Bbrna.scoki, t. II, p
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infligeait iin formel démenti. Montalembert exulta. Il écrivit, dans VUaivers du 29 décembre 1837, un article vibrant d'émotion, u L'allocution du souverain pontife, disait-il, est un événement... dont l'importance grandira à mesure que les événements se dérouleront... Désormais, les âmes les plus défiantes, les plus irritées, pourvu qu'elles aient conservé quelque bonne foi, sauront à quoi s'en tenir sur ces reproches de servilité, de connivence avec les oppresseurs de la religion, que l'on a jetés à la face de la cour de Rome 1 )). Montalembert disait vrai. De l'allocution prononcée par Grégoire XVI le 10 décembre 1887, date le réveil de l'Allemagne Elle réveille catholique. Un jeune prêtre d'Aix-la-Chapelle, réfugié en Belgique '^cathoTim^r pour fuir l'enseignement de l'université de Bonn, le futur évêque du |)euple , Jean Laurent, traduisit l'allocution en allemand et en expédia des ^ ^°^^" ' ballots d'exemplaires pour ses compatriotes des bords du Rhin. Gœrres prit la plume et, en quatre semaines, composa, sous le titre d'Alhanasius, uu commentaire étincelant de verve du document pon- L'Athanasius tifical. « L'Eglise, disait-il, n'a pas été chercher l'Etat. C'est lui, au ® œrres. contraire, qui, né après elle, est venu la trouver. Elle habitait la maison avant lui. Elle l'y a reçu, mais à la condition qu'il garderait la paix 2. » A côté de celui qu'on appelait déjà « l'O'Connell allemand », et dont la plume, selon l'expression de Jean Laurent, «valait quatre corps d'armée », deux théologiens, Doellinger et Moehler, deux juristes, Moy et Phillipps, entrèrent en lice. L'élan était donné. Le peuple catbolique, fatigué de la lourde oppression sous laquelle l'avait tenu un épiscopat trop servile, se souleva tout à coup en faveur du prélat emprisonné. A Cologne, la foule brisa les Manifestations fenêtres des chanoines coupables de n'avoir pas défendu leur arche- ^n^farif* vcque. A Coblentz et à Paderborn, on vit des hommes faire le guet, de Drostejour et nuit, pour proléger des prêtres dont ils redoutaient l'arresta- ^i^chering. lion par la police. En Weslphalie, la noblesse décida de ne point s'amuser, de suspendre les bals et les grandes soirées tant que Droste-Vischering serait en prison. Dans les églises d'Aix-la-Chapelle, le peuple assemblé récitait à haute voix des prières pour la libération de l'archevêque.
Dans les sphères oflicielles, à Berlin, on était à la fois très humilié Embarras du et très inquiet. C'était au moment oiî l'on s'était senti tout près du gou^»;»'-^.'" "»
'■ de Bcrlui.
l. Montalembert, Œuvres, t. III, p 202, 254, a55, a. GoEKHiis, Athanase, trad. française, p. ii3.
Arrestation de l'évêque
de Posen, Martin
de Dunin.
Emotion
produite par
ce nouvel
aitentat.
triomphe, où les diverses confessions protestantes sans exception, où les plus indépendants parmi les docteurs d© la Réforme, où Schleiermacher lui-même, l'ardent champion de la liberté des consciences, venaient de se courber « sous la luteHe dogmatisante d'un Hoheiizollern », et où, au prix de tant d'efforts, de tant de ruses, on avait obtenu de l'épiscopat catholique un silence timide, presque complaisant, c'était alors que la parole du pape troublait l'Allemagne entière, menaçait de faire s'écrouler l'édifice patiemment construit. Sévir ? Rompre avec le pape? Ecraser la révolte par une répression brutale ? Quelques-une le conseillaient. Mais l'entreprise paraissait pleine de périls. L'ambassadeur Niebuhr n'hésitait pas à critiquer la pohtique berlinoise ; le prince héritier lui-même, Frédéric-Guillaume, se plaignait des a faiseurs », qui avaient si mal conduit les affaires * ; et le grand défenseur de l'ordre et de l'autorité en Europe, le prince de Melternich, n'hésitait pas à déclarer que la fâcheuse situation d« gouvernement prussien tenak à la maladresse de sa politique ^.
