I. Gowu, op. cit.^ p. iG
Caractère
du nouveau
prélat.
Dès i835,
rAlIemagne
rêve d'exercer
une
domination
iiniverselle
sur le monde.
main la défense des droits de l'Eglise, en refusant de reconnaître des chanoines nommés par la seule autorité de l'empereur ; et, plus tard, quand le roi de Prusse avait pris sous sa sauvegarde l'enseignement du professeur Hermès, Droste-Yischering, ému des doctrines de ce dernier, avait interdit aux séminaristes Avestphaliens de fréquenler ses cours. Mais l'évêque de Munster était âgé ; on le crut fatigué. C'était une âme recueillie^ attirée par la dévotion des cloîtres ; on la supposa craintive ou insouciante des conflits bruyants. Les gouvernants de Berlin ne savaient pas ou avaient oublié que le recueillement des monastères avait formé le mâle courage des Athanase et des Grégoire VII, et que la piété, qui incline les âmes vers les misères des faibles, les aide à se redresser contre les menaces des forts. Dans la question de l'hermésianisme et dans celle des mariages mixtes, Dropte-Vischering ne tarda pas à se révéler comme étant de la race des plus intrépides champions de l'Eglise.
Il peut sembler étrange, au premier abord, de considérer comme de grands épisodes de l'histoire ecclésiastique les conflits qui s'élevèrent à propos de l'orthodoxie d'un professeur de théologie, et à propos des rites à observer dans le mariage d'un conjoint catholique avec un conjoint protestant. On ne comprend bien l'ampleur et la portée de ces luttes qu'en les considérant dans leurs relations avec la politique générale de l'Allemagne à cette époque.
Exercer sur le monde une domination politique, intellectuelle et religieuse : tel avait été, depuis longtemps, le rêve de plusieurs hommes d'Etat de la Germanie. Ce rêve, en i835, avait pris une forme précise ; et, sur ce point, les libéraux ne pensaient pas autrement que les partisans de 1 absolutisme.
Les démocrates allemands, à qui la révolution de i83o avait donné un nouvel élan, les princes, qui, dans le Biunsv^ick, la Saxe et le Hanovre, s'empressaient de donner des constitutions à leurs peuples, les étudiants qui complotaient dans les sociétés secrètes contre l'absolutisme, et les insurgés dont s'eff'rayait Metternich, chantaient avec le même entrain le Rhin Allemand àe Becker, arboraient avec le même enthousiasme le drapeau de la Burschenschaft, l'étendard noir, rouge et or, devenu le symbole de l'Allemagne unifiée, nourrissaient le même espoir d'une Allemagne éclairant le monde. Un moment, les princes, le roi de Prusse lui même, s'illusionnèrent, crurent réaliser par ce mouvement libéral la grande ambition de la race. Becker reçut une coupe d'honneur du roi de Bavière et une pension du roi
l'église en ANGLETERRE, EN ALLEMAGNE ET EN FRANCE 2 35
de Prusse. Quelques écrivains, tels que Ranke, se montrèrent sceptiques à l'égard de ce mouvement * ; mais ce furent surtout les sociétés secrètes, depuis longtemps centralisées à Berlin, qui en montrèrent le défaut et qui prônèrent la réalisation du rêve allemand sous la direction du roi de Prusse ^. Cette organisation devait s'affirmer officiellement en 1842, lorsque, à l'occasion de la pose de la première pierre pour l'achèvement de la cathédrale de Cologne, une fêle nationale réunit tous les princes allemands sous la présidence du roi de Prusse. Elle était déjà un fait accompli en i835.
Dès cette époque, la Prusse avait la prétention de régenter la pensée de l'Allemagne, et, par là même, de l'Europe et du monde, par un enseignement officiel, et de rjgler les rites de la religion par des décrets royaux. Les luttes soulevées à l'occasion de l'hermésianisme et des mariages mixtes furent deux épisodes de la campagne entreprise à cette fin.
La Prusse, devenue maîtresse des provinces rhénanes, s'était préoccupée défaire déchoir Cologne de son vieux prestige scientifique, et avait introduit à Bonn une élite de professeurs qui, plus spécialement placés sous la dépendance de l'autorité civile qui les avait groupés là, y donneraient un enseignement en quelque sorte officiel ^. Parmi ces professeurs, un homme se signala par l'originalité et la hardiesse de sa doctrine. Il s'appelait Georges Hermès. Catholique, il avait été recommandé au gouvernement prussien par le prolestant Niemeycr.
Ses Recherches sur la vérité intérieure du christianisme, publiées en i8o5, et son Introduction philosophique, parue en 1819, accusaient un efi'ort de synthèse, sincère, dit-on, mais inquiétant, oij la pensée protestante et même les pensées rationalistes de Kant et de Hegel semblaient se fondre dans la conception d'un catholicisme inédit. A peine Hermès avait-il pris possession de sa chaire, en 1820, quou songea à lui pour le rectoral de l'Université. Son Introduction positive, imprimée eu 1829, des fragments de sa Dogmatique, et surtout la Revue pour la philosophie et la thcokgie catholiques, fondée
Elle s'organise
sous
l'hégémonie
du roi
de Prusse
pour exécuter
ce rêve.
Les luttes relatives à l'hermésianisme et aux mariages mixtes sont deux épisodes delà campagne entreprise à celte fin.
L'université de Bonn
est investie d'une sorte de mission officielle.
i.c professeur Georges Hermès.
1. Voir l'opinion de Ranke dans J. B.vinvillb, Hisi. de deux peuples, un vol. inla, Paris, 1915, p. 220-aai.
a . Les loges jugèrent que la Prusse était, de tous les Etals de l'Europe, le plu» capable de réaliser leur œuvre •> (Deschamps, les SociéU's secrètes et h société, t. 11, p. /400. Voir tout le ch. u, la Prusse et l'empire maçonnique).