Louis Blanc, Hist. de dix ans, t. I, p
sentiments et des haines ^. » Il fut convenu, en outre, qu'à côté de la Haute- Vente, des ventes centrales et des ventes particulières, il y aurait pour l'armée la « légion », les « cohortes », les « centuries », les « manipules ». « Il existait alors, dit un historien franc-maçon de la Restauration, un comité parlementaire (de la Charbonnerie). Lafayette en faisait partie... Munis de lettres de recommandation, plusieurs jeunes gens allèrent dans les départements organiser la Charbonnerie... L'entraînement fut général, irrésistible. Sur presque toute la surface de la France, il y eut des complots et des conspirateurs. Les choses en vinrent au point que, dans les derniers jours de 182 1, tout était prêt pour un soulèvement à la Rochelle, à Poitiers, à Niort, à Colmar, à Neuf-Brisach, à Nantes, à Belfort, à Bordeaux, à Toulouse. Des « ventes » avaient été créées dans un grand nombre de régiments, et les changements mêmes de garnison étaient pour la Charbonnerie un rapide moyen de propagande ^. »
La Charbonnerie française fusionna dès lors avec la franc-maçonnerie. 3 Louis XVÏII jugea de bonne politique de ménager les loges, de subir même leur influence*. Aussi vit-on les idées voltairiennes envahir rapidement la France. Paul-Louis Courier dang ses pamphlets, Béranger dans ses chansons, les popularisèrent. Qu'il suffise d'ailleurs de rappeler qu'il y eut, de 181 7 à 182/4, douze éditions de Voltaire et treize de Rousseau. On publia 3 16.000 exemplaires des oeuvres du premier et 2^0.000 des œuvres du second, soit un total de plus de deux millions de volumes raillant ou méprisant l'Eglise catholique. La lutte contre le u parti-prêtre », comme on disait alors, fut le fruit de cette propagande \ elle devait durer autant que la Restauration et arracher même au roi Charles X, en 1828, l'expulsion des jésuites 5,
Son
organi<:ation
ses doclrines.
Ses liens . avec la francmaçonnerie.
I iffurion c'es idées
voltairiennei sous la
Restauralivû,
I. Louis Bla.nc, Hist. de dix ans , t. I, p. ga. Cf. Descramps, les Sociétés secrètes I. II, p. 387. '
a. A.ch. de Va.ulabelle, Hist. des deux Restaurations, t. V, p, i48, i5i. Sur l'action de la Charbonnerie dans les divers complots de cette époque, voir Guilloh, les Complots militaires sous l'empire et la Restauration^ d'après les documents inéditSy a vol in-i8, Paris, 1894. et Rev. intem. des soc. secrètes, 1918, p. 5a6-554- Une prétendue Histoire des sociétés secrètes de Varmée^ publiée par Charles Nodier, est une œuvre d'imagination.
3. Voir le témoignage de l'historien franc-maçon Jean de Witt, Mémoires 5ccr<f*, p. 6.
4 Deschamps, op cit.. t. Il, p. 225 et s. « Louis XVIII, dit M. Gauthbrot, — tout comme le comte d'Artois et le duc de Berry - était ou avait été franc maçon» {Dict. apologét. de la foi catholique, au mot Franc-maçonnerie, t. II, col. iii).
5. Thuheau-Damoiii, le Parti libéral sous la Reslauratioa, un vol in- 18, Paris, 1876, passim.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE l'ÉGLISK
Le* forces de l'Eglise.
Pour [)arer aux divers p.'rils que nous venons d'indiquer, quelles étaient les forces de l'Eglise ? Ces forces, depuis ravènement de Louis XVilï, s'étaient accrues, malgré tout. Le roi de France avait beau passer pour favorable aux idées voltairiennes, se montrer faible envers les sociétés secrètes, confier, pour leur complaire, le soin de son gouvernement à quatre hommes renégats de leur vocation ecclésiastique, les abbés de Talleyrand, de Pradt, de Montesquiou et Louis * ; son avènement n'en était pas moins, aux yeux de tous, le signal d'une renaissance religieuse ; la Restauration politique des Bourbons se présentait comme inséparable d'une restauration catholique ; après la Révolution, qui l'avait persécuté avec violence, et l'empire, qui l'avait opprimé en voulant l'asservir, le clergé de France, dans son ensemble, avait acclamé le retour du roi très chrétien avec les sentiments d'une grande confiance ^. Dans les missions, qui se multiplièrent, la foule avait chanté, de toute son âme, le refrain populaire ;
Vive la France !
Vive le Roi I
Toujours en France
Les Bourbons et la foi l
Tu« générale. Les Missions de France, la multiplication des congrégations religieuses, l'action exercée, parla Congrégation, le développement des maisons d'éducation catholiques, des œuvres de piété, de zèle et d'assistance, la pénétration, plus superficielle que profonde, mais réelle et efficace néanmoins, de Tesprit chrétien dans les lettres et dans les arts : telles furent les premières manifestations de la renaissance religieuse en France sous le règne de Louis XVIIL Un mouvement analogue se produisait en même temps en Italie, en Allemagne et en Angleterre.
Dans son dernier numéro du mois de janvier i8i5, VAmi delà