore. Quelques disciples, ne pouvant se passer de ses conseils, allèrent le rejoindre. 11 les admit à partager sa vie de silence et de retraite ; mais nul ne put le décider à reprendre sa vie publique. Pendant plus de deux ans, il pria, réfléchit, discuta avec lui même, envisagea toutes les faces des questions qui l'agitaient. 11 étudia tout spécialement celle du développement de la doctrine chrétienne, et commença à écrire sur ce sujet un des livres les plus pénétrants qui soient sortis de sa

I, Wilfrid Ward, le cardinal Wiseman, sa vie et son temps, trad. Cardon, a vol. în-ia. Paris, if)oo.

a. Nfwman, Ilist. de mes opinions religieuses, Irad. du Pré de Saint-Maur, un vol. in-ia, Paris, 18O6, p. i83-i83.

NcAvman

commence à

se méfier de la

Via média.

Son premier

attrait

vers l'Eglise

de Rome.

Securus judicat

orbis

terrarum^

Newman

dans

la solitude

de Litllemore

Son Histoire

du

développement

de la doctrine

chrétienne.

Son abjuration

(8 octobre

Importantes

coM>équences

de la

conversion

die Newman.

plume '. A la fin de l'hiver de i8^5, il écrivit enfin à son ami Pusey : «Je suis aussi près du pas décisif que si, en réalité, je l'avais fait. » Le 8 octobre de la même année, il fit, dans son ermitage de Liltlemore, son abjuration de la foi protestante et sa profession de la foi catholique entre les mains du P. Dominique, Religieux Passioniste. Plusieurs de ses disciples, Ward, Dalgairns, Saint-John, prévoyant cette issue de la crise, avaient précédé leur maître, en abjurant, les 1 3 et 1 9 août et le 2 octobre, l'anglicanisme. D'autres le suivirent bientôt, parmi lesquels nous devons mentionner Faber, futur oratorien, dont les œuvres, comme celles de Dalgairns, devaient enrichir la littérature catholique du xix*^ siècle *. On a évalué à plus de trois cents les conversions qui furent la suite immédiate de celle de Newman, et le mouvement ne devait plus s'arrêter désormais. Gladstone disait vrai lorsqu'il affirmait que « l'adhésion de Newman à l'Eglise romaine ferait époque dans l'histoire de l'Eglise d'Angleterre » 3 ; et plus récemment, l'un des premiers historiens d'outre- Manche, M. Leecky, n'avançait pas un paradoxe en déclarant que, dans l'ordre des idées, il n'y avait pas eu de plus grand événement depuis les Stuarts *•

L'Eglise

en

Allemagne.

Dans le cours d'histoire ecclésiastique qu'il professait à Wurzbourg, le futur cardinal Hergenrôther émettait une assertion pareille à propos des événements qui se passaient à la même époque en Allemagne. « Depyis la Réforme, disait-il, l'Eglise n'a pas connu d'événement plus important que l'affaire de Cologne ^. i)

I. Newuan, Hist. dudével. de la doci. chrét., trad. Gondon, un vol. in-8o, Paris,

a. Parmi les ouvrages catholiques de Faber, on doit citer : Tout pour Jésus, le Créateur et la créature, le Précieux sang, le Saint- Sacrement, les Conférences spirituelles, etc. De Dalgairns, il faut mentionner : la Sainte communion et le traité De la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus. Parmi les hommes éminents nés dans le catholicisme, l'Angleterre comptait alors le cardinal Acton, dont la science théologique et canonique était justement célèbre, et l'historien John Lingard, dont ÏHistoire d'Angleterre, publiée en 6 volumes, était appréciée des protestants eux-mêmes.

3. Gladstone, Life of Bishops Wilberforce, t. i, p. 3a8, lettre du 10 décembre

à. Leeckt History of Rationalism, t. I, p. 169, cité par W. Ward, le cardinal Wisemaii, trad. Gardon, t. I, p. 458.

5. Cité par Gotau, l'Allemagne religieuse^ le catholicisme, l. II, p. 220.

L EGLISE EN ANGLETERRE, EN ALLEMAGNE ET EN FRANCE

nages

« L'alTaire de Cologne » ne fut que la suite de « l'affaife des mamixtes >. , laquelle .avait eu ses débuts sous Léon Xll et

Pic Vin.

La cour de Berlin qui, à la réception du Bref Lltleris de Pie VIII, condamnant ses prétentions, n'avait rien trouvé de mieux à faire que de cacher le document au public et d'essayer de faire Hécbir le pape ^ reprit la même tactique après l'avènement de Grégoire XVI. Le personnage choisi par le roi de Prusse pour engager les pourparlers avec la curie romaine fut le comte de Bunsen ; le diplomate à qui le pape demanda de le représenter fut le cardinal Lambruschini . Ce Bunsen, que nous avons vu, plus haut, rédiger le Mémorandum des puissances 2, était le type du protestant sectaire et dominateur. D'une érudition abondante et touffue, « versé dans la connaissance des anciennes liturgies, il se croyait qualifié pour infuser une vie nouvelle aux institutions religieuses issues de la Réforme. Il rêvait d'une grande Eglise nationale prussienne, dont son roi serait le chef. Il dessinait, en même temps, le plan d'une vaste colonisation protestante, semblable à la colonisation protestante d'autrefois ; et l'on peut croire qu'au cours du voyage qu il fit, en 1828, en Italie avec le prince héritier, Bunsen et le fuLUf Frédéric-Guillaume IV avaient associé volontiers leurs imaginations pour concerter les prochains triomphes du Dieu commun de la Prusse et de la Réforme ^ ». Mais à Rome on connaissait le personnage. On l'avait vu, lorsqu'il débutait dans la diplomatie en qualité de secrétaire de Niebuhr, ouvrir, sous les auspices du roi de Prusse et dans le palais même du ministre, une petite chapelle où l'on avait la prétention de centraliser en quelque sorte le vrai christianisme, par l'épuration et le rajeunissement des rituels, en vue de le faire rayonner sur le monde entier *. Aussi, quand Grégoire XVI et son délégué virent Bunsen, le plénipotentiaire prolestant, leur demander avec instance la participation du prêtre catholique à des cérémonies matrimoniales dont il avait lui-même fixé les rites et les conditions, ils se montrèrent inflexibles. Lambruschini déclara, au

Suite

de l'affaire

des « mariagef

mixtes n.

Le comte

de Bunsen.

Sa poliliq«e

religieuse.

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