La cour de Berlin hésita, n'osa pas réprimer les manifestations populaires par la force, et ne voulut point cependant laisser l'acte du pape sans réplique. Elle fit arrêter et traduire devant les tribunaux l'évêque de Posen, Martin de Dunin, pour avoir menacé de suspense les prêtres qui béniraient des unions mixtes sans aucun engagement. Les allocutions consistoriales du i3 septembre i838 et du 8 juillet 1839 condamnèrent avec véhémence ces empiétements du pouvoir civil sur la juridiction ecclésiastique. Tout le petit clergé d'Allemagne fit écho aux paroles du pape. On vit des prêtres supprimer la pompe du culte dans leurs églises, et des laïques s'astreindre à un deuil permanent pour tout le temps où l'évêque serait captif. L'émotion gagnait même des âmes jusque-là mondaines ou indifférentes. Le jeune Auguste Reichensperger, le futur grand orateur du Centre allemand, se sentait arracher à une vie de littérateur désœuvré pour se donner à une vie d^action et de lutte. L'Europe entière s'intéressait au sort des illustres captifs. Montalembert écrivait à l'évêque de Posen : « Du sein de votre prison, comme d'un sanctuaire, vous êtes une leçon et une consolation pour toute l'Eglise ^ ». Les douze évêques de l'Amérique dju Nord, réunis en concile à Baltimore, en
1. Rank.b, Zur Geschichte Deutschlands und Frankreichs im neunzihntm lahrhuiidertf Leipzig, 1887, p. 366-307.
a. Mettbrkich, Mémoires, t. VI, p. 274. 3. Lecanuet, Montalembert f t. Il, p. 36.
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i84o, envoyèrent aux deux prélats emprisonnés l'expression de leur profonde admiration.
Sur ces entrefaites, en cette même année iS/jo, Frédéric- Guillaume III mourut, laissant le trône à son fils Frédéric- Guillaume IV. Ce dernier, nous l'avons vu, s'était déjà rendu compte Avènement
du péril de !a situation. Sa pensée se portait surtout sur la nécessité ^, .,; "J^ ^ r r (jruiilaume IV
de maintenir fortement l'unité du royaume de Prusse. Or, les (i84o).
derniers événements menaçaient de la compromettre gravement. Les
Weslplialiens, attribués à la Prusse par les traités de i8i5, avaient
assez Yolontiers accepté leurs nouveaux maîtres ', mais, catholiques
ardents, les vexations exercées contre leur archevêque les avaient
indignés et leur faisaient déjà regretter leur indépendance. Quant Situaiioh
aux. Polonais, chez gui vivait toujours le désir de l'autonomie natio- , ^^' ''^"^
^ x j (ju rojaiime
nale, l'emprisonnement de leur évêque leur rendait plus odieuse la 'e Prusse, domination du roi de Prusse. Décidément Frédéric-Guillaume lïl, en voulant fortifier l'unité nationale par l'uniformité confessionnelle, n'avait fait que [)réparer la division politique de sa nation. Frédéric- Guillaume IV résolut de rétablir l'union politique par le rétablissement de la paix religieuse. L'évêque de Posen fut autorisé, par un Le nouveau décret royal du 20 juillet 18/io, à rentrer dans son diocèse, et, en ^oi inaugure
'^ .» j ^ ' ' ' une politique
vertu d'un accord avec le Saint-Siège, l'archevêque de Cologne, de panfîciiioB libéré de sa peine, reçut un coadjuteur qui administra le diocèse en re igie se. son nom. Moyennant ce sacrifice, auquel le pape ne se décida qu'après de longs pourparlers, le roi accorda pleine liberté à l'Eglise catholique dans le royaume de Prusse ^
vr
Les résultats de celle lutte et de ce triomphe furent incalculables. La régénération catholique de rAUemagne date de u l'aflaire de Rcnais5ance Cologne ». Il fut acquis désormais que la politique de la Prusse à «"^ttiollquc en
r 11 l'i? r 11- • A . ,• . . Allemagne.
J ('gara de 1 Lglise catholique ne pouvait être qu une politique pacificatrice. D'autre part, sous la pression des événements, une opinion catholique se forma, qui eut ses interprètes éloquents et ses manifestations organisées. L'attitude nouvelle de l'Etat et l'activité des
1. Pour plus de détails, voir llKRGE.NKviUBa-KiHSCH, Kiri.henyfsclùchle, t. III^ V* i ai lie, ch. XI, S 7-
Hisl. gén. de l'Eglise. — VIII 16
2 4 2 HISTOIRE GÉNÉRALE DE i/ÉGT.TSE
catholiques rendirent possible la créatiou d'œuvres d'éducation, de propagande, de défense religieuse, d'action sociale et d'apologétique scientifique, qui furent la gloire de l'Allemagne cathol'que au xix^ siècle.
L Eglise (( C'est avec l'avènement de Frédéric-Guillaume IV que commença,
catholique ni»
de Prusse po^r l'Eglise de Prusse, la conquête de ses libertés. Dans les preconquiert sa niiers mois de i8/|i, le seul pays germanique où le clergé pût
politique. communiquer sans entraves avec le Saint-Siège, et, sans entraves, publier les actes de Rome, fut le royaume de Prusse. Les « Ponctations d'Ems », par lesquelles les princes-archevêques du xviu® siècle signifiaient aux nonces leur congé, devinrent décidément surannées. L'Eglise ne fat plus une subordonnée, mais une contractante ; et, dans son opuscule intitulé : l'Eglise et l'Etat après l'erreur de Cologne, Gœrres prit acte de ce fait nouveau. Dans les années qui suivirent i84i, ce fut d'une façon bilatérale, ce fut par des arrangements entre les évêques de Prusse et le ministère prussien que se tranchèrent les difficultés. Berlin proposait, ou bien acceptait, ou bien refusait; mais Berlin cessait d^imposer. Hier, une bureaucratie, prolestante en majorité, faisait passer ses ordres aux évêques ; désormais existait, au ministère berlinois des cultes, une section catholique (^KathoUscke Ahleilung)^ composée de catholiques, et chargée de s'occuper des affaires de l'Eglise romaine. Dès le 1 1 janvier i8^i, Frédéric-Guillaume IV créa celte institution. Elle assura à la Prusse, jusqu'au KuiurkanijfJ', Ironie années de paix religieuse ^ »
Réveil gj^ même temps les catholiques, sortis de leur torpeur, ne ces-
catholique. saient plus d'agir. « Vous avez éveillé Michel, criait aux souverains d'outre-Rhin le poète politique HolTmann de Fallersleben ; vous ne le rendormirez plus -. » « S'éveillant lors de l'affaire de Cologne, écrivait Eichendorff, une merveilleuse puissance a surgi : c'est quelque chose que personne n'a inventé, ni conduit, ni réglé, c'est une opinion catholique ^. » Mais si personne n'avait créé de toutes pièces celte puissance nouvelle, elle avait des interprètes éloquents. C'était le Jeune théologien Héfélé, en appelant au peuple pour faire rendre justice aux catholiques ; c'était le vieil évêque K.eller arrachant,
I, G. GoTAU, op. cit., p. aoS-aSg.
a. Saint-Re.'<é-Taillandier, Histoire de la jeune Allemagne ^ un vol. in-8", Pails, i8/i8,p. 6o.
3. Eichendorff, cité par Keiter, Joseph von EichendorJJ, p. 94.
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en 1842, à la première Chambre wurtembergeoise un vote favorable à la liberté de l'Eglise ; c'était le professeur François-Joseph Buss, organisant, en j8/|5, dans le grand-duché de Bade, un pétitionnement pour la revendication des libertés religieuses. Partout, du haut en bas de l'échelle sociale, et dans toutes les régions de l'Allemagne, un mouvement se dessinait, qu'un orateur de cette époque n'hésitait pas à comparer à l'agitation irlandaise sous la conduite d'O'Connell ^
Un des premiers résultats heureux de cette agitation se fit sentir Réforme» dan» dans l'éducation religieuse du peuple. On a critiqué les constructions ^ ^ ment'^ ihéologiques de Jean-Baptisle Hirscher, professeur à la Faculté de caiéchistique. Tubiiigue, puisa celle de Fribourg-en-Brisgau. Il faut reconnaître qu'il s'écarte, dans l'exposé du dogme, de la méthode scolastique, qu'il préfère suivre l'ordre historique dans l'exposé des vérités religieuses. Mais, en se plaçant à son point de vue, et, il faut rajouter, au point de vue des merveilleux résultats obtenus par sa méthode, sa Caiéchclique, parue en i83i, et son Catéchisme^ publié en 1845, Jean-Baptisi^i^ sont des chefs- d'œavre de pédagogie. Le jésuite Deharbe, les prêtres g^^^
Schusler et Stolz suivront une voie un peu différente ; mais on ne Catéchisme. peut nier que le zèle pédagogique du clergé pour l'enseignement du catéchisme n'ait été mis en branle par les initiatives de Hirscher. Vers la même époque, de i84o à i846, l'éditeur Herder préparait, sous la direction des professeurs Wetzer et Welte, et avec la collaboration d' Ailloli, de Héfélé et des principaux savants catholiques de l'Allemagne, la publication du Kirchetdexlkon ou Dictionnaire de Le Kir- [E(jlise, dont les exemplaires allaient enrichir les bibliothèques des ecclésiastiques de l'Allemagne et des laïques instruits. En i844, le Borromeas-Verein ou Association de Saint-Charles Borromée, s oc- Lti Borromcas^ cupait de grouper entre elles les personnes studieuses, de leur procurer des livres par la fondation de bibliothèques, et d'ouvrir aux écrivains catholiques des débouchés pour la publication de leurs travaux 2.
L'art catholique lui-même devenait, pour ainsi dire, plus catho- Renaissance
de l'art / calholiq .0.